C’est

Glamour (France) - - SOCIÉTÉ -

un come-back sur ca­na­pé rose qui a eu lieu lors du talk- show de l’amé­ri­caine Wen­dy Williams en jan­vier der­nier. Ac­com­pa­gnée de sa grand- mère de 94 ans, de son père et de sa mère, Lind­say Lo­han, les mains sa­ge­ment croi­sées sur ses ge­noux, écoute les ques­tions de l’ani­ma­trice star. « Quel est le plus grand mal­en­ten­du à votre su­jet, Lind­say ? » L’ex- so­cia­lite- ac­trice- chan­teuse af­fiche l’air cou­ra­geux de la mar­tyre qui ne res­sent même plus la dou­leur : « Je trouve ce­la dur, frus­trant, qu’on me ren­voie sans cesse cette image de la mau­vaise fille qui se com­plaît dans les ex­cès. Comme on m’a pas mal vue dans des clubs à une époque, on me ré­duit à ça. C’était il y a long­temps. » Lind­say Lo­han au­rait- elle chan­gé ? Se­rait- elle de­ve­nue « clean », comme on le dit outre-at­lan­tique ? Elle af­firme se sen­tir prête à re­prendre sa car­rière là où elle a dé­ra­pé, il y a bien­tôt dix ans. Et pré­fère main­te­nant par­ler de causes hu­ma­ni­taires plu­tôt que d’hol­ly­wood, et no­tam­ment de son ac­tion pour ai­der les ré­fu­giés sy­riens en Tur­quie.

TÊTE DE TURC En jan­vier 2017, Lind­say Lo­han po­sait d’ailleurs avec Ba­na al-abed, la pe­tite Sy­rienne de­ve­nue l’em­blème des ré­fu­giés, et Re­cep Tayyip Er­do­gan. A l’époque, cette pho­to of­fi­cielle aux cô­tés du pré­sident turc et de son épouse Emine en choque plus d’un. Pour­quoi Er­do­gan, par­ti­san d’un re­tour à la tra­di­tion, re­çoit-il l’hé­roïne trash avec les hon­neurs ré­ser­vés aux chefs d’etat ? Et que fait l’an­cienne Dis­ney girl avec cet au­to­crate ? Sur le compte Ins­ta­gram de l’ac­trice, la pho­to s’ac­com­pagne de ces mots étranges : « Quel hon­neur d’être in­vi­tée chez le pré­sident et la pre­mière dame de Tur­quie. Leurs ef­forts pour ai­der les ré­fu­giés sy­riens sont une vé­ri­table source d’ins­pi­ra­tion. La paix com­mence main­te­nant. Sa­lam Aley­kum. » Juste après ce mes­sage, Lind­say vide la to­ta­li­té de son compte aux 6 mil­lions d’abon­nés. Exit ces mil­liers de posts qua­si quo­ti­diens. Dans les der­niers d’entre eux, elle ap­pa­raît coif­fée d’un fou­lard is­la­mique et cite des pas­sages du Co­ran, ali­men­tant les ru­meurs sur sa conver­sion à l’is­lam. « Li­lo » se­rait-elle de­ve­nue mu­sul­mane ? La belle af­faire… Confron­tée à des com­men­taires ra­cistes sur Twit­ter, l’in­té­res­sée ré­pond « avoir trou­vé la paix in­té­rieure » à la lec­ture du texte sa­cré. Elle en pro­fite pour don­ner des le­çons de géo­po­li­tique à ses com­pa­triotes au su­jet de la crise sy­rienne.

COM­PLÈ­TE­MENT PAUMÉE Quelque chose semble pour­tant clo­cher dans ce jo­li ta­bleau, à l’heure où l’an­cienne it-girl peine à re­lan­cer sa car­rière. Quelque chose que l’on peut lire dans son re­gard éteint, son sou­rire cris­pé sur la pho­to avec le pré­sident

N’est- > turc, vi­si­ble­ment mal à l’aise. «

elle pas au cou­rant des dé­rives au­to­ri­taires de son “nou­vel ami” ? » s’énerve un jour­na­liste turc. Sous cou­vert d’ano­ny­mat, ce­lui- ci me confiait au prin­temps der­nier, à Is­tan­bul, l’aga­ce­ment de ses com­pa­triotes. La séance pho­to est consi­dé­rée par beau­coup de Turcs comme un coup mon­té. De fait, plus grand-chose ne sau­rait éton­ner au su­jet de Li­lo. Ses frasques à ré­pé­ti­tion – des ex­cès de sub­stances en tout genre, un vol de bi­joux ou l’in­tru­sion dans une voi­ture oc­cu­pée afin de pour­chas­ser son as­sis­tante – dé­fraient la chro­nique de­puis bien­tôt dix ans. A tel point que les jour­naux à scan­dale la sur­nomment train wreck (« train ayant dé­raillé ») ou parlent de Li­low (jeu de mots sur low, « bas » en an­glais) pour qua­li­fier ses ex­tra­va­gances. Ses prises de po­si­tion pro-er­do­gan ne se­raient-elles qu’une énième lu­bie, voire le symp­tôme d’une per­son­na­li­té er­ra­tique et paumée ? Des élé­ments ré­cents viennent étayer d’autres hy­po­thèses plus trou­blantes. Il y a d’abord ces pho­tos ex­pli­cites que la jeune tren­te­naire lâche par­fois sur les ré­seaux so­ciaux. On la voit en maillot de bain ou dans des poses sug­ges­tives. Des mes­sages sys­té­ma­ti­que­ment sup­pri­més quelques heures après avoir été pos­tés, pour re­ve­nir à cette image d’une femme élé­gante, de­ve­nue pu­dique et presque pieuse. Une femme qui re­vêt par­fois un hi­jab et même un bur­ki­ni sur une plage de Thaï­lande. Il y a en­suite l’épi­sode dé­rou­tant de son in­ter­view par le site du Guar­dian en oc­tobre 2016, dans la boîte de nuit qu’elle a créée à Athènes. Du­rant ces quelques mi­nutes fil­mées, Li­lo a un ac­cent étrange, « mé­di­ter­ra­néen ou moyen-orien­tal, in­ter­prète Va­ni­ty Fair, comme si l’on était en pré­sence d’une sorte de double ». Les théo­ries de la conspi­ra­tion vont bon train de­puis cet épi­sode, ali­men­tant toutes sortes de fan­tasmes. Le site d’in­fo en ligne Buzz­feed af­fir­mait ain­si qu’elle se­rait de­ve­nue un agent au ser­vice du ren­sei­gne­ment turc, tan­dis que cer­tains de ses fans l’ima­gi­naient tom­bée entre les mains de ter­ro­ristes is­la­mistes qui la fe­raient chan­ter.

Lin­day Lo­han, proie des fon­da­men­ta­listes ? En 2011, Jean Ro­lin avait ima­gi­né un scé­na­rio sem­blable dans son ro­man Le Ra­vis­se­ment de Brit­ney Spears. Une his­toire digne d’un James Bond, nar­rant l’en­lè­ve­ment de Spears par des is­la­mistes lor­gnant aus­si du cô­té de Lo­han. Au fil du ré­cit, l’at­ten­tion des ra­vis­seurs se dé­tourne peu à peu de la chan­teuse blonde, ju­gée trop « pré­vi­sible » dans ses ex­cès, pour se fo­ca­li­ser sur une Li­lo bien plus fas­ci­nante dans sa folle course à l’au­to­des­truc­tion. Celle- ci de­vient alors leur nou­velle cible. Une proie à ran­çon dont tombe amou­reux le nar­ra­teur, un agent se­cret fran­çais char­gé de la pro­té­ger. L’exis­tence d’un so­sie, une « fausse » Lo­han conver­tie « Elle au­rait pu y être, hier soir, sa sta­tuette entre les mains », sou­pire Bret Eas­ton El­lis. Mars 2017, je suis chez l’écri­vain, au len­de­main des Os­cars. L’au­teur d’ame­ri­can Psy­cho ha­bite un loft spa­cieux, au 20e étage d’une grande tour de Sun­set Strip. Nous dis­cu­tons de la cé­ré­mo­nie et c’est à son amie et an­cienne voi­sine, ab­sente des fes­ti­vi­tés an­nuelles d’hol­ly­wood, qu’il pense ce soir. Elle in­ter­prète le rôle prin­ci­pal de son pre­mier long mé­trage en tant que scé­na­riste, The Ca­nyons (2014), co­pro­duit avec Paul Schra­der, qui en signe la réa­li­sa­tion. Mal­gré l’en­fer qu’elle leur a fait vivre sur le tour­nage, Li­lo conti­nue de fas­ci­ner El­lis. « Elle au­rait pu avoir le rôle d’em­ma Stone dans La La Land,

dé­cro­cher cet Os­car. Elle avait le ta­lent, le cha­risme, et au­rait pu in­ter­pré­ter n’im­porte le­quel des rôles. » El­lis l’évoque dé­jà au pas­sé. Li­lo fut pour­tant long­temps consi­dé­rée comme l’un des meilleurs es­poirs du ci­né­ma amé­ri­cain : pre­miers contrats de man­ne­quin à 3 ans, pre­mier rôle té­lé à 10, pre­mier suc­cès en salle à 11. In­ou­bliable dans A nous quatre (1998) des stu­dios Dis­ney – elle y joue deux soeurs ju­melles sé­pa­rées par la vie –, elle ex­celle aus­si dans Frea­ky Fri­day (2003) où, frap­pante d’in­tel­li­gence pré­coce, elle échange son corps d’ado contre ce­lui de sa mère qua­dra­gé­naire. Ce se­ra en­suite le ci­né­ma d’au­teur avec Lo­li­ta mal­gré moi (2005), puis Bob­by (2006) où, en beau­té fa­tale, elle donne la ré­plique à Sha­ron Stone. Me­ryl Streep, qui par­tage avec elle l’af­fiche du film de Ro­bert Alt­man, The Last Show (2006), loue les ta­lents d’une co­mé­dienne « aux com­mandes de son art, to­ta­le­ment elle-même de­vant la ca­mé­ra ». C’est l’heure de gloire de Lo­han : à 20 ans, elle est l’ac­trice la mieux payée pour son âge (7,5 mil­lions de dol­lars par film). Et puis ce se­ra le dé­clin, aus­si bru­tal qu’ir­ré­ver­sible. La jeune fille du Bronx se perd dans Hol­ly­wood, dès qu’elle y dé­mé­nage en 2007. La Ci­té des anges lui tend ses bras et sur­tout ses pièges : l’ivresse de la gloire, les ex­cès fa­ciles, bien­tôt sui­vis par les ar­res­ta­tions fré­quentes, les con­vo­ca­tions au tri­bu­nal aux­quelles elle ne se rend pas, les cures de dés­in­tox, la pri­son, le tout avec les pa­pa­raz­zis aux trousses. LE COME-BACK IM­POS­SIBLE De­puis ces an­nées fa­ti­diques, Li­lo est en stand-by, sus­pen­due à cet hy­po­thé­tique film qui « si­gne­rait son grand re­tour », tan­dis que sa vie se rem­plit d’ombres et d’in­co­hé­rences. Où ha­bite-t- elle vrai­ment ? Du­baï, Londres, New York ? Tous les mois, son nou­veau ma­na­ger nous in­dique une nou­velle ré­si­dence. Que fait- elle ? Elle n’a pas tour­né de­puis quatre ans, hor­mis quelques ap­pa­ri­tions dans la sé­rie 2 Broke Girls en 2015 et dans une sit­com bri­tan­nique lamb­da. Le long mé­trage cen­sé mar­quer son grand re­tour, The Sha­dow Wi­thin, est blo­qué de­puis deux ans en post-pro­duc­tion, ce qui n’est ja­mais bon signe. « Elle ne tourne plus, parce que plus per­sonne ne veut se ris­quer à l’as­su­rer », ex­plique Paul Schra­der. A force de dé­boires, l’ac­trice est peu à peu de­ve­nue per­so­na non gra­ta sur les pla­teaux. Le réa­li­sa­teur a pour­tant pris ce risque. « Il est tom­bé sous son charme, ra­conte El­lis. Il vou­lait la sau­ver, comme tant d’autres, or­ga­ni­ser son come-back. » Schra­der se sou­vient : « Un jour­na­liste du New York Times avait pré­vu d’as­sis­ter au tour­nage de The Ca­nyons. A l’époque j’ai dit à Lind­say : “Si tu y ar­rives, si tu réus­sis à te­nir pen­dant ces treize jours, ta car­rière est re­lan­cée” et le Times écri­ra : “C’est une pro”. » Mais c’est tout le contraire qui se pro­duit : ab­sences ré­pé­tées sur le pla­teau, ivro­gne­rie pen­dant le tour­nage… L’ar­ticle pu­blié dans la fou­lée dé­peint no­tam­ment, dans une scène co­casse, com­ment la co­mé­dienne, qui avait pour­tant po­sé pour Play­boy, re­fu­sa de se dé­vê­tir pour une scène tor­ride. Et com­ment le réa­li­sa­teur réus­sit à la convaincre en tom­bant lui-même son pan­ta­lon.

DI­VA IN­GÉ­RABLE Prin­temps 2010, Cannes. La pro­duc­trice Ro­ber­ta Han­ley est in­quiète. Celle qui a dé­ci­dé de prendre sous son aile cette en­fant meur­trie, le temps du Fes­ti­val, n’ose la lais­ser seule, de peur qu’elle ne com­mette une bê­tise. Elle fait la fête non-stop, des in­con­nus sortent et rentrent dans sa chambre où elle laisse sa va­lise ou­verte, dé­bor­dant de vê­te­ments of­ferts par les plus grands cou­tu­riers. La pro­duc­trice d’har­mo­ny Ko­rine et de So­fia Cop­po­la a d’abord ren­con­tré son père, Mi­chael Lo­han. « Cet in­di­vi­du dé­tes­table m’a un jour re­mis la cas­sette du nou­vel al­bum que sa fille lui avait don­née deux heures au­pa­ra­vant, juste parce que j’étais pro­duc­trice, sans avoir pris la peine de l’écou­ter ! » – mu­si­cienne, Lo­han a aus­si en­re­gis­tré quelques LP. Ro­ber­ta Han­ley dé­crit une « si­tua­tion fa­mi­liale dra­ma­tique » et « une mère sur­tout connue pour avoir for­cé sa fille, ado­les­cente, à sor­tir s’écla­ter en boîte avec elle ». Les deux pa­rents mettent sou­vent en scène, dans les jour­naux à scan­dale, leur re­la­tion com­pli­quée avec leur « ba­by star ». Contre ré­mu­né­ra­tion, ce­la va de soi.

A Cannes, Li­lo se fait vo­ler son pas­se­port. Ro­ber­ta Han­ley la laisse entre les mains de son as­sis­tante et fonce au com­mis­sa­riat. L’ac­trice est cen­sée être à L.A. le len­de­main, pour une convo­ca­tion de­vant le juge. « Bien sûr, entre-temps, elle avait sé­duit l’as­sis­tante : je l’ai re­trou­vée à la soi­rée Va­ni­ty Fair, en­tou­rée de dix types en cos­tume, Ryan Gos­ling à son bras. » Lind­say ne se­ra pas à l’heure pour son pro­cès. Elle ar­ri­ve­ra quelques jours plus tard et agré­men­te­ra la robe grise ul­tra- clas­sique qu’a dé­ni­chée Han­ley pour la cir­cons­tance d’un « Fuck U » peint sur l’un de ses ongles à l’adresse du juge. Ver­dict : quatre-vingt-dix jours de pri­son avec sur­sis. « Lind­say a tou­jours eu un pro­blème avec l’au­to­ri­té, es­time Han­ley. Elle a tou­jours eu du mal à trou­ver sa place dans sa fa­mille et sa voie en tant qu’ac­trice. » Faut-il pour au­tant ré­duire son in­té­rêt ré­cent pour la re­li­gion au fait de se cher­cher une fi­gure pa­ter­nelle, un mo­dèle, des va­leurs spi­ri­tuelles ? Han­ley, elle, pré­fère évo­quer une di­men­sion po­li­tique, com­pa­rable au choix que firent dans les six­ties, cer­tains ac­teurs comme Jean Se­berg et Mar­lon Bran­do, d’épou­ser la cause des Black Pan­thers pour dé­non­cer le sort ré­ser­vé aux Noirs en Amé­rique. Pour mieux com­prendre le mys­tère Lo­han, il faut re­ve­nir de nou­veau en ar­rière, au tout dé­but de ses an­nées de crise. Fin 2009, l’ac­trice est au bout du rou­leau et plus en­det­tée que ja­mais. Jean Ro­lin, alors à Los An­geles pour son livre, me donne ren­dez-vous chez Mil­lions of Milk­shakes, un mar­chand de glace de West Hol­ly­wood. Un en­droit bi­zarre et kitsch, aux murs rose édul­co­ré, en­va­hi par une horde de ba­dauds. Ils es­pèrent y croi­ser Pa­me­la An­der­son, Kim Kar­da­shian, Brit­ney Spears ou… Lind­say Lo­han, qui fré­quentent par­fois l’éta­blis­se­ment pour faire de la pub à son pro­prié­taire,

leur ami Shee­raz Ha­san. Outre sa bou­tique, ce self-made-man a créé une en­tre­prise d’un nou­veau type, Shee­ra­zinc.com, spé­cia­li­sée dans le mar­ke­ting vi­ral des cé­lé­bri­tés sur les ré­seaux so­ciaux. Un bu­si­ness qui ex­plose de­puis qu’ash­ton Kut­cher est de­ve­nu, cette an­née-là, le pre­mier « mil­lion­naire Twit­ter » : l’ac­teur vient de fi­nan­cer son film en pa­riant sur sa ca­pa­ci­té à dé­pas­ser le cap du mil­lion de fol­lo­wers sur le ré­seau so­cial. « 2009 est l’an­née du point de bas­cule en la ma­tière, ex­plique le so­cio­logue Guillaume Er­ner dans La Sou­ve­rai­ne­té du people (Gal­li­mard, 2016). C’est à par­tir de cette date que les an­non­ceurs ont com­men­cé à prendre au sé­rieux la pu­bli­ci­té sur la Toile ; c’est à cette date que les ré­seaux so­ciaux ont dé­pas­sé le tra­fic sus­ci­té par la por­no­gra­phie. » Pour l’ac­trice rousse en per­di­tion, le so­cial net­wor­king de­vient une planche de sa­lut. Re­je­tée des pla­teaux, bou­dée par la pub, Lo­han peut en­gran­ger sur ses comptes Fa­ce­book, Twit­ter ou Ins­ta­gram des contrats avec des an­non­ceurs en tout genre. Elle trans­forme sa cé­lé­bri­té en cash, et rentre en lien di­rect avec ses fans sur le Net, où il lui suf­fit de mettre en scène sa vie pri­vée en ligne pour or­ches­trer le buzz. SA­LAIRES OBS­CURS Aus­si pers­pi­cace que clair­voyant, Ro­lin avait dé­jà com­pris à l’époque le rôle cen­tral que jouait Shee­raz Ha­san dans ce nou­veau bu­si­ness. Dans son ro­man, l’es­pion fran­çais s’in­ter­roge sur ce per­son­nage énig­ma­tique et ses liens avec Lo­han. Sur son site, le « Mis­ter so­cial net­work » d’hol­ly­wood de­ve­nu mil­lion­naire s’en­or­gueillit de « tra­vailler di­rec­te­ment avec les di­ri­geants du Bah­reïn, d’ara­bie saou­dite, des Emi­rats arabes unis, du Qa­tar et du Ko­weït », pays où il em­mène ré­gu­liè­re­ment Spears, Kar­da­shian ou Lo­han, « pour voyages d’af­faires ». Dans son au­to­bio­gra­phie, Shee­raz, sorte de rêve amé­ri­cain mu­sul­man, af­firme « s’in­té­res­ser à la vie spi­ri­tuelle des cé­lé­bri­tés » et « en­cou­ra­ger celles- ci à user de leur pres­tige pour rendre le monde meilleur ». On le soup­çonne sur­tout d’avoir or­ga­ni­sé un show éro­tique à Du­baï avec Brit­ney Spears, dans le­quel l’ac­trice de­vait dan­sé de­vant des princes saou­diens pour 4 mil­lions de dol­lars. A tel point qu’il dut même an­nu­ler le voyage, s’of­fus­quant et rap­pe­lant être un mu­sul­man pra­ti­quant. Une pho­to sur son site le montre en com­pa­gnie de Li­lo dans son Mil­lions of Milk­shakes, comme un bon père de fa­mille te­nant sa fille dans ses bras. Il se gar­ga­rise aus­si d’avoir pré­sen­té « son amie Lind­say » à la fa­mille royale qa­ta­rie. « Je suis tou­jours à la re­cherche d’op­por­tu­ni­tés pour per­mettre à Lind­say de re­trou­ver sa li­ber­té fi­nan­cière, dé­clare l’homme d’af­faires. Peu im­porte à quel point les choses tour­ne­ront mal, elle pour­ra tou­jours comp­ter sur moi pour l’ai­der. » Et de ci­ter en exemple, outre le Moyen- Orient, un bu­si­ness trip or­ga­ni­sé pour Li­lo au Bré­sil. Or c’est pré­ci­sé­ment dans ce pays qu’une « nou­velle po­lé­mique Lo­han » éclate, lorsque l’ac­trice dé­clare, sur les ré­seaux so­ciaux, sou­te­nir Aé­cio Neves, un can­di­dat à l’élec­tion pré­si­den­tielle de 2014. Un can­di­dat qui vient pour­tant de trem­per dans un scan­dale lié au tra­fic de drogue à grande échelle. « L’ac­trice a-t- elle été payée ? » s’in­ter­roge la presse bré­si­lienne, qui ne com­prend pas ce que Lo­han vient faire dans la vie po­li­tique de leur pays. Mais le Huf­fing­ton Post ré­vèle vite le coup mon­té : « #HTVBR », ce client que Li­lo cite en ha­sh­tag de son post, est Hol­ly­wood TV BR, une en­tre­prise bré­si­lienne im­plan­tée à Los An­geles, spé­cia­li­sée, tout comme Shee­ra­zinc. com, dans le mar­ke­ting vi­ral. L’af­faire bré­si­lienne rap­pelle étran­ge­ment celle de la cam­pagne pro-er­do­gan

EGÉ­RIE À VENDRE Il est tou­jours dé­li­cat d’en­quê­ter sur une cé­lé­bri­té. Chaque jour, mes Google Alerts sur Lind­say Lo­han ré­vèlent un nou­veau scan­dale, un nou­veau mot de tra­vers – comme ce mes­sage de sou­tien à Har­vey Wein­stein, au tout dé­but de l’af­faire. Le cas de l’ac­trice de­ve­nue « people trash » est passionnant pour ce qu’il ré­vèle des bou­le­ver­se­ments ré­cents de l’in­dus­trie du di­ver­tis­se­ment, cette nou­velle « éco­no­mie de l’at­ten­tion » comme l’ap­pelle Er­ner, un « ca­pi­ta­lisme 2.0 » dans le­quel le Net a dé­sor­mais plus d’im­por­tance que le grand ou le pe­tit écran. Il y a aus­si la di­men­sion géo­po­li­tique du phé­no­mène Li­lo, ce que la so­cio­logue Va­lé­rie Go­rin, pro­fes­seure de so­cio­lo­gie des mé­dias à l’uni­ver­si­té de Ge­nève nomme la « di­plo­ma­tie de la cé­lé­bri­té. Une pra­tique aus­si vieille que Hol­ly­wood, qui consiste, pour les stars, à épou­ser telle ou telle noble cause, par­fois par sin­cé­ri­té, par­fois pour re­do­rer leur bla­son ». Pour Li­lo, ce fut d’abord la lutte contre l’ex­ploi­ta­tion des femmes dans les usines in­diennes, puis la lutte contre les vio­lences conju­gales – dont elle au­rait elle-même été vic­time avec son ex, le mil­liar­daire russe Egor Ta­ra­ba­sov. Un pre­mier bé­mol avait émer­gé en oc­tobre der­nier à ce su­jet, quand l’ac­trice avait été soup­çon­née de dis­tri­buer aux ré­fu­giés des bois­sons éner­gi­santes, don pour le moins sau­gre­nu. CNN ré­vé­lait alors qu’elle était en af­faires avec la marque de bois­son en ques­tion, Min­ta­nine, dont elle est une am­bas­sa­drice. Va­lé­rie Go­rin évoque aus­si la spé­ci­fi­ci­té des pays où Lo­han se rend pour « voyages d’af­faires » : Ara­bie saou­dite, Tur­quie, Emi­rats arabes unis. Des pays à ma­jo­ri­té sun­nite, « im­pli­qués de­puis quelques an­nées dans l’hu­ma­ni­taire comme de gros do­na­teurs, ana­lyse-t- elle, mais dont les mo­tifs sont par­fois ques­tion­nables ». La so­cio­logue cite ces cé­lé­bri­tés en bout de course, en­det­tées et ou­vertes à ce type d’ar­ran­ge­ments. Ja­net Jack­son ou Ma­riah Ca­rey, par­ties chan­ter à Du­baï, puis van­tant les ver­tus de l’is­lam en Oc­ci­dent. Elle évoque aus­si « la di­men­sion opaque de cer­taines ONG à ca­rac­tère re­li­gieux im­pli­quées dans l’aide aux ré­fu­giés sy­riens, qui se tournent vers de nou­veaux do­na­teurs for­tu­nés, pro­blé­ma­tiques d’un point de vue éthique ». Un di­plo­mate du Quai d’or­say, s’ex­pri­mant sous cou­vert d’ano­ny­mat, ren­ché­rit et s’in­quiète CÉ­LÉ­BRI­TÉ 2.0 On ne sau­ra ja­mais la vé­ri­té au su­jet des prises de po­si­tion po­li­tiques, hu­ma­ni­taires et re­li­gieuses de Lind­say. A quel point elle a été ma­ni­pu­lée. L’ac­trice reste une énigme, un fan­tasme, dé­mul­ti­plié par ces ava­tars qui lui échappent ou qu’elle crée consciem­ment, sur les ré­seaux so­ciaux et dans les pages des ma­ga­zines. On pense aus­si à sa vie quo­ti­dienne, mise en scène dans Lind­say, une émis­sion de té­lé­réa­li­té, pro­duite par Oprah Win­frey en 2014. Ou, plus ré­cem­ment, à la plate-forme Pree­mium.com sur la­quelle elle vend dé­sor­mais à ses fans, pour 2,99 dol­lars par mois, des in­fos ex­clu­sives et autres vi­déos « be­hind the scene ». Reste ce dan­ger qui la guette : sa mu­ta­tion dé­fi­ni­tive en créa­ture vir­tuelle. Comme ce per­son­nage du jeu vi­déo GTA 5 créé à son in­su en s’ins­pi­rant de son image, et contre le­quel elle a in­ten­té un pro­cès, Li­lo est de­ve­nue l’in­car­na­tion du people du fu­tur. Nu­mé­rique. Dé­mul­ti­pliée. Ir­réelle.

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