Ma­rianne Fai­th­full, toxic la­dy

Égé­rie des Rol­ling Stones, la sul­fu­reuse ro­ckeuse re­vient au tra­vers d’un livre de pho­tos et d’un al­bum. Por­trait d’une ar­tiste nar­co­tique loin d’être anec­do­tique.

GQ (France) - - Sommaire - Par Lu­do­vic Le­gal

« À un autre siècle, on au­rait tra­ver­sé un océan pour elle. En 1964, on lui fai­sait faire

un disque. »

Lorsque l’on évoque les six­ties, il est d’usage de dé­gai­ner la cé­lèbre sen­tence de feu Ro­bin Williams qui veut que « si vous vous en sou­ve­nez, c’est que vous n’y étiez pas ». In­car­na­tion dé­fi­ni­tive du Swin­ging Lon­don dans tous ses ex­cès, Ma­rianne Fai­th­full au­rait dû res­ter amné­sique jus­qu’à une fin tra­gique et an­ti­ci­pée. Elle re­con­naît d’ailleurs avoir une vraie ten­dance à la dé­ca­dence: « C’est gé­né­tique, ce­la me vient de mon ar­rière-gran­doncle Leo­pold Sa­cher-ma­soch (l’au­teur de La Vé­nus à la four­rure, ndlr). » Heu­reu­se­ment, cette grande blonde est tou­jours par­mi nous, sau­vée par la lit­té­ra­ture et la mu­sique. C’est pour­tant une jeune fille sage is­sue de la grande bour­geoi­sie lon­do­nienne que ren­contre An­drew Loog Old­ham, le ma­na­ger des Rol­ling Stones, au dé­but des an­nées 1960. Face à sa beau­té fa­tale, le dé­clic est ins­tan­ta­né : « À un autre siècle, on au­rait tra­ver­sé un océan pour elle. En 1964, on lui fai­sait faire un disque. » Pre­mier titre ja­mais com­po­sé par Jag­ger et Ri­chards, le single « As Tears Go By » fait de Ma­rianne Fai­th­full une star de cette gé­né­ra­tion d’ado­les­cents qui conquiert le monde avec in­so­lence. Elle de­vient la meilleure amie d’ani­ta Pal­len­berg, fu­ture épouse Ri­chards et alors com­pagne de Brian Jones, qui l’ini­tie au can­na­bis, puis elle tombe dans les bras de Mick et en­tame une longue ad­dic­tion à l’hé­roïne. Ils de­viennent le couple le plus sexy et le plus scan­da­leux de la pla­nète. On re­trouve bien­tôt Ma­rianne à la té­lé­vi­sion fran­çaise dans la co­mé­die mu­si­cale An­na (1967), dont la BO est de Serge Gainsbourg, ou au ci­né­ma, nue sous une com­bi­nai­son de cuir dans les bras d’alain De­lon dans La Mo­to­cy­clette (1969). Muse des Stones – Beg­gars Banquet, Let it Bleed et Sti­cky Fin­gers (1967, 1968 et 1969) doivent beau­coup à son goût pour les gouffres –, Fai­th­full s’af­firme éga­le­ment comme une song­wri­ter de pre­mier plan en com­po­sant, en 1969, le sul­fu­reux « Sis­ter Mor­phine » (que Jag­ger et Ri­chards, sans ver­gogne, re­pren­dront et si­gne­ront de leurs propres noms deux ans plus tard).

Des Stones à la new wave On ne lui par­donne pas alors d’être une jun­kie : « Ça m’a dé­truite. Un homme ac­cro qui s’as­sume ain­si est tou­jours va­lo­ri­sé et idéa­li­sé. Une femme dans la même si­tua­tion de­vient une traî­née et une mau­vaise mère. » Au dé­but des an­nées 1970, la rup­ture avec Jag­ger la plonge dans une vé­ri­table des­cente aux en­fers : ano­rexique et plus ad­dict que ja­mais, elle vit alors dans un squat de Soho dont elle ne res­sort vé­ri­ta­ble­ment qu’à la fin de la dé­cen­nie en en­re­gis­trant Bro­ken English (1979). Por­té par le hit ma­gné­tique « The Bal­lad of Lu­cy Jor­dan », qui ré­vèle sa nouvelle voix, char­gée et cas­sée, l’al­bum capte l’es­prit d’une époque qui bas­cule du punk à la new wave. La­dy Ma­rianne n’a de­puis ces­sé d’en­re­gis­trer des al­bums où elle re­prend ses contem­po­rains et dé­ploie ses ta­lents d’au­teur, tout en col­la­bo­rant avec une nouvelle garde (PJ Har­vey, Beck ou Me­tal­li­ca) qui se presse aux cô­tés de la lé­gende. Si Ma­rianne Fai­th­full a dé­jà ra­con­té son par­cours dans son au­to­bio­gra­phie ( Fai­th­full : une vie, Bel­fond, 1995), elle nous offre avec L’al­bum d’une vie une vision in­time de ses sou­ve­nirs, réunis­sant pho­tos, cou­pures de presse et anec­dotes. À 67 ans, elle sort éga­le­ment un al­bum avec Nick Cave et An­na Cal­vi, qui l’ins­crit dans notre époque.

C’est au coeur des Swin­ging six­ties que Ma­rianne fut dé­cou­verte, dans tous les sens du terme.

1969, avec Mick, c’était du sé­rieux.

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