OUI AU CU­MUL DES MANDALES ?

Y a-t-il un point com­mun entre Michel Houel­le­becq, Ja­son Sta­tham et Brian Ches­ky ? Le sens de la stra­té­gie. L’un squatte la ren­trée sans rien pu­blier, l’autre est adou­bé en roi de la cas­tagne sty­lée et le der­nier par­tage pour mieux ré­gner. Et vous, commen

GQ (France) - - L’édito -

Même si vous êtes exi­lé au mi­lieu d’hip­po­po­tames ex­ta­tiques dans un lodge au Ke­nya, ré­fu­gié avec des amis chers dans un ca­ba­non mar­seillais, ou bien as­si­gné à ré­si­dence es­ti­vale à Londres ou à Pa­ris, les af­fiches d’ex­pen­dables 3 n’ont pu vous échap­per – au moins sur le tra­jet d’une gare ou d’un aé­ro­port. C’est le block­bus­ter obli­gé de l’été. LA sor­tie pla­né­taire et to­ni­truante du 15 août. Soit des vieillards du ci­né­ma d’ac­tion mys­té­rieu­se­ment res­sus­ci­tés – par la grâce d’un mi­ra­cu­leux ca­chet et d’un étrange se­cond de­gré aus­si. Vous vous sur­pre­nez à lais­ser traî­ner plus long­temps que pré­vu votre oeil sur ce"e af­fiche. La scru­tez même. Mal­gré son de­si­gn gros­sier, elle mé­rite qu’on s’y a"arde. Il s’y joue en ef­fet une im­pro­bable pas­sa­tion de pou­voirs. Une suc­ces­sion sub­li­mi­nale. Une trans­mis­sion gé­né­ra­tion­nelle. Vi­rile et sym­bo­lique. Réelle et pa­ro­dique. Sur ce"e af­fiche, vous ne voyez que lui, Syl­ves­ter Stal­lone, der­rière ses lune"es de so­leil et son bé­ret vis­sé, qui semble ré­gner en maître ab­so­lu du ci­né­ma d’ac­tion. Au gé­né­rique comme sur la pho­to, nous dit le « sous-texte », c’est bien lui le « pa­tron » in­con­tes­table, de­puis Ro­cky et Ram­bo, soit bien­tôt qua­rante ans et pour tou­jours. D’ailleurs, Sly sou­rit fran­che­ment, si­gni­fiant par là aus­si, « hé­hé », qu’il reste le seul ha­bi­li­té – avec Sch­war­ze­neg­ger et son Last Ac­tion He­ro en 1993 – à pas­ti­cher le genre pour mieux le per­pé­tuer. Car qui vou­drait en­core de ces bas­tons li"érales sans leur fa­cul­té d’au­to­dé­ri­sion et leur nouvelle iro­nie post­mo­derne ? Mais voi­là. Im­mé­dia­te­ment der­rière Sly, là sur la pho­to, un homme très dis­cret a"end son heure. Il fi­gure au deuxième rang pro­to­co­laire du gé­né­rique et de la pho­to pro­mo, de­vant Har­ri­son Ford, Ar­nold Sch­war­ze­neg­ger et d’autres monstres a prio­ri bien plus « sa­crés » que lui. Il sait que son crâne chauve lui vaut par­fois d’être confon­du avec Bruce Willis, un autre maître du jeu. Mais il n’ou­blie ja­mais que son nom, Sta­tham, com­mence comme ce­lui de Stal­lone : S-T-A, comme un code d’ac­cès in­vio­lable pour la gloire. Qu’il vaut mieux jouer les dis­crets lieu­te­nants hol­ly­woo­diens, le fils pu­ta­tif d’un roi au masque de cire ber­lus­co­nien, que de cher­cher à prendre le pou­voir par un coup d’état ha­sar­deux. On ne prê­te­rait pas plus d’a"en­tion que ce­la à ces mi­cro­dé­tails pro­mo­tion­nels si on ne re­trou­vait pas la même mise en scène dans le nu­mé­ro d’août du Va­ni­ty Fair amé­ri­cain : on y voit un Stal­lone, « à la ville » ce"e fois, mo­mi­fié dans une veste de cos­tume mauve fa­çon Li­be­race ; et juste à cô­té, Ja­son Sta­tham, im­man­qua­ble­ment en re­trait, im­pec­ca­ble­ment aux aguets. Comme s’il as­sis­tait tran­quille­ment à la fin de règne an­non­cée du Com­man­deur Stal­lone. Ces deux ins­tan­ta­nés tra­duisent néan­moins un su­brep­tice re­nou­vel­le­ment d’ère. Comme en po­li­tique fran­çaise, le ci­né­ma d’ac­tion semble dif­fi­ci­le­ment to­lé­rer les « ac­teurs » de moins de 45 ans pour exer­cer les plus pres­ti­gieuses fonc­tions. À 47 ans, Ja­son Sta­tham est plus que mûr. Avec son élé­gance bri­tish, son par­cours aty­pique, de Snatch au Trans­por­teur, et sa per­sé­vé­rance de tâ­che­ron, il semble tout dé­si­gné pour ré­gner. Trem­blez Stal­lone et Sch­war­zy… Sta­tham ad­vient, et il n’est pas content du tout !

iro­nie post­mo­derne ?

Montre vin­tage

Jour d’uni­ver­si­té d’été à L’UMP pour pré­pa­rer l’élec­tion du pro­chain pré­sident ? Non, juste Stal­lone et Sta­tham dans

Ja­son Sta­tham est pho­to­gra­phié par Jeff Lips­ky Cos­tume, che­mise, cra­vate et po­chette,

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