« LE GOLF NA­TIO­NAL EST DE­VE­NU UNE MA­CHINE DE GUERRE »

Ar­ri­vé en in­con­nu en 2013 pour su­per­vi­ser les aménagements du Golf Na­tio­nal en vue de la Ry­der Cup, l’es­pa­gnol Ale­jan­dro Reyes a at­teint les ob­jec­tifs fixés. À 35 ans, le su­per­in­ten­dant an­da­lou est dé­sor­mais concen­tré sur le ren­dez-vous de sep­tembre.

Golf Magazine - - PREVIEW RYDER CUP 2018 - PRO­POS RECUEILLIS PAR YAN­NICK CO­CHEN­NEC PHO­TOS FRÉDÉRIC FROGER / D5

Di­riez-vous que votre mis­sion de su­per­in­ten­dant est dé­jà ac­com­plie, même s’il reste, bien sûr, l’évé­ne­ment Ry­der Cup à vivre fin sep­tembre ? Oui. Le par­cours est au ni­veau où nous vou­lions qu’il soit quand j’ai com­men­cé mon tra­vail au Golf Na­tio­nal en jan­vier 2013. Il fal­lait que ce tra­cé de­vienne jouable quelles que soient les condi­tions mé­téo­ro­lo­giques. Ce n’était pas le cas à l’époque, loin de là. Grâce aux nou­veaux sys­tèmes de drai­nage et d’ar­ro­sage, le Golf Na­tio­nal reste en ex­cellent état sous forte pluie ou par ca­ni­cule pro­lon­gée. L’al­ba­tros est de­ve­nu une vé­ri­table ma­chine de guerre.

Pour­riez-vous nous rap­pe­ler les cir­cons­tances qui vous ont conduit au Golf Na­tio­nal en par­fait in­con­nu à l’âge de 29 ans ?

Je suis ori­gi­naire d’al­me­ria, dans le sud de l’es­pagne, où j’ai vé­cu jus­qu’à l’âge de 22 ans. J’y ai fait des études d’agro­no­mie et j’ai dé­ci­dé en­suite de me spé­cia­li­ser dans tout ce qui avait

« La vi­tesse des greens et la fer­me­té des fairways ont été nos prio­ri­tés ces der­niers mois. Le par­cours de l’al­ba­tros est et se­ra im­pec­cable »

trait à l’in­gé­nie­rie des pe­louses spor­tives. Je suis al­lé faire un mas­ter en An­gle­terre, où j’ai d’ailleurs com­men­cé à jouer au golf. Une fois mon di­plôme en poche, tout est al­lé très vite. À 25 ans, j’ai été res­pon­sable de mon pre­mier par­cours de golf dans le sud de l’es­pagne avant de pas­ser à trois par­cours, deux ans plus tard, dans la ré­gion de Mur­cie avec, no­tam­ment, l’al­ha­ma Si­gna­ture Golf en liai­son avec Jack Ni­ck­laus, qui a des­si­né ce tra­cé. Jack Ni­ck­laus m’a per­mis de tra­vailler aus­si dans sa « ca­thé­drale » de Muir­field, dans l’ohio, par­cours qui ac­cueille, chaque an­née, le Me­mo­rial Tour­na­ment. Il a éga­le­ment eu la gen­tillesse de si­gner une lettre per­son­nelle de re­com­man­da­tion quand j’ai pos­tu­lé pour ce tra­vail au Golf Na­tio­nal, fin 2012.

Au-de­là de votre ex­pé­rience avec Jack Ni­ck­laus et ses équipes, comment, se­lon vous, aviez-vous réus­si à faire la dif­fé­rence avec vos concur­rents ?

Dif­fi­cile à dire. Peut-être mon éner­gie. C’est un ami, Syl­vain Du­val, in­gé­nieur agro­nome comme moi, qui m’avait si­gna­lé cette offre de la Ff­golf. J’étais le plus jeune de la short list et j’étais prêt à tout don­ner pour re­le­ver ce dé­fi. Mon mes­sage a été : « Don­nez-moi ce tra­vail, vous ne se­rez pas dé­çus. » (Sou­rire)

Quel avait été votre pre­mier constat concer­nant l’al­ba­tros ?

Je l’ai dé­cou­vert en oc­tobre 2012 lors de l’un de mes pre­miers en­tre­tiens d’em­bauche. Il pleu­vait. Les fairways étaient très mous et il y avait presque des flaques d’eau sur le par­cours. Je me rap­pelle même m’être as­su­ré que c’était bien le par­cours qui ac­cueillait l’open de France. (Sou­rire) Il était clair que l’al­ba­tros n’était pas un golf au ni­veau de son la­bel d’eu­ro­pean Tour Des­ti­na­tion. Ce­la m’avait sur­pris.

Quels ont été vos prin­ci­paux dé­fis ?

Le tour­nant a été mon pre­mier Open de France, en 2013. Il m’a fal­lu in­no­ver en cinq mois à peine afin de mar­quer les es­prits. Pour ce­la, j’ai pri­vi­lé­gié une tonte des fairways à la tri­plex. Avant, la hau­teur mi­ni­male de tonte était de 12 mm. Nous sommes pas­sés à 8 mm pour rendre le tra­cé plus rou­lant. L’ac­cueil a été très po­si­tif lors de cet Open de France 2013. Pour moi, la pres­sion est re­tom­bée à par­tir de ce mo­ment-là par rap­port à l’eu­ro­pean Tour, qui m’a alors fait en­tiè­re­ment confiance.

En­suite, il y a eu, bien sûr, la grande pé­riode de ré­no­va­tion de neuf mois entre 2015 et 2016 lorsque l’al­ba­tros a été fer­mé…

Jean Van de Velde, alors di­rec­teur de l’open de France, m’a mis une pres­sion de ma­lade, parce que c’était la 100e édi­tion du tour­noi en 2016. (Sou­rire) Et il fal­lait, bien sûr, conti­nuer à sa­tis­faire l’eu­ro­pean Tour dans l’op­tique de la Ry­der Cup. C’était très stres­sant, très fa­ti­gant. Je tra­vaillais le di­manche, je n’avais plus de vie per­son­nelle. Je n’ai ja­mais dou­té que l’on ob­tien­drait le ré­sul­tat es­pé­ré, mais je n’étais pas cer­tain que l’on res­te­rait dans le bud­get. Il nous a peut-être man­qué un peu de temps pour ap­por­ter une touche fi­nale en­core plus abou­tie.

C’est-à-dire ?

J’au­rais bien ai­mé en­le­ver le bun­ker der­rière le 14. Je ne l’aime pas. Il n’est pas bien des­si­né. L’idéal au­rait été de ne pas avoir de bun­ker der­rière le green, comme aux trous 8 et 9. Hu­bert Ches­neau [NDLR : l’ar­chi­tecte] n’était pas contre l’idée. Mais le temps et la fa­tigue nous ont fait re­non­cer, car il y avait tel­le­ment de chan­tiers par­tout. C’est dom­mage, parce que le 14 est mon trou pré­fé­ré. (Sou­rire) Si­non, je suis tel­le­ment content de la ma­nière dont nous avons trans­for­mé les 4 et 11. Ce sont des trous qui, dé­sor­mais, ont vé­ri­ta­ble­ment une autre di­men­sion.

Quelle a été votre re­la­tion avec Thomas Bjørn, le ca­pi­taine eu­ro­péen, à par­tir du mo­ment où il a été nom­mé ? A-t-il eu des exi­gences ?

Non. Mon contact a tou­jours été Da­vid Gar­land, le di­rec­tor of ope­ra­tions du cir­cuit eu­ro­péen, mais aus­si de l’open de France en 2017 et 2018. Si le ca­pi­taine a fait pas­ser des mes­sages, c’est à Da­vid Gar­land qu’il s’est peut-être adres­sé et c’est lui qu’il faut in­ter­ro­ger. Je n’ai pas eu da­van­tage de contacts avec Jim Fu­ryk, le ca­pi­taine amé­ri­cain, qui est ve­nu ici trois fois.

En marge du der­nier Open de France, Thomas Bjørn a dit que le Golf Na­tio­nal était re­de­ve­nu ce qu’il avait été ori­gi­nel­le­ment. Que vou­lait-il dire ?

D’abord, il faut pré­ci­ser que tout s’est pas­sé comme dans un rêve lors de cet Open de France 2018. Tout était dis­po­sé au mil­li­mètre près, se­lon nos dé­si­rs. Ce­la a été mon meilleur Open de France en tant que res­pon­sable. Pour moi, il se­ra dif­fi­cile de faire mieux. Je crois que Thomas Bjørn fai­sait al­lu­sion aux hauts roughs, qui lui rap­pe­laient ceux qui avaient exis­té dans le pas­sé. Le pu­blic doit sa­voir une chose : com­mer­cia­le­ment, ces hauts roughs sont une ca­tas­trophe pour nous, parce que les clients or­di­naires sont sou­vent mé­con­tents à cause de ces longues herbes qui sont très pé­na­li­santes. (Sou­rire) Au pro-shop, nous pré­ve­nons d’ailleurs tou­jours : avez-vous as­sez de balles dans votre sac ? C’est l’un des pa­ra­doxes de l’al­ba­tros, qui tire une par­tie de sa ré­pu­ta­tion chez les pros de ces hauts roughs qu’il faut soi­gneu­se­ment évi­ter.

En quoi a consis­té votre tra­vail ces tout der­niers mois ?

Ce­la n’a pas tour­né au­tour des hauts roughs, mais des se­mi-roughs, pour ga­ran­tir leur uni­for­mi­té, et, sur­tout, des greens, pour qu’ils aient la bonne vi­tesse en fonc­tion de la mé­téo. La fer­me­té des fairways a été éga­le­ment notre sou­ci. En rai­son de la sé­che­resse, il y a eu beau­coup d’ar­ro­sage ma­nuel, mais le temps change tou­jours ici à par­tir de la fin août. En sep­tembre, les jours rac­cour­cissent as­sez net­te­ment et la pro­blé­ma­tique de­vient dif­fé­rente. Le par­cours est et se­ra im­pec­cable.

Quelles prin­ci­pales le­çons ti­rez-vous de ces cinq an­nées au Golf Na­tio­nal ?

Le ma­na­ge­ment. Gé­rer des per­sonnes. Fer­mer ma gueule quand il le faut. (Sou­rire)

N’au­rez-vous pas en­vie de tour­ner la page, au len­de­main de la Ry­der Cup, et de ten­ter une nou­velle ex­pé­rience ailleurs ?

Je me suis plu à Pa­ris, où j’ai vé­cu près de cinq ans, avant de dé­mé­na­ger à Ver­sailles, cette an­née. Pour la suite, on ver­ra. Je re­gar­de­rai. C’est vrai, c’est une étape de ma vie que j’au­rai bou­clée. Mais mon tra­vail est très bien va­lo­ri­sé au Golf Na­tio­nal. Rien n’est en­core dé­ci­dé.

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