PA­TRONNE UBER POP

DIVA BADASS DU MAR­KE­TING, BOZOMA SAINT JOHN A TRA­VAILLÉ POUR SPIKE LEE, BEATS ET APPLE MU­SIC. À 41 ANS, ELLE A ÉTÉ CHOI­SIE POUR RE­DO­RER L’IMAGE ÉCORNÉE D’UBER. ET LA TÂCHE EST AR­DUE.

Glamour (France) - - Business Plan - Par Au­rore Mer­chin Pho­to Ka­tie Ber­nar­ding

Coupe afro, top fla­shy, pan­ta­lon en vi­nyle brun et sti­let­tos bleu roi… Quand elle entre avec son sou­rire XXL dans les bu­reaux pa­ri­siens d’uber, où on a ren­dez-vous, la nou­velle res­pon­sable mar­ke­ting de la marque fait l’ef­fet d’une pop star. Son compte Ins­ta­gram, @ba­dass­boz, sui­vi par 128 000 abon­nés, n’a rien à en­vier à ceux des di­vas qu’elle a fait tra­vailler – Beyon­cé, Ma­ry J. Blige, Ka­ty Per­ry… « Boz » en a tous les codes, mais pas les ca­prices. Gha­néenne ar­ri­vée en plein Co­lo­ra­do à 14 ans, « seule fille noire du quar­tier, grande, avec un ac­cent, à un âge où on veut tout sauf être dif­fé­rent », elle prône l’em­pa­thie, la so­ro­ri­té et dit as­su­mer ses mo­ments de « lose » (une brève pa­ren­thèse pro dans une marque « plus size » parce qu’elle avait pris du poids en de­ve­nant ma­man) avant de vous gra­ti­fier d’un big hug en vous quit­tant. Un choix de re­cru­te­ment ju­di­cieux pour faire ou­blier la culture sexiste et bru­tale d’uber. Elle, on l’aime dé­jà.

Com­ment de­vient-on di­rec­trice ?

En étant flexible. En s’adap­tant aux be­soins de la boîte tout en fai­sant en sorte que ça fonc­tionne pour soi. Quand j’ai em­mé­na­gé à New York, je me suis ins­crite dans une agence d’in­té­rim. Spike Lee ve­nait de vi­rer son as­sis­tante et on m’y a en­voyée. Au dé­but, je pre­nais les ap­pels, j’al­lais cher­cher le ca­fé, son linge, et un jour, il m’a de­man­dé de lire un ma­nus­crit. Le len­de­main, toute ex­ci­tée, je le lui ai rap­por­té, an­no­té de rouge. Il a hur­lé : « Tu as fait des cor­rec­tions sur MON script ?! » Je trem­blais, je me fai­sais pi­pi des­sus. Deux heures après, il me lan­çait : « Bonnes re­marques… » Comme je sor­tais beau­coup, il m’a de­man­dé de re­pé­rer ce qui était « hot ». Je croi­sais Beyon­cé en club. Elle n’était pas en­core Queen B et elle se lan­çait en so­lo. J’ai sug­gé­ré de la faire jouer dans la pub d’un de nos clients, Pep­si, puis tout s’est en­chaî­né.

Quelle est la pre­mière chose que vous faites quand vous ar­ri­vez au bu­reau ?

Je mets de la mu­sique. Ça crée l’at­mo­sphère de ma jour­née, ça peut

être de la pop pour me don­ner de l’éner­gie, du gos­pel pour m’ins­pi­rer, Tu­pac si je suis de mau­vaise hu­meur ou même de la coun­try.

Com­ment avez-vous per­son­na­li­sé votre bu­reau de San Fran­cis­co ?

Les murs sont tur­quoise, j’ai une chaise en cuir à im­pri­mé léo­pard, une table do­rée, des bou­gies et un grand ta­pis tel­le­ment doux que les gens re­tirent spon­ta­né­ment leurs chaus­sures quand ils rentrent. J’aime qu’on s’y sente chez soi. La porte est tou­jours ou­verte.

Quelle image vous sert de fond d’écran ?

Des ci­ta­tions comme « Some wo­men are lost in the fire. Some wo­men are built from it ». Ou bien celle de Co­co Cha­nel qui dit : « Keep your heels, head and stan­dards high. »

Com­ment re­cru­tez-vous vos col­la­bo­ra­teurs ?

Je re­garde leurs ré­seaux so­ciaux. S’ils ra­content bien qui ils sont, leurs voyages, ce qu’ils aiment man­ger ou écou­ter, s’ils sont ins­pi­rants, ils se­ront ca­pables de bien ra­con­ter la marque. C’est la clé du mar­ke­ting.

Com­ment se dé­bar­ras­ser d’un em­ployé en­com­brant ?

Très peu de per­sonnes sont vrai­ment in­com­pé­tentes. Si on a don­né des conseils et que rien ne change, c’est que la per­sonne n’est plus in­té­res­sée par son bou­lot, alors au­tant l’ai­der à chan­ger de poste ou de boîte. En fait, pour gar­der ses em­ployés et qu’ils donnent le meilleur, il faut être em­pa­thique, com­prendre leurs mo­ti­va­tions, ce qui les tra­casse. Les femmes ont un sixième sens pour ça, elles doivent l’uti­li­ser.

À quoi servent vrai­ment les réunions ?

Pour être créatives, il faut qu’elles soient courtes. Si on com­mence à trop ré­flé­chir, on perd le fil. Il faut faire confiance à son ins­tinct. Si quelque chose me fait rire, c’est que c’est drôle, pleu­rer, c’est que ça fonc­tionne. Si ça a be­soin d’être cor­ri­gé ou amé­lio­ré, ça at­ten­dra la pro­chaine réunion.

Quel est votre meilleur sou­ve­nir de sé­mi­naire d’en­tre­prise ?

Il y en a tel­le­ment… Mi-fé­vrier, j’ai in­vi­té chez Uber la cham­pionne olym­pique d’es­crime Ib­ti­haj Mu­ham­mad, la pre­mière Amé­ri­caine à por­ter un hi­jab aux JO. C’était très ins­pi­rant. Je ne suis pas mu­sul­mane mais c’est im­por­tant d’en­cou­ra­ger le dia­logue et la di­ver­si­té.

Pour ou contre la pro­mo­tion ca­na­pé ?

Oh my gosh ! C’est très im­por­tant d’ob­te­nir poste et consi­dé­ra­tion avec res­pect, parce qu’on est suf­fi­sam­ment in­tel­li­gente, ta­len­tueuse et dé­ter­mi­née. On a toutes eu des dî­ners d’af­faires qui glis­saient vers autre chose. On en rit comme si c’était nor­mal mais ça ne l’est pas. Le sexisme pas plus que le ra­cisme. C’est fa­ti­gant d’être la seule per­sonne dont on cont­rôle la carte d’em­bar­que­ment pour vé­ri­fier que j’ai bien le droit d’être as­sise en bu­si­ness.

Je croi­sais Beyon­cé en club. Elle n’était pas en­core Queen B et se lan­çait en so­lo. J’ai sug­gé­ré de la faire jouer dans la pub d’un de nos clients, Pep­si, et après tout s’est en­chaî­né.

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