LE LO­REN­ZO COR­NER DE JE­REZ

GP Racing - - Décryptage/ Un Virage À La Loupe - Par Jean-Ai­gnan Mu­seau. In­fo­gra­phie Laurent Hyn­dri­ckx.

Haut lieu des fins de course à rebondissement, le der­nier vi­rage du cir­cuit de Je­rez est un en­droit à gros risques. Ré­cem­ment re­bap­ti­sé Jorge Lo­ren­zo Cor­ner, l’épingle à che­veux n’a rien per­du de son at­trait.

Di­manche 12 mai 1996. Alex Crivillé est à moins d’un tour de rem­por­ter le Grand Prix d’Es­pagne 500 cm3. Mick Doo­han semble s’être ré­si­gné à mon­ter sur la deuxième marche du po­dium. Dans un dé­bor­de­ment tout mé­di­ter­ra­néen, une poi­gnée de spec­ta­teurs en­va­hit la piste à quelques cen­taines de mètres de la ligne d’ar­ri­vée. Dé­con­cen­tré, Crivillé lève la tête avant d’ar­ri­ver dans le der­nier vi­rage. Ce qui ré­veille les ar­deurs de Doo­han qui plonge à la corde. Réa­li­sant qu’il est en train de se faire vo­ler la vic­toire, l’Es­pa­gnol es­sore la poi­gnée de gaz pour ten­ter de re­prendre l’avan­tage. Ce qui, à l’époque où il n’y a pas d’élec­tro­nique sur les mo­tos, a l’ef­fet im­mé­diat de le ca­ta­pul­ter en l’air. Cou­ché en tra­vers de la piste, il a une vue di­recte sur Doo­han cou­pant la ligne d’ar­ri­vée. Di­manche 10 mai 2005. Va­len­ti­no Rossi monte sur la plus haute marche du po­dium de Je­rez conspué par la foule qui scande « Hi­jo de Pu­ta » . À ses cô­tés, Sete Gi­ber­nau se tient l’épaule, si­mu­lant la dou­leur. Quelques mi­nutes plus tôt, au frei­nage de l’ul­time vi­rage, il a man­qué d’une élé­men­taire pru­dence en ne se pla­çant pas as­sez à l’in­té­rieur du vi­rage, lais­sant quelques cen­ti­mètres où Rossi a plon­gé, hu­mi­liant ain­si l’Es­pa­gnol de­vant son pu­blic. Di­manche 4 mai 2013. Alors que Pe­dro­sa ca­ra­cole en tête, Mar­quez et Lo­ren­zo ar­rivent au coude à coude dans l’ul­time vi­rage qui, de­puis quelques jours, porte le nom du pi­lote Ya­ma­ha. Sin­geant le dé­pas­se­ment ef­fec­tué en 2005 par Rossi sur Gi­ber­nau, Mar­quez se glisse dans le trou de sou­ris et prive un Lo­ren­zo fu­rieux de la se­conde marche du po­dium. Et pour­tant, ce vi­rage à 180° qui dé­bouche sur la ligne droite de dé­part n’est pas l’ob­ses­sion des tech­ni­ciens au mo­ment de la mise au point des mo­tos. L’un d’eux nous ex­plique : « Je­rez est prin­ci­pa­le­ment com­po­sé de vi­rages et de cas­sures ra­pides. Il y a juste trois vi­rages lents : le 2, le 6 et le 13. Ce qui rend im­pos­sible un ré­glage op­ti­mal pour chaque courbe. Alors on pri­vi­lé­gie les par­ties ra­pides, là où il y a risque de perdre le plus de temps. Pour être vrai­ment bien dans le 2, le 6 et le 13, il fau­drait op­ti­mi­ser la sta­bi­li­té au frei­nage, ce qui pour­rait in­duire un peu trop de lé­gè­re­té de l’avant dans les courbes ra­pides. »

En 2005, Va­len­ti­no Rossi prive Sete Gi­ber­nau d’une vic­toire de­vant son pu­blic après un dé­pas­se­ment vi­ril mais cor­rect dans l’ul­time courbe du cir­cuit an­da­lou. Une at­taque qui de­vien­dra un grand clas­sique.

En 2013, Marc Mar­quez vole la deuxième place du GP d’Es­pagne à Jorge Lo­ren­zo dans le der­nier vi­rage du cir­cuit de Je­rez. Le pi­lote Hon­da avoue­ra s’être ins­pi­ré de la ma­noeuvre de Rossi sur Gi­ber­nau (voir ci-contre).

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