UN CIMETIÈRE DE TA­LENTS

GP Racing - - La chronique de michael scott -

Aquoi servent les Grands Prix mo­to ? La ré­ponse, ou plu­tôt, les ré­ponses à cette ques­tion va­rient du tout au tout se­lon la per­sonne à qui vous la po­sez. Pour les pi­lotes, il s’agit d’un ego trip et d’un shoot d’adré­na­line. Ex­po­ser leur ta­lent per­son­nel au vu et au su de tous a pour ef­fet de boos­ter leur ego à bloc. Quant à leur taux d’adré­na­line, il at­teint des ni­veaux re­cord dus aux risques en­cou­rus sur chaque cir­cuit en étant tou­jours à la li­mite et en se bat­tant contre des concur­rents tout aus­si bar­rés qu’eux. Pour les fans, ce sport est une somme de pe­tits plai­sirs vé­cus par pro­cu­ra­tion. Ils ad­mirent no­tam­ment les ex­ploits des pi­lotes sur la piste, se dé­lectent des prouesses tech­niques, et ( pour­quoi se men­tir ?...) ap­pré­cient de voir une bonne ga­melle de temps en temps. En ce qui concerne la Dor­na, il s’agit es­sen­tiel­le­ment de voir sa pe­tite en­tre­prise s’épa­nouir, d’en faire un bu­si­ness ren­table et d’ac­croître la va­leur de son ca­pi­tal. Le bi­lan comp­table est bien plus im­por­tant que n’im­porte quel clas­se­ment au cham­pion­nat. Pour ma part, je pense que cette com­pé­ti­tion de­vrait éga­le­ment ser­vir à faire pro­gres­ser l’in­gé­nie­rie. C’est un ter­rain d’es­sai où la course peut être à l’ori­gine d’une in­gé­nio­si­té mé­ca­nique qui, fi na­le­ment, peut per­mettre d’amé­lio­rer toutes les mo­tos en gé­né­ral. Un plan mal­heu­reu­se­ment contre­car­ré par les res­tric­tions bud­gé­taires de ces dix der­nières an­nées im­po­sées par la Dor­na. Là, ça se com­plique un peu. De­puis leur ar­ri­vée, je suis chaque jour un peu plus dé­mo­ra­li­sé de voir ces ma­chines rem­pla­cer les 250. Ces mo­tos gros­sières, avec leur mo­teur 600 CBR Hon­da bien trop en­com­brant, ne se contentent pas seule­ment de lais­ser échap­per des sons fran­che­ment dis­cor­dants, d’être par­fai­te­ment iden­tiques et de res­ter coin­cées avec leurs trans­mis­sions trop longues de mo­tos de route. Elles mettent en plus les pi­lotes dans les si­tua­tions les moins en­viables. Je me suis fait des­cendre en fl èche par le pas­sé pour avoir dé­crit cette classe comme « un cimetière de ta­lents » , mais je n’en dé­mords pas. Et le nombre d’an­ciens cham­pions du monde que l’on voit se traî­ner en mi­lieu de pe­lo­ton ne fait que ren­for­cer ma po­si­tion. Voi­ci quelques noms de pi­lotes ayant rem­por­té des titres en 125 et Mo­to3 que l’on re­trouve en Mo­to2 : Cor­tese, Lü­thi, Simon, Mar­quez Ju­nior et Lowes ( du Mon­dial Su­per­sport). Seuls Lowes et par­fois Lü­thi se re­trouvent ré­gu­liè­re­ment en groupe de tête. Et le lea­der ac­tuel au cham­pion­nat du monde Mo­to3, Dan­ny Kent, a dû re­des­cendre d’une ca­té­go­rie pour pou­voir ex­pri­mer plei­ne­ment son ta­lent, somme toute in­con­tes­table. Au gui­don de mo­tos trop lourdes, mal chaus­sées et en manque de puis­sance, les pi­lotes se voient bri­dés. Sur des ma­chines d’une puis­sance équi­va­lente, il leur est par exemple dif­fi cile de pro­fi ter de l’as­pi­ra­tion d’un concur­rent pour le pas­ser en ligne droite. C’est l’une des cartes que tout bon pi­lote de­vrait pou­voir sor­tir et pour­tant, im­pos­sible de la jouer. Dans les ga­rages, les mé­ca­ni­ciens de­vraient être en me­sure d’ai­der leur pi­lote en mo­di­fi ant les ré­glages mo­teur, l’élec­tro­nique, et en trou­vant la bonne com­bi­nai­son de trans­mis­sion. Mais ça non plus, ce n’est pas pos­sible. Il ne s’agit pas de dis­cré­di­ter les ap­ti­tudes de ceux qui en­chaînent les vic­toires. Son bou­le­vard d’avance dans la course au titre, Jo­hann Zar­co ne l’a pas vo­lé. Le pi­lote a en­core un rôle à jouer, mais alors dans ce cas, où sont les autres ? Ce n’est pas non plus la meilleure école avant de pas­ser à la ca­té­go­rie reine, où l’on peut ( en­core) mo­di­fi er l’élec­tro­nique et la trans­mis­sion. Les pi­lotes pas­sés de la Mo­to2 à la MotoGP comme Marc Mar­quez, Ste­fan Bradl et Brad­ley Smith chantent tous le même re­frain : ce n’est pas la puis­sance su­pé­rieure des MotoGP qui leur a per­mis d’ap­prendre à vi­tesse grand V, mais l’élec­tro­nique et les autres pos­si­bi­li­tés de ré­glages qu’offre une bonne ma­chine de GP. Et main­te­nant, pre­nons le cas de Jack Miller, le pre­mier pi­lote à sau­ter l’ap­pren­tis­sage de la ca­té­go­rie in­ter­mé­diaire. Le seul à avoir eu un par­cours si­mi­laire était Gar­ry Mc­Coy, le « roi de la glisse » , qui a rem­por­té trois Grands Prix dans un team pri­vé... Bon pré­sage, s’il en était. Pre­nons aus­si l’exemple de Maverick Viñales. Ce der­nier n’est res­té qu’une an­née en Mo­to2. Il a ga­gné quatre courses et dès que l’oc­ca­sion s’est pré­sen­tée, en l’oc­cur­rence avec Su­zu­ki, il en est sor­ti pour grim­per à la ca­té­go­rie su­pé­rieure. Ce sont de bons exemples pour les pi­lotes, s’ils ont la chance de voir l’op­por­tu­ni­té se pré­sen­ter. S’ils s’at­tardent un peu trop dans ce cham­pion­nat du mo­teur unique, ils risquent de s’em­bour­ber et de ne plus pou­voir s’en échap­per. Que Zar­co en soit conscient. J’étais pro­fon­dé­ment déçu lors­qu’à As­sen, Vit­to Ip­po­li­to, le pré­sident tou­jours aus­si char­mant de la FIM, m’a confi é que de tous les chan­ge­ments en MotoGP, la Mo­to2 était ce­lui qui avait été le plus in­fl uen­cé par la Fé­dé­ra­tion. Il est vrai que la classe des 250 était en danger d’ex­tinc­tion, les deux- temps étaient en train de dis­pa­raître, Apri­lia avait la main­mise sur le cham­pion­nat et les coûts at­tei­gnaient des som­mets in­dé­cents. Il fal­lait agir. La si­tua­tion au­jourd’hui ne s’est mal­gré tout pas amé­lio­rée. Il faut faire quelque chose pour re­do­rer le bla­son d’une ca­té­go­rie in­ter­mé­diaire qui a sa place en Grands Prix et ré­ta­blir l’ordre na­tu­rel du ta­lent de pi­lo­tage. La Mo­to2 est peut- être un bon moyen de di­ver­tir les spec­ta­teurs peu re­gar­dants, mais de là à faire par­tie du cham­pion­nat du monde de vi­tesse... La Mo­to3 est la preuve ir­ré­fu­table que, mal­gré des coûts res­treints et une tech­no­lo­gie li­mi­tée, on peut avoir une ca­té­go­rie digne de ce nom en cham­pion­nat. La Mo­to2 mé­rite quelques ajus­te­ments : une ou­ver­ture aux autres construc­teurs et un nou­veau rè­gle­ment lui as­su­rant la place qui lui re­vient dans la hié­rar­chie tech­nique. Les Mo­to3 et les MotoGP par­tagent un alé­sage maxi­mum. En ef­fet, un mo­teur 1 000 cm3 de MotoGP, c’est l’équi­valent de quatre mo­teurs 250 cm3 de Mo­to3 sur un seul vi­le­bre­quin. Les Mo­to2 de­vraient se trou­ver à mi- che­min : deux cy­lindres et 500 cm3, des mo­teurs de course au­then­tiques. Les pi­lotes le mé­ritent, les fans aus­si. S’il vous plaît, M. Ip­po­li­to, si la Fé­dé­ra­tion en a le pou­voir, faites quelque chose, ne nous lais­sez pas comme ça...

S’IL VOUS PLAÎT, M. IP­PO­LI­TO, FAITES QUELQUE CHOSE, NE LAIS­SEZ PAS LA MO­TO2 COMME ÇA

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