Le GP du Ca­na­da................

GP Racing - - Sommario - Par Da­ryl Ra­ma­dier. Pho­tos ar­chives.

Un su­jet sur l’unique GP du Ca­na­da de l’his­toire.

Le 30 sep­tembre 2017 mar­que­ra le cin­quan­tième an­ni­ver­saire du Grand Prix mo­to du Ca­na­da. Le seul et unique GP à ce jour à avoir été or­ga­ni­sé là-bas. Le pays n’ayant, quant à lui, plus au­cun pi­lote dans l’élite de la vitesse mon­diale, GP Ra­cing a me­né l’en­quête...

« LA VIN­TAGE ROAD RA­CING AS­SO­CIA­TION (VRRA) TE­NAIT À CÉ­LÉ­BRER LES 50 ANS DU GRAND PRIX DU CA­NA­DA »

Nous sommes le sa­me­di 30 sep­tembre 1967 au Mo­sport Park de Bow­man­ville, dans le sud- est du Ca­na­da. Des gouttes de pluie tombent sur les pi­lotes de la ca­té­go­rie 500 cm3, qui abordent leur ul­time course de la sai­son. Cham­pion en titre, le jeune Gia­co­mo Agos­ti­ni ( 25 ans) n’a be­soin « que » d’une deuxième place pour dé­cro­cher sa se­conde cou­ronne. Mais s’il fait moins bien et que Mike Hail­wood l’em­porte dans le même temps, alors le titre échap­pe­ra à l’Ita­lien. Son ri­val an­glais a ga­gné en 250 cm3 et peut, grâce à la vic­toire de Bill Ivy en 125 cm3, réa­li­ser un tri­plé bri­tan­nique. Habitués à de telles condi­tions cli­ma­tiques, ils sont ici comme à la mai­son. Soixante- treize mi­nutes plus tard, Hail­wood fran­chit l’ar­ri­vée avec 38 se­condes d’avance sur Ago, qui sou­lève, lui, le tro­phée de cham­pion. Mike Duff, le lo­cal de l’étape né à To­ron­to à moins de 100 ki­lo­mètres du cir­cuit, com­plète le po­dium. Il s’agi­ra là du der­nier de sa car­rière. L’an­née sui­vante, il n’y au­ra pas de GP du Ca­na­da au ca­len­drier. Il n’y en au­ra même ja­mais plus. Du Bré­sil à l’Aus­tra­lie, en pas­sant par la Chine, le Qa­tar, l’Afrique du Sud ou en­core la Tur­quie, le cham­pion­nat du monde a pour­tant voya­gé aux quatre coins du globe. Mais de halte au pays de la feuille d’érable, il n’a plus été ques­tion. Et ce n’est, a prio­ri, pas dans les pro­chaines an­nées que la ten­dance pour­rait s’in­ver­ser.

« PAS DE CIR­CUIT CONFORME »

« Il n’y a pour l’ins­tant au­cune chance d’avoir un Grand Prix du Ca­na­da dans le fu­tur, ex­plique un jour­na­liste du Ca­na­da Mo­to Guide. Nos in­fra­struc­tures ne sont pas à la hau­teur de la tâche, et nous n’au­rions pas as­sez de spec­ta­teurs pour rem­plir les tri­bunes. » Au quo­ti­dien The Globe and Mail, Ted La­tur­nus af­fi rme éga­le­ment qu’il n’y a « pas de tra­cé qui soit conforme aux exi­gences du cham­pion­nat MotoGP. Toutes les pistes ont par exemple be­soin de zones de dé­ga­ge­ment et, hor­mis peut- être Mo­sport, au­cun des cir­cuits du Ca­na­da ne le per­met. » Ac­cueillir l’élite de la vitesse ne pour­rait donc se faire qu’au terme de lourds in­ves­tis­se­ments. Et ce n’est pas l’af­fl uence qui per­met­tra de les rem­bour­ser, comme le confi rme le jour­na­liste Da­vid Booth ( Dri­ving. ca). Lui n’hé­site pas à com­pa­rer les com­pé­ti­tions na­tio­nales à des « com­bats de boxe lo­caux : si un membre de la fa­mille ou un ami ne par­ti­cipe pas, alors vous n’al­lez pas dans les gra­dins. » À la té­lé­vi­sion, les courses ca­na­diennes peinent à trou­ver une place. Les épreuves MotoGP ont quant à elles été ré­cu­pé­rées par beIN Sports, qui as­soit sa mainmise en Amé­rique du Nord. À cet ar­gu­ment, il est fa­cile d’op­po­ser

l’exemple du Grand Prix du Qa­tar, qui n’ar­rive pas à dé­pas­ser les 20 000 spec­ta­teurs après presque 15 ans d’exis­tence. Nul doute que même si elles ne sont pas pleines, les en­ceintes ca­na­diennes fe­raient mieux. Mais il y a, au Moyen- Orient, de nom­breuses rai­sons, po­li­tiques comme tech­no­lo­giques ( cf. GP Ra­cing n° 19), qui poussent les or­ga­ni­sa­teurs à sor­tir de l’ar­gent pour avoir leur propre épreuve – quitte à ne pas faire de bé­né­fi ces di­rects. Une ques­tion de vo­lon­té de l’État es­sen­tielle ; c’est dé­jà elle qui était à l’ori­gine de l’édi­tion de 1967. « Le GP avait été spé­cia­le­ment or­ga­ni­sé à l’oc­ca­sion du cen­tième an­ni­ver­saire du Ca­na­da [ né en 1867]. Le gou­ver­ne­ment avait dé­blo­qué des fonds pour cet évé­ne­ment » , rap­pelle Do­mi­nic Au­bry, vice- pré­sident de la Vin­tage Road Ra­cing As­so­cia­tion. Mo­sport a de­puis re­çu le cham­pion­nat du monde Su­per­bike de 1989 à 1991, voyant plu­sieurs Ca­na­diens se confron­ter à l’élite in­ter­na­tio­nale. Cer­tains avaient fait très bonne fi gure, prou­vant qu’il y a bien de la com­pé­ti­ti­vi­té au nord des États- Unis ( même si tous les pi­lotes du pla­teau ne fai­saient pas for­cé­ment le dé­pla­ce­ment). Pas­cal Pi­cotte avait même fait ré­son­ner les notes d’Ô Ca­na­da en s’im­po­sant en 1991. Mais la ve­nue du WSBK est de l’his­toire an­cienne, et les ef­forts at­ten­dus ne sont pas ( ou plus) à l’ordre du jour.

PLUS PER­SONNE EN MON­DIAL

Outre la te­nue d’évé­ne­ments d’en­ver­gure, cette ab­sence d’in­té­rêt em­pêche les Ca­na­diens d’ac­cé­der au plus haut ni­veau de la dis­ci­pline. Les deux si­tua­tions sont évi­dem­ment liées : s’en­ga­ger, in­ves­tir, agir per­met­trait de sor­tir de bons pi­lotes, qui pour­raient en­suite at­ti­rer fans, mé­dias, spon­sors... et en­clen­cher le fa­meux cercle ver­tueux. Ex­cep­té Mo­sport 1967 et quelques courses dis­pu­tées aux ÉtatsU­nis, les Ca­na­diens ne se rendent pas sur les épreuves du cham­pion­nat. Jus­qu’à pré­sent, rares ont été ceux par­ve­nus à in­té­grer le Mon­dial. Mike Duff ( de­ve­nu Mi­chelle Duff), vain­queur de trois GP et vice- cham­pion du monde 250 cm3 en 1965, est le plus cé­lèbre. En comp­tant Ray Beau­mont et Tim Coo­pey, ce­la en fait trois qui ont réus­si à mon­ter sur le po­dium. Dans un pays de 36 mil­lions d’ha­bi­tants se cachent for­cé­ment de po­ten­tiels pi­lotes, mais la mo­to ne fait pas par­tie des sports na­tio­naux. Lui sont pré­fé­rés le ho­ckey sur glace, la crosse ou en­core le foot­ball ca­na­dien. Au­jourd’hui, l’ab­sence d’un pro­gramme so­lide à l’échelle na­tio­nale est un obs­tacle. Des ini­tia­tives se mettent en place, mais les pas­sion­nés sont in­suf­fi sam­ment sou­te­nus. Les fans n’hé­sitent pas à s’en plaindre ou­ver­te­ment, cer­tains al­lant jus­qu’à dire que « le mo­to­cy­clisme est mort au Ca­na­da » . D’autres en font

de l’hu­mour, s’amu­sant à imi­ter des scènes de joie et de sur­prise lors­qu’ils ren­contrent d’autres pas­sion­nés. La frus­tra­tion est pal­pable. Dé­jà dif­fi ci­le­ment ac­ces­sible à qui n’en a pas les moyens, la mo­to souffre en plus d’un manque de pu­bli­ci­té sur le ter­ri­toire. Le cham­pion­nat Su­per­bike n’at­tire pas les foules, et ne couvre qu’un petit mor­ceau de la par­tie Est du pays. L’autre bar­rière tient au fait que les pi­lotes ne sont ja­mais mis en avant. Les courses ca­na­diennes ne sont par exemple pas aus­si sui­vies que les amé­ri­caines, ce qui est dé­jà une tare puisque les États- Unis souffrent aus­si d’un pro­blème de pro­mo­tion des pi­lotes ( cf. GP Ra­cing n° 20). À l’image de Jor­dan Szoke, au­réo­lé de mul­tiples titres na­tio­naux, ceux qui brillent res­tent en gé­né­ral sur leur conti­nent. Un ac­com­pa­gne­ment struc­tu­ré est né­ces­saire pour per­mettre aux ta­lents d’ex­plo­ser au Ca­na­da, puis de se rendre ailleurs – par exemple en Es­pagne, the place to be – pour es­sayer de se faire re­pé­rer. En 11 sai­sons de Red Bull MotoGP Roo­kies Cup, il n’y a tou­jours pas eu un Ca­na­dien dans le lot des heu­reux élus.

BIEN­TÔT UN CA­LEN­DRIER À 20 OU 22 ÉPREUVES ?

Le der­nier na­tif du pays à avoir par­ti­ci­pé à un Grand Prix est Adam Ro­berts, wild- card en 2009 à In­dia­na­po­lis ( 19e). Deux ans plus tôt, Mi­guel Du­ha­mel – seul Ca­na­dien vain­queur de l’AMA Su­per­bike ( 1995) – avait eu, à 39 ans, le pri­vi­lège de dis­pu­ter l’épreuve des États- Unis sur la Hon­da Gre­si­ni de To­ni Elias ( bles­sé). Il y a quelques an­nées, Brett McCor­mick por­tait sur ses épaules les es­poirs des sup­por­ters ca­na­diens. Re­cru­té par Ef­fen­bert Li­ber­ty Du­ca­ti en Mon­dial SBK, il a joué de mal­chance en se bles­sant lour­de­ment sur un ac­cro­chage dès ses pre­mières courses. Son re­tour en fi n de sai­son n’était pas pas­sé in­aper­çu ( 5e/ 9e à Por­ti­mao), mais il a dé­ci­dé d’ar­rê­ter. À la fois par manque d’un gui­don, dé­goût d’une in­dus­trie où « de plus en plus de pi­lotes paient pour rou­ler, ou roulent gra­tui­te­ment » , et pru­dence après ses bles­sures au cou et au dos. Dif­fi cile de ga­gner sa vie, alors que les pers­pec­tives d’après- car­rière ne fl eu­rissent pas. Con­trai­re­ment à une na­tion comme l’Es­pagne ( on y re­vient tou­jours), où il est beau­coup plus « fa­cile » de se re­con­ver­tir et trou­ver une place ( pi­lotes, teams, écoles de pi­lo­tage...) après avoir brillé sur les cir­cuits. Au som­met de la Dor­na, Car­me­lo Ezpeleta com­mence à par­ler de ca­len­drier à vingt ( voire vingt- deux) épreuves d’ici quelques an­nées. Le cham­pion­nat du monde est en pleine ex­pan­sion, à tel point que cer­tains, comme Va­len­ti­no Ros­si ou Cal Crut­chlow, tentent de frei­ner cette ten­dance. Dif­fi cile, pour au­tant, d’en­tre­voir un pos­sible se­cond Grand Prix du Ca­na­da. Les fans, eux, at­tendent tou­jours leur nou­veau Mike Duff. Mais pour ce­la, en­core faut- il leur don­ner les moyens de le faire émer­ger.

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1 Mike Duff est l’un des pi­lotes ca­na­diens les plus em­blé­ma­tiques de l’his­toire. Vain­queur de trois GP, (1 en 125, 2 en 250), il fait par­tie du Ca­na­dian Mo­tor­sport Hall of Fame. 2 La Vin­tage Road Ra­cing As­so­cia­tion (VRRA) te­nait à cé­lé­brer les 50 ans du Grand Prix du Ca­na­da. Des fes­ti­vi­tés sont pré­vues pour l’oc­ca­sion les 11, 12 et 13 août 2017 sur le Ca­na­dian Tire Mo­tor­sport Park – nou­veau nom du Mo­sport Park. 35et Mike Hail­wood (n° 2) en train de rat­tra­per Ivy (n° 5) et Fra­ser (n° 30) en 250 – ca­té­go­rie qu’il va aus­si rem­por­ter –, res­te­ra à ja­mais l’homme fort de l’unique Grand Prix mo­to du Ca­na­da. 4 Le pro­gramme de l’époque.

Le Ca­na­dian Tire Mo­tor­sport Park est la piste de mo­to la plus évo­luée du pays. Pas suf­fi­sam­ment, tou­te­fois, pour ac­cueillir un Grand Prix MotoGP. Le World Su­per­bike est aus­si ve­nu au Ca­na­da, dans les an­nées 90. Un cer­tain Ray­mond Roche y avait même en­le­vé deux manches. Brett McCor­mick, rookie en WSBK lors de la sai­son 2012. Le des­tin du Ca­na­dien l’a mal­heu­reu­se­ment em­pê­ché de mon­trer l’éten­due de son po­ten­tiel.

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