Nous voi­là quatre à contem­pler un pay­sage de roches ocre que Dis­co­ve­ry pour­rait ob­ser­ver sur Mars.

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GQ (France) - - Coulisses -

Ce soir, le dî­ner est simple et ex­cellent. Après quelques ra­sades de rhum et quelques bouf­fées de ci­gare, tout le monde baîlle. Il est à peine 21 heures, mais la nuit est dé­jà pro­fonde. Cha­cun se di­rige vers son bi­vouac. On s’en­dort vite dans le Si­naï. Le si­lence était dé­jà grand, im­mense. Là, entre deux ro­chers, il est ab­so­lu. Ce n’est pas une fi­gure de style : on n’en­tend ab­so­lu­ment rien. Pas un souffle de vent, ni le son d’un ruis­seau, ni le chant d’un oi­seau. La Lune se lève, presque pleine. Le Je­bel Ba­nat, im­mense et hié­ra­tique, prend un teint bla­fard.

Une chèvre, un fes­tin La jour­née du len­de­main com­mence tôt. Dave et Tom sont au pied du Je­bel Ba­nat à 6 h 30. Leurs têtes sont chif­fon­nées mais leurs gestes pré­cis. Dave part en tête. Les pre­miers mètres sont fa­ciles, en adhé­rence. À 10 mètres, ar­rive la pre­mière dif­fi­cul­té : un pas­sage en tra­ver­sée. Il faut se dé­pla­cer la­té­ra­le­ment sur dix à quinze mètres. Dave a du sang froid pour une lé­gion de lé­zards. Mais ce pas­sage sent mau­vais. Rien pour les pieds, si peu pour les mains, pas de blo­queurs en che­min. C’est la ga­ran­tie d’un beau « vol », d’une belle chute, si on rate son coup. Dave hé­site, fait quelques faux dé­parts. Puis, comme une main sur un pia­no, il fran­chit le pas­sage en quelques mou­ve­ments. Il n’est pas très haut, mais il faut dé­jà fixer le re­lais – à cause de ce$e dam­née tra­ver­sée qui consomme beau­coup de corde. C’est au tour de Tom. Il en­lève ses chaus­sures, ses chausse$es, sa veste et son bon­net, talque ses mains, se­coue les bras et la tête, ins­pire et part. Il grimpe, si­len­cieux. Sur le pas­sage en tra­ver­sée, il bloque. Sur le re­lais, il est presque fé­brile. Il faut pour­tant re­par­tir presque tout de suite, sur une faille fer­mée comme une mau­vaise ci­ca­trice. L’équi­libre est dif­fi­cile à as­su­rer. Les pieds em­mènent le poids du corps d’un cô­té, les mains le ra­mènent de l’autre. Ce se­rait comme faire de la voile avec un mât de tra­vers. Tom re­con­naît le dé­fi tech­nique. Mais ce ma­tin, ça ne passe pas. Après plu­sieurs ten­ta­tives in­fruc­tueuses, il doit re­cu­ler. C’était pas le jour, c’est tout. Qu’a-t-il à prou­ver ? Il a vain­cu l’eve­rest des grim­peurs, El Capitan, un mo­no­lithe de 1 000 mètres de hau­teur, dans le Parc de Yo­se­mite aux États-unis. Il faut re­des­cendre. La voie ne se­ra pas ou­verte au­jourd’hui. Nous pré­pa­rons le der­nier dî­ner. La chèvre que nous avons ache­tée deux jours plus tôt est à point. Dé­pe­cée, dé­cou­pée, cuite sous la cendre, c’est un ré­gal. Du coup, un Bé­douin s’est in­vi­té à dî­ner. Nous ren­trons par le che­min des éco­liers, 15 ki­lo­mètres sur les pe­tits sen­tiers in­vi­sibles du Sud Si­naï. On com­mence par grim­per le Je­bel Ba­nat, 300 mètres plus

JOR­DA­NIE

ARA­BIE SAOU­DITE

Dans le Si­naï, des cen­taines de ki­lo­mètres car­rés de dé­sert ro­cailleux offrent un terrain de jeux ex­tra­or­di­naire aux grim­peurs.

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