LE MYS­TÈRE des femmes fon­taines

Glamour (France) - - Société - Par A. Mer­chin

EN­CORE TABOUE, L’ÉNIGME DES FEMMES FON­TAINES EST EN PASSE D’ÊTRE RÉSOLUE. QUI SONT-ELLES ET COM­MENT FONT-ELLES ? ON FAIT LE POINT (G).

La pre­mière fois que Char­line a inon­dé ses draps, elle a cru hal­lu­ci­ner. « C’était avec mon pre­mier par­te­naire ré­gu­lier, se sou­vient-elle. Un gar­çon très à l’écoute, qui sa­vait me mettre en branle len­te­ment. À un mo­ment, il a dû cli­quer au bon en­droit, avec ses doigts. J’ai joui de fa­çon tel­lu­rique et je me suis mise à cou­ler abon­dam­ment. » Un peu gê­née, elle s’in­ter­roge : « Je sa­vais que je n’avais pas fait pi­pi mais bon, c’était dou­teux. » De­puis, elle peut ou­vrir les vannes quand le coeur lui en dit. Cons­tance, elle, n’a vu le spec­tacle des grandes eaux qu’une fois, en plein « phone sex » avec un amant. « Je m’ai­dais d’un sex­toy et c’est par­ti en un jet gran­diose. » Elle rêve de­puis de vagues per­pé­tuelles mais n’a pas réus­si à ré­ité­rer son ex­ploit. À l’in­verse, Océane s’est mise au yo­ga pour mus­cler son pé­ri­née et re­prendre le cont­rôle sur ce fi­let d’eau qui sourd à chaque fois, avec ou sans or­gasme. « C’est tou­jours un peu la honte d’ex­pli­quer ça à un nou­veau par­te­naire et pas très sexy de faire l’amour sur des ser­viettes de bain. J’en ai marre de faire des les­sives. »

THÉORIE DU RUISSELLEMENT

Long­temps consi­dé­rées par les mé­de­cins comme des phé­no­mènes de foire, les « femmes fon­taines » ont été bap­ti­sées ain­si par la psy­cha­na­lyste Fré­dé­rique Gruyer en 1984 dans Ce pa­ra­dis trop violent (Ro­bert Laf­font). Moins poé­tiques, les An­glo-saxons em­ploient le verbe to squirt qui si­gni­fie « gi­cler ». « Il n’y a que quatre ou cinq ans qu’on tente d’ap­por­ter une ex­pli­ca­tion scien­ti­fique à ce li­quide », note le Dr Pierre Des­vaux, co-au­teur de Femmes fon­taines & éja­cu­la­tion fé­mi­nine : mythes, contro­verses et réa­li­tés (1). « Un cer­tain nombre de femmes ont un ré­si­du pros­ta­tique, les glandes para-uré­trales, qui cor­res­pondent au fa­meux point G », pointe-t-il. On peut dire que ces der­nières éja­culent, mais en si faible quan­ti­té que leurs sé­cré­tions passent in­aper­çues. « Mais nous sup­po­sons que toute femme peut être une femme fontaine », dis­tingue l’an­dro­logue, sexo­logue, et di­rec­teur d’en­sei­gne­ment à l’uni­ver­si­té Pa­ris Des­cartes. Le li­quide abon­dant, di­lué, clair et in­odore se­rait alors li­bé­ré par la ves­sie, rem­plie de fa­çon re­mar­quable pen­dant l’ex­ci­ta­tion sexuelle.

RE­MON­TER À LA SOURCE

La phi­lo­so­phie taoïste évoque de­puis des mil­lé­naires un fluide, la « fleur de lune », s’épan­chant du « pa­lais du yin ». Le Ka­ma-su­tra s’y in­té­resse et même la Bible : le Can­tique des can­tiques, livre le plus sen­suel de l’an­cien Tes­tament, dé­crit l’ai­mée comme « une fontaine des jar­dins, une source d’eaux vives, des ruis­seaux du Li­ban ». En Afrique, on ra­conte en­core qu’une reine dont l’époux était par­ti à la guerre de­man­da à son ser­vi­teur de la sa­tis­faire. Il s’exé­cu­ta tout trem­blant et ses vi­bra­tions firent jaillir l’eau don­nant nais­sance au lac Ki­vu. Dans L’eau sa­crée, un do­cu­men­taire ra­fraî­chis­sant réa­li­sé par le bien nom­mé Oli­vier Jour­dain (2), on dé­couvre les ar­canes du « ku­nya­ra », cette pra­tique an­ces­trale en­core trans­mise dans les vil­lages et les écoles du Rwan­da. À l’écran, l’ani­ma­trice d’une ra­dio lo­cale s’en amuse : « Les hommes blancs doivent d’abord trou­ver la clé. Au ni­veau de la tour Eif­fel, tu mets ton doigt là-haut, tu touches dou­ce­ment et l’eau se met à cou­ler. »

À LA CLAIRE FONTAINE

Le por­no mains­tream ne fait en re­vanche que très peu de place à l’éja­cu­la­tion fé­mi­nine et aux femmes fon­taines. As­so­ciées à l’uro­phi­lie et consi­dé­rées comme obs­cènes, les vi­déos la concer­nant sont même cen­su­rées par le Bri­tish Board of Film Clas­si­fi­ca­tion. Aux États-unis, une poi­gnée de fé­mi­nistes pro-porn filment et étu­dient le phé­no­mène. Spé­cia­liste de ce su­jet glis­sant, De­bo­rah Sun­dahl a fait sen­sa­tion avec une vi­déo tu­to « Fe­male eja­cu­la­tion and the G-spot », et un livre mode d’em­ploi tra­duit en fran­çais (3). La pro­duc­trice fé­mi­niste Eri­ka Lust en montre aus­si en slow mo­tion (« Don’t Call Me a Dick », sur le site Xcon­fes­sions). « Ça reste ta­bou et très contro­ver­sé. Énor­mé­ment d’hommes, de femmes, de scien­ti­fiques ou de gens du por­no ont en­core un pro­blème avec ça », es­time So­phie Bram­ly, créa­trice du site sur le plai­sir fé­mi­nin Se­cond­sexe.com. La pho­to­graphe et pro­duc­trice y voit une « ex­ci­sion psy­chique ». « Jus­qu’au XVIIIE siècle, on pré­sen­tait les femmes avec un pe­tit pé­nis et leur éja­cu­la­tion était signe de fer­ti­li­té. Au XIXE, on a gom­mé cette sy­mé­trie

En Afrique, on ra­conte en­core qu’une reine dont l’époux était par­ti à la guerre de­man­da à son ser­vi­teur de la sa­tis­faire. Il s’exé­cu­ta tout trem­blant et ses vi­bra­tions firent jaillir l’eau don­nant nais­sance au lac Ki­vu.

et ef­fa­cé le cli­to­ris des ma­nuels et planches d’ana­to­mie, ex­plique-t-elle. On n’est pas plus obli­gée de cher­cher à jaillir que de pra­ti­quer la so­do­mie, mais il y a un truc po­li­tique à main­te­nir les femmes dans l’igno­rance de leur corps, alors on doit en par­ler. » Quelques hommes, que le Dr Des­vaux ap­pelle les « sour­ciers », ap­pré­cient cette spé­ci­fi­ci­té et savent mieux que d’autres sti­mu­ler leurs par­te­naires. « Avec moi, toutes les femmes peuvent être fon­taines si elles le veulent », fan­fa­ronne Ar­chi­bald. Son se­cret ? Une en­tente pro­fonde, et une longue et puis­sante sti­mu­la­tion de la face an­té­rieure du va­gin, ac­com­pa­gnée de ca­resses des che­veux, d’oreilles lé­chées… jus­qu’au lâ­cher prise. Et oui, par­fois, il avale. Pour trans­for­mer sa couche en Aqua­land, il ne reste donc plus qu’à trou­ver la ba­guette pour dé­tec­ter le bon sour­cier, ou à s’ex­plo­rer en so­lo. ●

1. Femmes fon­taines & éja­cu­la­tion fé­mi­nine : mythes, contro­verses et réa­li­tés, par les Drs Pierre Des­vaux et Sa­muel Sa­la­ma, an­dro­logues et sexo­logues, et Syl­vie Nord­heim, au­teure, le Cherche-mi­di, 8,99 € en for­mat Kindle sur Ama­zon. 2. L’eau sa­crée, un film do­cu­men­taire d’oli­vier Jour­dain, 56 mi­nutes, 3,99 € en VOD. 3. Le Guide Ta­bou du point G et de l’éja­cu­la­tion fé­mi­nine, de De­bo­rah Sun­dahl, édi­tions Ta­bou, env. 15 €.

« Jus­qu’au XVIIIE siècle, on pré­sen­tait les femmes avec un pe­tit pé­nis et leur éja­cu­la­tion était signe de fer­ti­li­té. » So­phie Bram­ly

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