Livres La Sainte-tri­ni­té du rock

Cultes, re­belles et des­troy… trois fi­gures my­thiques du rock’n’roll hantent la ren­trée lit­té­raire. Pleins de poé­sie et de fu­reur. Une bonne oc­ca­sion de les re­mettre à la page.

GQ (France) - - Sommaire - Par Valérie Zer­guine

Au nom du père

El­vis Pres­ley

Le mythe Il a in­ven­té le rock’n’roll, ébran­lant à ja­mais les pi­liers de l’amé­rique pu­ri­taine. Il a été le pre­mier Blanc à chan­ter comme un Noir. À oser faire bou­ger son bas­sin. À rendre les filles folles. Sans lui, il n’y au­rait pas eu John Len­non, Bob Dy­lan ou Mi­chael Jack­son… De­ve­nu l’ob­jet d’un culte re­li­gieux, le King s’est cou­pé du monde, re­tran­ché dans son do­maine de Gra­ce­land, ron­gé par la so­li­tude et han­té par ses dé­mons. Il meurt, obèse et dro­gué, en 1977.

Le livre Ca­ro­line de Mul­der cé­lèbre l’in­no­cence et la can­deur de ce­lui qui gar­da son âme d’en­fant mal­gré la fu­reur de son exis­tence. Elle ra­conte un per­son­nage plus psy­cho­tique que né­vro­sé. Ar­chi dé­fon­cé, son El­vis fait mon­ter des grou­pies dans sa chambre d’hô­tel non pour les lu­ti­ner mais pour leur lire la Bible… La sub­ver­sion ab­so­lue ?

Ver­dict Un ro­man en­voû­tant qui ex­plore le mys­tère El­vis et dy­na­mite les cli­chés de la rock’n’roll a!itude sans ja­mais en al­té­rer la fo­lie et la poé­sie.

Au nom du fils

Jim Mor­ri­son

Le mythe Ce fils de mi­li­taire éle­va la ré­volte ado­les­cente au rang d’art. Boucles folles, pan­ta­lon de cuir mou­lant, il suin­tait le sexe dans des concerts hap­pe­nings où il re­pous­sait les li­mites de la pro­voc’. « Fa­ther, I want to kill you ! Mo­ther, I want to fuck you ! » Mais, fas­ci­né par la fi­gure de l’ar­tiste mau­dit, ce grand né­vro­sé se sen­tit tou­jours en de­çà de ses illustres fi­gures tu­té­laires (Rim­baud, Os­car Wilde…).

Le livre Harold Co­bert a ima­gi­né faire par­ler James Dou­glas Mor­ri­son. 1971, al­coo­lique, gros, bar­bu, le chan­teur des Doors se ré­fu­gie à Pa­ris pour fuir la jus­tice amé­ri­caine. Dans ce!e fic­tion en forme de mo­no­logue, le chan­teur confie à son dic­ta­phone ses ful­gu­rances, ses dé­mons, ses er­rances… Il ne lui reste alors que trois mois à vivre.

Ver­dict Un texte vi­brant sur ce­lui qui in­carne les contra­dic­tions de la contre-culture. On regre!era tou­te­fois que l’écri­ture fort peu éla­bo­rée ne rende pas jus­tice au style de Mor­ri­son qui se vou­lait avant tout poète.

Au nom du Saint-es­prit

Vince Tay­lor

Le mythe Vince Tay­lor (19391991), c’est trois an­nées de grâce ab­so­lue. Et trente ans de chute ver­ti­gi­neuse… Com­bi­nai­son de cuir, yeux far­dés, jeu de scène convul­sif : à l’aube des an­nées 1960, ce ro­cker bri­tish trau­ma­ti­sa tous ceux qui le virent en concert. Mais broyé par l’in­dus­trie et dé­truit par les drogues, il pas­sa le reste de sa vie à al­ter­ner sé­jours en HP et come-backs ra­tés…

Le livre Une bio li!éraire et un ro­man gra­phique s’a!achent à ré­pondre à la même ques­tion : que de­vient une étoile fi­lante lors­qu’elle s’en­fonce dans l’obs­cu­ri­té ? Et cherchent à faire le lien entre l’idole flam­boyante des six­ties et le SDF dé­li­rant qui ré­cite pieds nus des ver­sets de la Bible dans les rues de Pa­ris.

Ver­dict La BD ré­vèle le ro­man­tisme té­né­breux du Chet Ba­ker du rock, là où la bio, très dé­taillée, nous donne les clés de ce mythe ou­blié.

de Ca­ro­line de Mul­der (Actes Sud)

Jim, d’harold Co­bert (Plon)

Vince Tay­lor n’existe pas, de Maxime Sch­mitt et Gia­co­mo Nan­ni (Oli­vius)

Vies et mort de Vince Tay­lor, de Fa­brice Gai­gnault (Fayard)

Bye Bye El­vis,

Jim Mor­ri­son en 1968. Vince Tay­lor en 1961.

El­vis Pres­ley en 1957.

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