DANS LES PAS DE ROSSI

GP Racing - - Sommaire Gpracingn°8 - Par Michel Turco. Pho­tos Jean-Ai­gnan Mu­seau.

Le doc­teur nous a ac­cor­dé une vi­site. Nous avons sui­vi tout le GP d’Ar­gen­tine en sa com­pa­gnie.

Quinze ans après son der­nier po­dium dans la ca­té­go­rie 250, ob­te­nu à Bue­nos Aires en 1999, Va­len­ti­no Rossi a re­trou­vé l’Ar­gen­tine, au mois d’avril. Nous l’avons sui­vi du cô­té de Ter­mas de Rio Hon­do.

« DES PO­LI­CIERS M’AT­TEN­DAIENT À LA PORTE DE L’AVION. PAS POUR CONTRÔ­LER MON PAS­SE­PORT, NON, MAIS POUR SE PRENDRE EN PHO­TO AVEC MOI »

Di­manche 27 avril, cir­cuit Ter­mas de Rio Hon­do, Ar­gen­tine. As­sis de­vant un par­terre de jour­na­listes, à l’in­té­rieur de l’un des Al­gé­cos de l’équipe Ya­ma­ha, Va­len­ti­no Rossi ana­lyse la course qu’il vient de ter­mi­ner en qua­trième po­si­tion. De­hors, une foule de sup­por­ters bi­gar­rée hurle son ad­mi­ra­tion au no­nuple cham­pion du monde. Avec un sou­rire contraint, Rossi évoque un mé­lange confus de sen­ti­ments. « J’éprouve de la dés­illu­sion, mais aus­si une forme de sa­tis­fac­tion, com­mence- t- il en haus­sant la voix pour cou­vrir celles des afi cio­na­dos qui se pressent de­vant la porte. Les deux sont d’ailleurs liées... Je suis dé­çu de fi nir qua­trième car j’avais le rythme pour mon­ter sur le po­dium. Si Bradl ne m’avait pas pous­sé au cin­quième tour en ra­tant son frei­nage, me fai­sant perdre deux se­condes et per­met­tant aus­si à Pe­dro­sa de me dou­bler, j’au­rais pu ter­mi­ner ce Grand Prix en troi­sième po­si­tion. En fin de course, je re­mon­tais sur Lo­ren­zo en rou­lant dans les mêmes chro­nos que Pe­dro­sa. Je boucle même mon der­nier tour en 1’ 39” 4, et je ter­mine à moins de cinq se­condes de Mar­quez. Ce sont des signes très en­cou­ra­geants. » La sai­son est à peine lan­cée que Rossi est d’ores et dé­jà en passe de réus­sir son pa­ri. L’Ita­lien a d’ailleurs dé­ci­dé qu’il cour­rait en­core l’an pro­chain, et il ne de­vrait pas avoir beau­coup de mal à convaincre Lin Jar­vis de pro­lon­ger son contrat. À 35 ans, le voi­là en me­sure de re­col­ler au train de ses jeunes ad­ver­saires.

ENTRE SA­TIS­FAC­TION ET DÉ­CEP­TION

« Je suis vrai­ment content de la fa­çon dont nous tra­vaillons dans le ga­rage avec Sil­va­no et Mat­teo, confesse- t- il. On trouve des so­lu­tions quand nous sommes en dif­fi culté, et le ré­sul­tat est là, je suis com­pé­ti­tif de­puis le dé­but de l’an­née. Même à Aus­tin, qui est un cir­cuit fait pour les Hon­da, j’au­rais pu mon­ter sur le po­dium si je n’avais pas eu de pro­blème avec mon pneu avant. C’était éga­le­ment im­por­tant de bien fi gu­rer en Ar­gen­tine, sur un nou­veau cir­cuit. Ce­la veut dire que nous se­rons dans le coup sur l’en­semble du cham­pion­nat. Il faut tou­te­fois que Ya­ma­ha tra­vaille pour faire évo­luer notre M1 car au­jourd’hui, la Hon­da est au- des­sus du lot. Elle fait la dif­fé­rence en en­trée de vi­rage et elle semble ti­rer un bien meilleur par­ti des Brid­ges­tone. » Cet hiver, Rossi s’était pro­mis de réduire son re­tard sur le trio es­pa­gnol. Les trois pre­mières épreuves de la sai­son l’ont ras­su­ré. « Il m’épate, té­moigne Her­vé Pon­cha­ral. Ce qu’il fait à son âge, c’est fan­tas­tique. Il ne lâche rien, il est tou­jours dans le coup. C’est vrai­ment un cham­pion à part. » Les fans ne s’y trompent pas. En Amé­rique du Sud comme ailleurs, Va­len­ti­no Rossi est bel et bien LA star du sport mo­to. Dès son ar­ri­vée à l’aé­ro­port de Bue­nos Aires, le pi­lote Ya­ma­ha a eu l’oc­ca­sion de s’en rendre compte. Il ra­conte : « Des po­li­ciers m’at­ten­daient dans la pas­se­relle, à la porte de l’avion. Pas pour contrô­ler mon pas­se­port, non, mais pour se prendre en pho­to avec moi. J’ai im­mé­dia­te­ment com­pris que le week- end ris­que­rait d’être com­pli­qué... » Doux eu­phé­misme. Le len­de­main, à mille deux cents ki­lo­mètres de là, dans un res­tau­rant de Ter­mas de Rio Hon­do, la star ita­lienne pre­nait dé­fi ni­ti­ve­ment la me­sure

« CE QU’IL FAIT À SON ÂGE, C’EST FAN­TAS­TIQUE. IL NE LÂCHE RIEN, IL EST TOU­JOURS DANS LE COUP » PON­CHA­RAL

de l’en­thou­siasme gé­né­ré par le re­tour du Grand Prix d’Ar­gen­tine au calendrier du cham­pion­nat Mo­toGP. « J’ai eu l’im­pres­sion de me re­trou­ver au zoo, ré­sume- t- il. Mais pas du bon cô­té des grilles. » Par­ti dî­ner avec ses proches, rue Sar­mien­to, Rossi a dû faire ap­pel aux forces de l’ordre pour re­trou­ver son hô­tel. « C’était l’émeute, té­moigne Max Mon­ta­na­ri, son fac­to­tum. Une foule énorme était mas­sée de­vant la porte du res­tau­rant, et nous ne pou­vions plus sor­tir. Il a fal­lu bous­cu­ler tout le monde, et la po­lice a même dû nous es­cor­ter. » Té­lé­phones por­tables à bout de bras, vo­ci­fé­rant leur en­thou­siasme, les afi cio­na­dos se sont alors pré­ci­pi­tés de l’autre cô­té de la rue où un ba­daud ve­nait de re­con­naître Mar­quez, at­ta­blé avec les siens. Comme l’Ita­lien, l’Es­pa­gnol n’a dû son sa­lut qu’à l’in­ter­ven­tion de la po­lice. « Les fans sont vrai­ment chauds, note Rossi. On n’est quand même pas loin de la li­mite. Le bon cô­té des choses, c’est qu’ici, les gens aiment la course. Il y a un réel en­thou­siasme pour le sport et la com­pé­ti­tion. » Des pi­lotes en­ga­gés à Ter­mas de Rio Hon­do, Va­len­ti­no était le seul à avoir dé­jà ga­gné un Grand Prix d’Ar­gen­tine. « C’était en 1998 et en 250, se sou­vient- il. J’avais pro­fi té de l’ac­cro­chage entre Ca­pi­ros­si et Ha­ra­da. Une jour­née mé­mo­rable. » L’an­née d’après, c’est aus­si là, une se­maine après avoir été ti­tré au Bré­sil, qu’il était mon­té sur son der­nier po­dium en GP 250, avec Olivier Jacque et Toh­ru Uka­wa. À cette époque, le Grand Prix se dé­rou­lait à Bue­nos Aires, sur le cir­cuit Os­car Gal­vez. « C’était un vieux tra­cé près du centre- ville, pas très in­té­res­sant, rap­pelle- t- il. Et la piste était en très mau­vais état. Rien à avoir avec ce nou­veau cir­cuit Ter­mas de Rio Hon­do. »

RE­TOUR EN AR­GEN­TINE QUINZE ANS PLUS TARD

Pour son re­tour au calendrier Mo­toGP après quinze ans d’ab­sence, le Grand Prix d’Ar­gen­tine a en ef­fet pris po­si­tion dans le nord du pays, dans la pro­vince de Santiago del Es­te­ro. Une piste ma­gni­fi que, dessinée par l’Ita­lien Jar­no Za­fel­li, que les pi­lotes ont dé­cou­verte à pe­tites fou­lées puis en scoo­ter. « C’est le meilleur moyen pour se faire une idée des tra­jec­toires avant la pre­mière séance d’es­sais, ex­plique Rossi. Ça per­met de ga­gner un peu de temps et de tra­vailler avec les tech­ni­ciens sur la base de ré­glages qu’on va adop­ter pour at­ta­quer le week- end. En tout cas, c’est un très beau tra­cé, ra­pide, tech­nique... Un vrai cir­cuit fait pour la mo­to. » Le len­de­main, à l’is­sue de la pre­mière jour­née d’es­sais, Va­len­ti­no confi rmait ses im­pres­sions : « La piste est vrai­ment très in­té­res­sante, mais son re­vê­te­ment est sale et très abra­sif. On dé­truit les pneus en quelques tours. Heu­reu­se­ment que l’adhé­rence évo­lue au fur et à me­sure que l’on dé­pose de la gomme en rou­lant. Ça n’est pas fa­cile, mais je pense que ça de­vrait al­ler pour la course. » Qua­ran­te­huit heures plus tard, le pi­lote Ya­ma­ha se mon­trait dé­fi ni­ti­ve­ment conquis par le cir­cuit ar­gen­tin : « Oui, même si j’au­rais bien ai­mé mon­ter sur le po­dium, c’était une belle course. » Et un bon week- end puisque trois heures plus tôt, Ro­ma­no Fe­na­ti, vain­queur en Mo­to3, avait of­fert au no­nuple cham­pion du monde son pre­mier suc­cès en tant que pa­tron d’écu­rie.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.