MORTE EN EAUX TROUBLES

Glamour (France) - - Pop Story - Par Clo­vis Goux

TRENTE-SEPT ANS APRÈS LA MYS­TÉ­RIEUSE DIS­PA­RI­TION EN MER DE L’AC­TRICE NA­TA­LIE WOOD, L’AF­FAIRE RE­FAIT SUR­FACE. AL­COOL, BA­GARRES, MA­RI CÉ­LÈBRE ET AMANTS DANS LE PLA­CARD… RÉ­CIT D’UN DES­TIN QUI A CHAVIRÉ ET DONT LES RE­MOUS CONTI­NUENT D’ÉCLA­BOUS­SER HOL­LY­WOOD.

J’ ai tou­jours été ter­ri­fiée par l’eau, les eaux sombres, les eaux ma­ri­times. » Lorsque Na­ta­lie Wood fait cette confes­sion à la té­lé­vi­sion en 1980, l’ac­trice amé­ri­caine ne se doute pas qu’elle n’a plus que quelques mois à vivre et que sa pire an­goisse – mou­rir noyée – se réa­li­se­ra avant ses 44 ans. À l’époque, la star – pour la­quelle le mot « sex-ap­peal » semble avoir été in­ven­té –, hé­roïne de La Fu­reur

de vivre, West Side Sto­ry et La Fièvre dans le sang, est concen­trée sur le film qui doit re­lan­cer sa car­rière après dix an­nées d’éclipse. Son der­nier suc­cès, Bob et Ca­role et Ted et Alice ( 1969) fai­sait dé­jà fi­gure de come-back et la comédienne in­carne dé­sor­mais, pour le pu­blic comme pour la pro­fes­sion, une vi­sion nos­tal­gique de l’âge d’or hol­ly­woo­dien. LE MA­RI, L’AC­TEUR ET LE CA­PI­TAINE Une image d’icône du pas­sé qu’elle en­tend bien bous­cu­ler avec Brains­torm. Dans ce film de science-fic­tion qu’elle tourne pour la MGM à par­tir de sep­tembre 1981, la brune in­can­des­cente in­carne une scien­ti­fique qui a mis au point avec son ma­ri un ma­gné­to­scope pou­vant en­re­gis­trer les émo­tions d’un in­di­vi­du afin de les faire res­sen­tir à l’iden­tique à une autre per­sonne. Vic­time d’une crise car­diaque, un des membres de leur équipe en­re­gistre alors sa propre mort. Si une telle ma­chine avait exis­té, le monde sau­rait en­fin la vé­ri­té sur les évé­ne­ments de la nuit du 28 au 29 no­vembre 1981 du­rant la­quelle le corps de Na­ta­lie Wood est re­trou­vé dans l’océan Pa­ci­fique. Le mys­tère plane en ef­fet sur ce qui s’est réel­le­ment pas­sé à bord du Splen­dour, le yacht sur le­quel elle avait em­bar­qué la veille avec son époux, l’ac­teur Ro­bert Wa­gner, Ch­ris­to­pher Wal­ken, son par­te­naire dans

Brains­torm, et Den­nis Da­vern, le ca­pi­taine du ba­teau. Clas­sée ra­pi­de­ment comme une noyade ac­ci­den­telle, la cause de la mort de Na­ta­lie Wood est, dès la ré­ou­ver­ture de l’en­quête en 2011, consi­dé­rée comme « in­dé­ter­mi­née » par les au­to­ri­tés. > Par ailleurs, de­puis fé­vrier der­nier, Ro­bert Wa­gner, au­jourd’hui

âgé de 88 ans, n’est plus consi­dé­ré comme simple témoin pri­vi­lé­gié mais comme « per­sonne d’in­té­rêt ». Soit le stade pré­li­mi­naire à « sus­pect ». Trente-sept ans après le drame, ce fait di­vers à re­bon­dis­se­ments vient de res­sur­gir au pre­mier plan, obli­geant ses pro­ta­go­nistes à re­plon­ger dans les eaux troubles du temps.

LE COUPLE ÉMÉ­CHÉ SE DIS­PUTE

Ven­dre­di 27 no­vembre 1981, Ch­ris­to­pher Wal­ken, in­vi­té par Na­ta­lie Wood pour le week-end de Thanks­gi­ving, fran­chit, aux alen­tours de mi­di, le pont du Splen­dour amar­ré à Ma­ri­na Del Rey, le port de plai­sance de Los An­geles. À 38 ans, et mal­gré le re­vers ti­ta­nesque de La Porte du pa­ra­dis l’an­née pré­cé­dente, le co­mé­dien au re­gard fan­to­ma­tique est en­core au­réo­lé de son os­car pour Voyage au bout de l’en­fer, qui a fait de lui une star pla­né­taire. Il porte un ca­ban bleu ma­rine dont il a re­le­vé le col. La mé­téo n’est pas clé­mente en ce jour d’au­tomne : les nuages se sont ac­cu­mu­lés dans le ciel et on gre­lotte vo­lon­tiers sur une mer agi­tée. Son sac de voyage à la main, il pé­nètre dans le sa­lon à l’ar­rière du yacht. Na­ta­lie Wood se jette sur lui pour l’em­bras­ser, puis il sa­lue Ro­bert Wa­gner, dé­jà croi­sé sur le tour­nage de Brains­torm, ain­si que Den­nis Da­vern, le jeune ca­pi­taine bar­bu qui va les conduire jus­qu’à l’île de San­ta Ca­ta­li­na à 35 ki­lo­mètres de là. De­puis que Clark Gable y a tour­né Les Ré­vol­tés du Boun­ty en 1935, l’île est de­ve­nue une des­ti­na­tion pri­vi­lé­giée du toutHol­ly­wood, qui vient je­ter l’ancre de ses voi­liers dans le port d’ava­lon. Dès le dé­but de la tra­ver­sée, Wal­ken est vic­time de mal de mer et se ré­fu­gie dans sa ca­bine. Il n’en sort que lorsque le ba­teau mouille près du ca­si­no d’ava­lon aux alen­tours de 17 heures. Les Wa­gner et Wal­ken em­barquent alors sur le Zo­diac du Splen­dour, iro­ni­que­ment bap­ti­sé Va­liant en sou­ve­nir de Prince Vaillant, na­vet à suc­cès dans le­quel Ro­bert Wa­gner fit ses armes de jeune pre­mier, pour faire du shop­ping et boire quelques bières à El Gal­leon, un res­tau­rant du port. À la tom­bée de la nuit, ils sont de re­tour sur le yacht où Den­nis Da­vern a pré­pa­ré un bar­be­cue, mais Ch­ris­to­pher Wal­ken, de nou­veau ma­lade, pré­fère al­ler se cou­cher. Après un dî­ner bien ar­ro­sé, le temps se gâte : le ba­teau est pris dans la houle et Wa­gner veut le dé­pla­cer. Mais son épouse s’y op­pose ca­té­go­ri­que­ment et le couple émé­ché com­mence

Ro­bert Wa­gner, au­jourd’hui âgé de 88 ans, est dé­sor­mais consi­dé­ré comme « per­sonne d’in­té­rêt ». Soit le stade pré­li­mi­naire à « sus­pect ».

à se dis­pu­ter jus­qu’à ce que Na­ta­lie Wood dé­cide sur un coup de tête de pas­ser la nuit à terre. C’est Den­nis qui l’y conduit en ca­not après que Wal­ken a dé­cli­né l’in­vi­ta­tion à se joindre à elle. De re­tour au El Gal­leon, elle de­mande au pro­prié­taire s’il y a en­core des ba­teaux pour ren­trer sur la côte. Comme il n’y en a pas avant le len­de­main, Na­ta­lie et Den­nis louent deux chambres au Pa­vi­lion Lodge à 23 h 15, mais passent la nuit dans une seule, en com­pa­gnie d’une bou­teille de whis­ky.

UNE COM­PLI­CI­TÉ AGAÇANTE

Le sa­me­di ma­tin, Na­ta­lie Wood a chan­gé d’avis et ne veut pas aban­don­ner Ch­ris­to­pher Wal­ken. Elle re­tourne donc sur le Splen­dour où elle le ré­veille pour lui pro­po­ser d’em­bar­quer avec elle à bord du pro­chain hy­dra­vion pour le conti­nent. Wal­ken re­fuse : « Je ne veux pas être mê­lé à ça ! » L’ac­trice pré­pare alors un pe­tit dé­jeu­ner afin d’apai­ser les ten­sions de la veille. À 11 heures, Ro­bert Wa­gner dé­cide d’ame­ner le ba­teau à Isth­mus Cove au nord de l’île où il a l’in­ten­tion de pê­cher. Ils mouillent à 5 mi­nutes de la côte et cha­cun re­gagne sa ca­bine pour faire la sieste. En fin d’après-mi­di, Ch­ris­to­pher Wal­ken et Na­ta­lie Wood prennent le Va­liant afin de se rendre au Doug’s Har­bor Reef, seul res­tau­rant du coin, où ils com­mencent à boire et à s’amu­ser, bien­tôt re­joints par Wa­gner et Da­vern qui ont pris un ba­teau-taxi. Aga­cé par leur com­pli­ci­té, Wa­gner ré­serve néan­moins une table pour le dî­ner. Mé­con­tente de la carte des vins, Na­ta­lie Wood de­mande alors à Da­vern d’al­ler cher­cher deux de ses bou­teilles pré­fé­rées sur le Splen­dour. Wal­ken se joint à lui. Ils fument un joint sur le Va­liant, et à leur re­tour, trouvent les Wa­gner at­ta­blés, mu­tiques de­vant leurs daï­qui­ris. À me­sure que les bou­teilles sont vi­dées, l’hu­meur gé­né­rale se tend et Na­ta­lie rit ner­veu­se­ment tout en s’exas­pé­rant du moindre dé­tail : de la fraî­cheur du pois­son à l’éclai­rage du res­tau­rant. Pour don­ner le change, Wal­ken pro­pose un toast à la can­to­nade. À la fin du re­pas, tout le monde na­vigue à vue et le qua­tuor ti­tube bruyam­ment jus­qu’au ca­not afin de re­ga­gner le Splen­dour vers 22 h 15. C’est à bord du yacht que la tra­gé­die va se nouer.

DE DEN­NIS HOP­PER À WAR­REN BEAT­TY

À par­tir de ce mo­ment, les té­moi­gnages di­vergent. Pour ten­ter de com­prendre ce qui a pu pré­ci­pi­ter Na­ta­lie Wood dans les flots au coeur de la nuit, il faut re­mon­ter le temps jus­qu’en 1956, au jour de sa ren­contre avec Ri­chard Wa­gner. Le 20 juillet, Na­ta­lie Wood fête ses 18 ans et brille au fir­ma­ment des teen idols. Au­tant grâce au suc­cès de La Fu­reur de vivre où elle per­son­ni­fie, l’an­née pré­cé­dente, les tour­ments de l’ado­les­cence aux cô­tés de James Dean, qu’à la dé­ter­mi­na­tion d’une re­dou­table mère d’ori­gine russe qui lui a fait cou­rir les cas­tings dès ses 4 ans. Na­ta­lie vient de si­gner avec la War­ner qui a or­ga­ni­sé ce soir-là un date avec un jeune co­mé­dien par­ta­geant le même agent : Ri­chard Wa­gner qui, à 26 ans, brûle d’ac­cé­der à des rôles de pre­mier plan. Ce coup de foudre ar­ran­gé dé­bouche sur un ma­riage le 28 dé­cembre 1957, le couple de­ve­nant im­mé­dia­te­ment la proie consen­tante des mé­dias. « Les gens at­ten­daient d’eux qu’ils soient l’ul­time in­car­na­tion du rêve amé­ri­cain, se sou­vient leur ami le dra­ma­turge Mart Crow­ley, des pou­pées vi­vant dans une mai­son de pou­pées. » Pour sup­por­ter la pres­sion, le couple

com­mence à boire et la fa­çade se fis­sure très vite : si la car­rière de Na­ta­lie Wood connaît une as­cen­sion ful­gu­rante, jus­qu’à l’apo­théose que se­ra West Side Sto­ry en 1961, celle de Ri­chard Wa­gner va de bide en bide. À l’ai­greur s’ajoute la ja­lou­sie : Na­ta­lie Wood est en ef­fet une in­sa­tiable sé­duc­trice et sa ré­pu­ta­tion n’est plus à faire de­puis l’aven­ture qu’elle a eue à 16 ans avec le réa­li­sa­teur Ni­cho­las Ray, 44 ans, sur le tour­nage de La Fu­reur de vivre, alors qu’elle cou­chait dé­jà avec l’un de ses par­te­naires, Den­nis Hop­per. Tout bas­cule lors­qu’elle ac­cepte de tour­ner La Fièvre dans le sang en 1961 pour Elia Ka­zan. Dans ce film qui la fait en­trer dans la lé­gende, elle crève l’écran face à un cer­tain War­ren Beat­ty qui dé­bute et de­vient son amant. La ru­meur se pro­page dans la pe­tite com­mu­nau­té hol­ly­woo­dienne, et, alors que Ri­chard rend vi­site à son épouse sur le tour­nage, il est ter­ras­sé par l’élec­tri­ci­té qui se dé­gage entre Na­ta­lie et War­ren. Pour pan­ser ses bles­sures face à ce qu’elia Ka­zan consi­dère comme « une hu­mi­lia­tion sexuelle pu­blique », Wa­gner se ré­fu­gie sur le ba­teau qu’il vient d’ac­qué­rir. Le di­vorce est pro­non­cé en 1963. Dix ans plus tard, la si­tua­tion s’est in­ver­sée : Na­ta­lie Wood in­carne une splen­deur pas­sée, en se­mi-re­traite, et Ro­bert Wa­gner est en­fin de­ve­nu une star du pe­tit écran grâce à la sé­rie L’amour du risque. Lar­guée par Beat­ty, Na­ta­lie Wood a fait une ten­ta­tive de sui­cide avant de pas­ser de bras en bras pour fi­nir dans ceux d’un pro­duc­teur an­glais, Ri­chard Greg­son (avec le­quel elle a eu une en­fant, Na­ta­sha, en 1970) qu’elle quitte quand elle ap­prend ses in­fi­dé­li­tés. Lors­qu’elle re­croise la route de Ri­chard Wa­gner, il vient de di­vor­cer de Ma­rion Mar­shall qui lui a don­né une fille. Elle confie alors à sa soeur La­na : « Par­fois, il vaut mieux être avec un diable que tu connais qu’avec un diable que tu ne connais pas. » Ils se ma­rient pour la se­conde fois le 16 juillet 1972 à bord du yacht de Ri­chard, le Ram­blin’ Rose, et passent leur lune de miel au large de l’île de San­ta Ca­ta­li­na. En 1974, Court­ney naît de leur union, et l’an­née sui­vante ils font l’ac­qui­si­tion d’un nou­veau yacht, le Chal­len­ger, que Na­ta­lie re­bap­tise Splen­dour (en hom­mage au poème de Word­sworth qu’elle ré­cite dans La Fièvre dans le sang), mal­gré la su­per­sti­tion qui veut que chan­ger le nom d’un ba­teau porte mal­heur.

« DES MARCHES GLIS­SANTES »

Lorsque ses pas­sa­gers em­barquent sur le Splen­dour en cette nuit agi­tée du 28 au 29 no­vembre, les es­prits se sont adou­cis, se­lon la ver­sion de Ri­chard Wa­gner dans son au­to­bio­gra­phie pu­bliée en 1986 : « Nous sommes ar­ri­vés sur le ba­teau dans un joyeux état d’es­prit après avoir pas­sé quelques heures au res­tau­rant à man­ger et à boire. Du­rant le dî­ner, je suis en­tré dans une dis­cus­sion po­li­tique avec Wal­ken que nous avons

Na­ta­lie Wood confie à sa soeur La­na: « Par­fois, il vaut mieux être avec un diable que tu connais qu’avec un diable que tu ne connais pas. »

pour­sui­vie à bord du yacht. Il n’y avait pas de que­relle, ni de co­lère. Juste beau­coup de pa­roles échan­gées comme dans n’im­porte quelle dis­cus­sion po­li­tique du genre “Tu ne sais pas de quoi tu parles ! ” Na­ta­lie, as­sise, n’avait pas grand­chose à dire et sem­blait s’en­nuyer. Elle nous a quit­tés au bout d’une de­mi-heure et nous avons conti­nué à par­ler pen­dant une heure. Quand je suis al­lé l’em­bras­ser pour lui sou­hai­ter bonne nuit, elle avait dis­pa­ru. » Plus loin, il spé­cule sur la suite des évé­ne­ments : « C’est seule­ment quand on m’a dit qu’elle était ha­billée d’une che­mise de nuit, de grosses chaus­settes et d’une par­ka que j’ai pris conscience de ce qui s’était réel­le­ment pro­duit. Na­ta­lie n’ar­ri­vait ma­ni­fes­te­ment pas à dor­mir avec le ca­not qui ta­pait contre le ba­teau. C’était ar­ri­vé de nom­breuses fois au­pa­ra­vant et j’avais tou­jours dû sor­tir pour res­ser­rer les cordes afin de ca­ler le ca­not contre le yacht. Elle a pro­ba­ble­ment glis­sé sur une marche après avoir dé­fait les cordes. Les marches sont glis­santes comme de la glace à cause des algues qui grimpent tou­jours des­sus. Après avoir glis­sé, sa tête a per­cu­té le ba­teau… J’es­père seule­ment qu’elle était in­cons­ciente quand elle est tom­bée à l’eau. »

« TU ES­SAIES DE BAI­SER MA FEMME ? »

Long­temps, le té­moi­gnage de Den­nis Da­vern a re­cou­pé ce­lui de son pa­tron, qui, d’après ses dires, l’au­rait mu­se­lé du­rant des an­nées, avant qu’il ne re­vienne pro­gres­si­ve­ment sur ses pre­mières dé­cla­ra­tions soit par ap­pât du gain (il a ven­du plu­sieurs fois ses ré­vé­la­tions à des ta­bloïds et a pu­blié sa ver­sion des faits, Good­bye Na­ta­lie, Good­bye Splen­dour, en 2014) soit, comme il le dé­cla­rait ré­cem­ment sur CBS, « pour re­don­ner la pa­role à Na­ta­lie Wood ». Se­lon le ca­pi­taine du Splen­dour, après être re­mon­tés à bord, ils se sont ins­tal­lés dans le sa­lon : « Nous avons ou­vert une autre bou­teille (…) Ch­ris et Na­ta­lie ri­ca­naient entre eux en ou­bliant com­plè­te­ment que R. J. (le sur­nom de Ro­bert Wa­gner) et moi étions là. » Tout à coup, Wa­gner s’est sai­si d’une bou­teille de vin et l’a fra­cas­sée sur la table basse face à eux en hur­lant à Ch­ris­to­pher Wal­ken : « Bon Dieu ! Qu’est-ce que tu es­saies de faire ? Bai­ser ma femme ? » Wal­ken se­rait alors par­ti dans sa chambre, aus­si­tôt sui­vi par Na­ta­lie qui re­ga­gna la sienne après avoir lan­cé : « Je ne res­te­rai pas une mi­nute de plus ici ! » Un peu plus tard, Ri­chard Wa­gner la re­joint. Du pont où il s’est ré­fu­gié, Den­nis Da­vern en­tend alors le couple en­trer dans une fu­rieuse dis­pute : « Ils se bat­taient comme des fous, je ne les avais ja­mais vus se battre de cette fa­çon au­pa­ra­vant, je n’ar­ri­vais pas à y croire. » Lorsque le tu­multe des cris et des objets pro­je­tés à tra­vers la ca­bine cesse, il en­tend le bruit des cordes qu’on dé­tache pour li­bé­rer le Zo­diac. Puis plus rien. Le si­lence après la tem­pête. À 23 h 30, Wa­gner est de re­tour au­près de Da­vern. Ils boivent un mo­ment avant que R. J. dé­cide d’al­ler voir si Na­ta­lie va bien. Il re­vient en di­sant : « Elle est par­tie. » Da­vern fouille le ba­teau de fond en comble (elle n’est pas dans la ca­bine de Wal­ken qui dort) et constate la dis­pa­ri­tion du Va­liant. Il faut aler­ter les au­to­ri­tés, par­tir à sa re­cherche, mais Wa­gner re­fuse. À 1 h 30, l’alerte est fi­na­le­ment don­née, et le corps de Na­ta­lie Wood est dé­cou­vert six heures plus tard flot­tant face contre l’océan, les­té dans sa lourde par­ka rouge, à 1,5 ki­lo­mètre du Splen­dour et à 200 mètres du ri­vage.

UNE EN­QUÊTE BACLÉE

C’est ce té­moi­gnage ex­plo­sif, plus que ce­lui, suc­cinct, de Ch­ris­to­pher Wal­ken — qui s’est tou­jours te­nu à dis­tance de cette af­faire —, qui a pro­vo­qué la ré­ou­ver­ture de l’en­quête en 2011. Le lieu­te­nant John Co­ri­na et l’ins­pec­teur Ralph Her­nan­dez du com­té de Los An­geles pointent alors les nom­breux hé­ma­tomes consta­tés sur le corps et le vi­sage de Na­ta­lie Wood à l’au­top­sie en 1981, et pas­sés sous si­lence dans une en­quête bou­clée en deux se­maines. Mais sur­tout les deux en­quê­teurs ont re­cueilli de nou­veaux té­moi­gnages — no­tam­ment ce­lui d’un couple voi­sin du Splen­dour ayant en­ten­du des éclats de voix et un ap­pel à l’aide du­rant la nuit du 29 no­vembre — qui les ont ré­cem­ment conduits à dé­cla­rer : « Nous n’avons pas été ca­pables de prou­ver qu’il s’agis­sait d’un ho­mi­cide ni qu’il s’agis­sait d’un ac­ci­dent. L’ul­time pro­blème est que nous ne sa­vons tou­jours pas com­ment elle a fi­ni dans l’eau. » Si Ri­chard Wa­gner est dé­sor­mais une « per­sonne d’in­té­rêt » aux yeux de la jus­tice, seule Na­ta­lie Wood dé­tient la vé­ri­té, qu’elle a en­traî­née avec elle dans ces eaux sombres qui la ter­ri­fiaient tant. ●

De nom­breux hé­ma­tomes sur le corps et le vi­sage de l’ac­trice, consta­tés lors de l’au­top­sie de 1981, ont été pas­sés sous si­lence.

Ro­bert Wa­gner et Na­ta­lie Wood à bord du Splen­dour. La une du Dai­ly News da­té du 30 no­vembre 1981.

Avec Ro­bert Wa­gner, à Cannes, en mai 1976.

Ch­ris­to­pher Wal­ken et Na­ta­lie Wood dans Brains­torm (1981).

Na­ta­lie Wood en 1961, à Ma­li­bu Beach.

Ro­bert Wa­gner aux fu­né­railles de son épouse Na­ta­lie Wood, le 2 dé­cembre 1981, à Los An­geles.

Les ré­vé­la­tions du ca­pi­taine Da­vern (ci-contre) et de ré­cents té­moi­gnages ont per­mis au lieu­te­nant John Co­ri­na (en haut à droite) de dé­si­gner Ro­bert Wa­gner comme « per­sonne d’in­té­rêt » .

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