LES AUTRES MIL­LION­NAIRES DU PAR­TAGE Brian Ches­ky

BRIAN CHES­KY À la ma­nière de Brian Ches­ky, cer­tains en­tre­pre­neurs ont mi­sé sur le bon cré­neau… au bon mo­ment.

GQ (France) - - Coulisses -

ré­pètent ses pa­rents. Le trio n’a plus d’ar­gent. « C’est là que j’ai eu l’idée des cé­réales », ex­plique Ches­ky. Des sa­chets de corn-flakes re­pa­cka­gés à la main dans des boîtes « Oba­ma O’s » et « Cap­tain Mccain », que les trois as­so­ciés re­vendent 29 € pièce en pro­fi­tant du buzz au­tour de l’élec­tion pré­si­den­tielle. Ils amassent ain­si 21 000 € de tré­sor de guerre. Le coup séduit Paul Gra­ham, le di­rec­teur du cé­lèbre ac­cé­lé­ra­teur de start-up Y Com­bi­na­tor, pour­tant pas fan du concept d’airbnb. « Vous êtes comme les ca­fards, vous ne vou­lez pas mou­rir ! », s’es­claffe-t-il. Dé­but 2009, Gra­ham leur de­mande de se concen­trer sur les pro­prié­taires d’ap­par­te­ments et les en­voie à New York. Après trois mois de porte-à-porte, l’ac­ti­vi­té dé­colle. Et Se­quoia Ca­pi­tal (Apple, Google) in­ves­tit 430 000 eu­ros. En moins d’un an, tous les États sont cou­verts. L’ef­fet de ré­seau fonc­tionne à plein : les lo­ca­taires de­viennent sou­vent des loueurs. Le trio se ré­par­tit la tech­nique, le de­si­gn, le bu­si­ness et fonce. « En­core au­jourd’hui, Na­than est notre cer­veau, Joe notre coeur et Brian nos couilles », ré­sume crû­ment un des pre­miers em­ployés re­cru­tés. Tout s’em­balle dé­but 2011 lorsque Wim­du, une co­pie conforme d’airbnb, se lance en Eu­rope, avec 90 mil­lions d’eu­ros de fi­nan­ce­ments. Der­rière, il y a Ro­cket In­ter­net, l’usine à start-up des frères al­le­mands Sam­wer, qui créent des clones d’en­tre­prises à suc­cès pour les re­vendre aux géants amé­ri­cains (ils viennent de faire le coup à Grou­pon). Oli­ver Sam­wer, le plus tei­gneux de la fra­trie, a#er­rit un soir à San Fran­cis­co, et donne 24 heures à Brian Ches­ky pour le ra­che­ter. L’amé­ri­cain est son­né, il n’est pas prêt. À l’époque, pour pal­lier son manque d’ex­pé­rience, il se paie les ser­vices d’un coach, Ren. Ce­lui-ci lui pose une simple ques­tion : « Que vous disent vos tripes ? » Ré­ponse tout aus­si simple, en V.O : « F***ing kill him ». Les mois qui suivent, le jeune en­tre­pre­neur lève 73 mil­lions d’eu­ros, ouvre six bu­reaux en Eu­rope, em­bauche deux « tueurs » du Net en Al­le­magne, et lance sa contre-of­fen­sive. « L’eu­rope est vite de­ve­nue ma­jo­ri­taire dans l’ac­ti­vi­té, ré­vèle Olivier Gré­millon, le pa­tron Eu­rope. Et Pa­ris est la pre­mière ville… » Wim­du est vite lar­gué et Airbnb ex­plose. Brian, l’an­cien fau­ché de Rausch Street, qui avait fi­ni par se nour­rir de ses fa­meuses cé­réales, a main­te­nant des pro­blèmes de riches. Des mau­vais cou­cheurs sac­cagent de temps à autre les ap­par­te­ments qu’ils louent, ou, comme en mars à New York, pré­voient d’y or­ga­ni­ser des or­gies. « Ce genre de choses ar­rive, mais de moins en moins », nuance Brian Ches­ky. En réa­li­té, le PDG se sou­cie da­van­tage de ses po­ten­tiels pro­blèmes ju­di­ciaires. Dans de nom­breuses villes, et en par­ti­cu­lier à New York (20 000 lieux à louer) et Pa­ris, la lé­gis­la­tion voit d’un mau­vais oeil la lo­ca­tion de meu­blés entre par­ti­cu­liers. Elle vou­drait leur ap­pli­quer les taxes hô­te­lières, la ré­gu­la­tion des loyers, la sé­cu­ri­té in­cen­die ou car­ré­ment l’interdiction de louer pour des courtes du­rées. His­toire d’évi­ter que des im­meubles en­tiers se trans­forment en hô­tels non dé­cla­rés. Quand on di­rige une boîte qui pèse des mil­liards, on a les yeux ri­vés sur l’ho­ri­zon. « On ne peut pas en­core trop en par­ler, mais on va bou­le­ver­ser pas mal de choses dans les pro­chains mois », confie un cadre. Al­lu­sion à un « mé­mo » sur le­quel Ches­ky dé­taille ses plans de « conquête de la pla­nète » et qui fait sa­li­ver toute la Si­li­con Val­ley. La stra­té­gie est simple. « Airbnb a une énorme base de clients fi­dèles, dont la so­cié­té connaît les ha­bi­tudes, les be­soins, elle va donc leur vendre d’autres ser­vices. » A prio­ri, l’échange des clés, le mé­nage, la blan­chis­se­rie, des kits de bien­ve­nue. Des guides tou­ris­tiques (il en existe dé­jà), des ca­fés par­te­naires (c’est en test), voire un ser­vice de paie­ment ou de trans­port de­puis l’aé­ro­port. Jus­te­ment, Brian Ches­ky a in­ves­ti, à titre per­son­nel et avec cer­tains de ses cadres, plu­sieurs mil­lions dans Flightcar, une start-up qui vous pro­pose de lais­ser votre vé­hi­cule au ter­mi­nal de l’aé­ro­port et de le louer à ceux qui ar­rivent. Ou en­core dans Ba­lan­ced, une jeune pousse dans les paie­ments in­ter­na­tio­naux sur In­ter­net. Ches­ky va donc conti­nuer à aga­cer les géants de l’hô­tel­le­rie Hil­ton et Ac­cor. Comme il l’a ré­cem­ment pos­té sur Front­back, une ap­pli fa­çon Ins­ta­gram dont sa très jo­lie pe­tite amie est com­mu­ni­ty ma­na­ger : « F*** Ho­tels ! »

37 ANS

UBERPOP, pour jouer les taxis

Ce Ca­li­for­nien a mis un terme à ses études d’in­for­ma­tique à UCLA pour fon­der Scour, un clone de Naps­ter. En 2008, un soir de neige à Pa­ris où il ne trouve pas de taxi, il lance l’ap­pli­ca­tion de voi­ture de tou­risme avec chauf­feur Uber. Il la dé­cline en 2013 avec Uberpop, un ser­vice qui per­met à n’im­porte quel par­ti­cu­lier de char­ger des gens dans sa propre voi­ture. La start-up, dé­te­nue en par­tie par Google, est au­jourd’hui va­lo­ri­sée 12,5 mil­liards d’eu­ros.

40 ANS « Notre so­cié­té n’est ja­mais al­lée aus­si loin dans les ré­seaux et les gens n’ont ja­mais été aus­si seuls. »

FREE­LAN­CER, pour tra­vailler à dis­tance

Pas­sé par Stan­ford, ce géant chauve aus­tra­lien por­tant che­mise et cein­ture de cow-boy est le lea­der mon­dial de l’échange de com­pé­tences entre par­ti­cu­liers, soit 8 mil­lions de gens prêts à bos­ser pour les autres. Vous vou­lez faire tra­duire un rap­port en an­glais ? Des de­vis ar­rivent du Ca­na­da ou de Rou­ma­nie, pour 2 à 20 € de l’heure… Bar­rie n’a peur de rien, même pas des lé­gis­la­teurs qui s’in­quiètent du res­pect du droit du tra­vail…

31 ANS

SKILLSHARE, pour ap­prendre en ligne

Après avoir par­ti­ci­pé à la re­cons­truc­tion de la Nouvelle-or­léans via l’im­plan­ta­tion de start-up, Mike le New-yor­kais a tra­vaillé pour Hot Po­ta­to, un ser­vice de sug­ges­tion de lieux (ra­che­té par Fa­ce­book) et Be­hance, un site de créa­tifs (ra­che­té par Adobe). Son idée ? Suivre les cours de spé­cia­listes mon­diaux (du mar­ke­ting au po­ker), profs ou simples par­ti­cu­liers, pour quelques di­zaines d’eu­ros, ou, en illi­mi­té pour 7,50 € par mois, fa­çon Net­flix.

35 ANS

DRI­VY, pour par­ta­ger sa voi­ture

L’un des cham­pions fran­çais, avec Re­naud La­planche (Len­ding Club) ou Fré­dé­ric Maz­zel­la (Bla­bla­car). Après avoir lan­cé Qui­vaou, un ser­vice de co­voi­tu­rage, Pau­lin a « pi­vo­té », comme on dit dans les start-up, dans la lo­ca­tion de voi­tures entre par­ti­cu­liers. Sa pla­te­forme est simple, ré­ser­vée aux par­ti­cu­liers et ados­sée à une grosse com­pa­gnie d’as­su­rances. Sa le­vée de fonds de 6 mil­lions d’eu­ros de­vrait le pro­pul­ser nu­mé­ro un mon­dial. Co­co­ri­co.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.