VIE DE DI­GI­TAL NO­MADE ILS

Glamour (France) - - SOCIÉTÉ -

est né exac­te­ment, les avis di­vergent, mais une chose est sûre, c’est un des gestes in­sul­tants les plus an­ciens. D’après les nom­breux an­thro­po­logues qui se sont pen­chés sur la ques­tion, il se­rait ap­pa­ru au Ve siècle avant J.- C., à l’époque de la Grèce an­tique, adop­té par Aris­to­phane dans ses pièces de théâtre pour sym­bo­li­ser le pé­nis. Un peu plus tard, l’em­pe­reur ro­main Ca­li­gu­la, ré­pu­té pour sa fo­lie san­gui­naire, prend un ma­lin plai­sir à hu­mi­lier ses sé­na­teurs, les obli­geant à lui em­bras­ser ce doigt au lieu de lui bai­ser la main. Peu à peu ou­blié, le doigt d’hon­neur ré­ap­pa­raît au XIXE siècle. En 1886, le joueur de base-ball amé­ri­cain Charles Rad­bourn ose un doigt d’hon­neur sur une pho­to de groupe, pour dé­ri­der l’ha­bi­tuel por­trait d’équipe et lui ap­por­ter une touche d’hu­mour. Le voi­ci im­mor­ta­li­sé, fiè­re­ment bran­di, en noir et blanc. Il se ré­pand en­suite à tra­vers tous les Etats-unis, et au-de­là.

DOIGT DE MAÎTRE Dans les an­nées 1970, il connaît son heure de gloire avec le cou­rant punk et l’avènement des contre-cul­tures. Au­jourd’hui, les ar­tistes contem­po­rains conti­nuent de l’uti­li­ser pour in­ter­pel­ler le pu­blic. Et ça fonc­tionne. Mau­ri­zio Cat­te­lan a frap­pé un grand coup avec L.O.V.E., sa sculp­ture doigt de 11 mètres de haut, ins­tal­lée sur le par­vis de la Bourse de Mi­lan. L’ar­tiste su­per­star Ai Wei­wei a réa­li­sé « Fuck Off » , une sé­rie de pho­tos en­ga­gées au­tour de son propre ma­jeur poin­té vers la tour Eif­fel et le por­trait de Mao Ze­dong. La pop culture n’est pas en reste. Com­ment ou­blier le ma­jeur de M.I.A., fiè­re­ment

bran­di lors du Su­per Bowl de 2012, de­vant 100 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs (qui lui a va­lu un jo­li buzz as­sor­ti de pour­suites ju­di­ciaires), ou ce­lui de Beyon­cé dans le clip de son tube « Le­mo­nade », hom­mage au mou­ve­ment Black Lives Mat­ter ? Plus qu’une in­sulte, Lau­rence Ro­sier y voit un sta­te­ment fé­mi­niste : « Il y a bien sûr une part de pro­vo­ca­tion dans leur at­ti­tude, mais c’est aus­si une fa­çon de s’ap­pro­prier des “mau­vaises ma­nières” qu’on condamne en­core trop sou­vent chez les femmes. C’est un geste phal­lique, on peut y voir aus­si une ap­pro­pria­tion de l’at­tri­but mas­cu­lin par des mou­ve­ments de doigts. »

FUCK TRUMP En no­vembre der­nier, Ju­li Brisk­man, une mère cé­li­ba­taire ba­sée en Vir­gi­nie, a per­du son job à cause d’un doigt d’hon­neur. Elle roule à vé­lo quand le convoi de Do­nald Trump la dé­passe. « Il ve­nait de sup­pri­mer l’oba­ma­care, et il par­tait tran­quille­ment faire un golf. Mon sang n’a fait qu’un tour », ex­plique-t-elle au Huf­fing­ton Post. Un pho­to­graphe de L’AFP qui voya­geait avec le convoi im­mor­ta­lise la scène : la pho­to de­vient vi­rale. Ce n’est pour­tant pas la pre­mière fois que le pire pré­sident de l’his­toire des Etats-unis est vi­sé par un tel geste. As­su­mant plei­ne­ment son acte, Ju­li Brisk­man le re­ven­dique en fai­sant de ce cli­ché qui di­vise le pays sa pho­to de pro­fil Twit­ter et Fa­ce­book. Mais son em­ployeur, Aki­ma LLC, une en­tre­prise de bâ­ti­ment qui col­la­bore avec le gou­ver­ne­ment, n’est pas fran­che­ment ra­vi. Elle est li­cen­ciée mais de­vient, pour de nom­breux Amé­ri­cains, une hé­roïne de la ré­sis­tance an­ti-trump. La quin­qua re­çoit 100 000 dol­lars ré­col­tés grâce à une cam­pagne de crowd­fun­ding lan­cée par ses sou­tiens, as­sor­tis de cen­taines d’offres d’em­ploi. « Cet exemple montre une po­li­ti­sa­tion pos­sible du doigt d’hon­neur, parce que l’in­sul­té est un homme d’etat et la scène est pu­blique, pour­suit Lau­rence Ro­sier. Trump étant par ailleurs gros­sier dans sa com­mu­ni­ca­tion, on peut par­ler d’un re­tour à l’en­voyeur sur le même mode. » Mo­ra­li­té : les doigts d’hon­neur, c’est comme les ca­deaux, c’est l’in­ten­tion qui compte.

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