Vulve,

Glamour (France) - - BEAUTÉ -

cli­to, pe­tites lèvres, pé­ri­née, règles… Ces mots qu’on pro­non­çait à voix basse il y a en­core quelques an­nées sont de plus en plus au centre de conver­sa­tions tran­quille­ment dé­com­plexées. Comme si le voile de pu­deur-culpa­bi­li­té-honte qui en­tou­rait le sexe fé­mi­nin se le­vait pro­gres­si­ve­ment, au gré de pu­bli­ca­tions di­dac­tiques et de prises de pa­roles ar­tis­ti­co-fé­mi­nistes re­layées sur la Toile (vous avez vu la fa­meuse pho­to de Ru­pi Kaur, avec son pan­ta­lon ta­ché de sang ?). Pour­quoi main­te­nant ? « Alors que toutes les in­fos sont en libre ac­cès, on constate en­core une vraie mé­con­nais­sance de l’ana­to­mie fé­mi­nine, ex­plique Anne bian­chi, sexo­thé­ra­peute. On doit re­ve­nir aux fon­da­men­taux. » Un constat par­ta­gé par le gy­né­co­logue Jean-marc Boh­bot qui en­tend ré­gu­liè­re­ment des pa­tientes lui dire que « ça fait mal en bas ». « Ce qui touche au sexe fé­mi­nin reste ta­bou et le fait de consul­ter est dé­jà un grand pas », ob­serve-t-il. En An­gle­terre, plus d’une jeune femme sur trois hé­site à faire un frot­tis, crai­gnant de mon­trer la forme de sa vulve, de sen­tir mau­vais ou de ne pas être bien épi­lée*. « Mais com­ment leur en vou­loir ? Elles su­bissent de nou­veaux dik­tats d’hy­giène et d’es­thé­tique re­layés par­tout », dé­plore le mé­de­cin. « Il est grand temps de prendre conscience que le va­gin n’est pas qu’une ca­vi­té, mais un or­gane puis­sant, consti­tu­tif de notre sin­gu­la­ri­té, s’in­surge Ca­mille Em­ma­nuelle, au­teure du livre Sex­po­werment (éd. Livre de Poche). Une meilleure connais­sance de ce qu’on a entre les cuisses par­ti­cipe de l’em­po­werment fé­mi­nin. » Cette prise de pou­voir des femmes par elles- mêmes et pour elles-mêmes va bien au- de­là de la conquête de l’éga­li­té homme-femme. Le va­gin de­vien­drait-il le nou­veau phal­lus ? « En­core une fa­çon de se po­si­tion­ner par rap­port aux hommes, re­grette la jour­na­liste. Le phal­lus étant la re­pré­sen­ta­tion sym­bo­lique du pé­nis, je mi­lite pour un “cli­to­rus” ! »

LE ROUGE QUI TACHE

« Notre rap­port aux règles a chan­gé : on ac­cepte les pro­blé­ma­tiques qu’elles posent au quo­ti­dien », af­firme Ca­mille Em­ma­nuelle. Comme la pra­tique du sport avec un tam­pon ? Un sou­ci cou­ra­geu­se­ment ba­layé par l’ac­ti­viste Ki­ran Gand­hi, qui a cou­ru le ma­ra­thon de Londres en sai­gnant li­bre­ment, comme elle l’a ex­pli­qué dans une vi­déo vi­rale pour la marque Mon­ki. Plu­tôt ra­di­cal, hein ? Sans for­cé­ment vou­loir l’imi­ter, ce type de dé­marche par­ti­cipe d’une vo­lon­té de se ré­ap­pro­prier son corps et de ne pas le pol­luer avec des pro­tec­tions dont la com­po­si­tion sou­lève de plus en plus de po­lé­miques. Alors que les ventes de ser­viettes et tam­pons ont bais­sé de 10,6 et 17,6 % entre 2015 et 2016**, le mar­ché de la cup, lui, ex­plose, avec un chiffre d’af­faires en hausse de 40 % d’ici 2023***. Pour­tant, entre nous, ce pe­tit ob­jet rose qui en fout plein les mains n’est pas si fa­cile à domp­ter – ah, le phé­no­mène de suc­cion quand on la re­tire mal… Et dire que cer­taines maî­trisent leur uté­rus au point de pou­voir adop­ter la tech­nique dite du « flux ins­tinc­tif libre » : se pas­ser de pro­tec­tion et se conten­ter d’al­ler

TU VAS AVOIR TES RAGNAGNAS OU QUOI ?

« J’ai long­temps trou­vé sexiste de ra­me­ner la femme à ses mou­ve­ments d’hu­meur, lâche Ca­mille Em­ma­nuelle. Puis j’ai fi­ni par ac­cep­ter ces jours qui pré­cèdent mes règles, pen­dant les­quels je me sens moche et dé­pri­mée. Je les coche dans Google Ca­len­dar pour évi­ter de prendre des ren­dez-vous im­por­tants et m’au­to­ri­ser à res­ter en jog­ging chez moi. » Entre deux lunes, nom­breuses sont celles qui consignent dans des ap­plis comme Clue ou Flo ce qui fait les joies et les peines de leurs cycles ova­riens. Comme l’ex­plique la gou­rou amé­ri­caine des hor­mones fé­mi­nines Ali­sa Vit­ti ( Flo­li­ving.com) : « La mau­vaise hu­meur liée au syn­drome pré­mens­truel nous dit que quelque chose cloche dans notre exis­tence. C’est un ex­cellent mo­ment pour éva­luer les points clés de notre vie et pro­cé­der à des ajus­te­ments. »

Fur Oil, comme Em­ma Wat­son ; su­bli­mer sa vulve avec un high­ligh­ter de la marque da­noise The per­fect V ; se faire po­ser des paillettes sur la toi­son, voire en mettre dans son va­gin via de pe­tites cap­sules qui fondent avec l’hu­mi­di­té ? Ces co­quet­te­ries qui buzzent sur la Toile sont, d’après le Dr jean- Marc Boh­bot, à évi­ter. « Tous ces pro­duits sont al­ler­gi­sants alors que la vulve est l’une des zones les plus fra­giles du corps », alerte-t-il. Non moins alar­mantes, cer­taines pra­tiques va­li­dées par des mé­de­cins ré­pondent en fait à de faux be­soins nés du por­no. Di­mi­nu­tion des pe­tites lèvres, re­pul­page des grandes, blan­chi­ment de la vulve au la­ser, in­jec­tions de son propre plas­ma dans les pa­rois du va­gin pour at­teindre l’or­gasme mul­tiple ou fu­mi­ga­tion de CO2 pour lui re­don­ner un coup de jeune… Ça laisse rê­veuse. En même temps, ar­gu­mentent cer­taines, est- ce que ce ne sont pas des ex­cès né­ces­saires pour es­pé­rer trou­ver un jour la voie du mi­lieu ? « Con­trac­tez le pé­ri­née ! » Celles qui pra­tiquent le yo­ga et le pi­lates le savent, s’il est bien to­nique, ce muscle plan­cher évite les fuites et contri­bue à une sexua­li­té épa­nouie. « Il cor­res­pond au cha­kra ra­cine qui nous ancre dans la vie », rap­pelle éga­le­ment Anne Bian­chi qui en­seigne le yo­ga kun­da­li­ni. Outre la ré­édu­ca­tion chez le ki­né, de plus en plus de gad­gets per­mettent de se mus­cler de fa­çon au­to­nome : les cuis­sardes d’élec­tro­sti­mu­la­tion In­no­vo ou la sonde El­vie re­liée en Blue­tooth à votre mo­bile – « Oui Ma­man, je te rap­pelle plus tard ». Plus in­tri­gant en­core, l’oeuf de Yo­ni (« sexe fé­mi­nin » en sans­krit) van­té par Gwy­neth Pal­trow sur son site Goop, qui a pro­vo­qué une ruée sans pré­cé­dent sur son e- shop. Ver­sion éso­té­rique des boules de gei­sha, l’ob­jet ovoïde – en jaspe, quartz ou cris­tal se­lon les ver­tus qu’on at­tend de lui – s’in­sère dans le va­gin pour to­ni­fier les muscles (ser­rez bien pour ne pas le pondre trop vite quand même) et fa­vo­ri­ser l’émer­gence de l’éner­gie vi­tale au creux de votre être. Tri­vial ou gé­nial ? A vous de voir.

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