Les nou­velles cou­leurs de l’ar­gent

La crise au­ra-t-elle rai­son de notre ado­ra­tion du billet vert ? De­puis quelques an­nées, des pistes in­no­vantes émergent pour consom­mer et dé­pen­ser dif­fé­rem­ment, cer­tains de nos contem­po­rains al­lant jus­qu’à vivre dans des grottes ! Quels sont ces ou­tils qui

GQ (France) - - Sommaire - Par Ni­co­las San­to­la­ria et Vincent Coc­que­bert

Dé­tox mo­né­taire, crowd­fun­ding… de­puis quelques an­nées, cer­tains consomment au­tre­ment. Avec quels ou­tils en­vi­sa­ger ces riches al­ter­na­tives ?

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Fi­ni le bling-bling et son ex­hi­bi­tion obs­cène de ri­chesses clin­quantes. Le rap amé­ri­cain se­rait en­tré dans une nouvelle ère : celle du spleen de l’ar­gent. C’est la conclu­sion du théo­ri­cien et cri­tique mu­si­cal bri­tan­nique Mark Fi­sher dans un ar­ticle si­gné pour la re­vue Au­di­mat, s’ap­puyant entre autres sur une ana­lyse des textes de Drake, fa­meux rap­peur de To­ron­to. Le suc­cès du Ca­na­dien s’ex­pli­que­rait donc en grande par­tie par sa ca­pa­ci­té à ex­pri­mer la va­cui­té liée à l’ac­cu­mu­la­tion d’avoirs mo­né­taires, tra­dui­sant mu­si­ca­le­ment une mé­lan­co­lie qui at­teint éga­le­ment le reste du corps so­cial. « La ri­chesse ne peut sau­ver per­sonne d’un monde hob­be­sien ; elle ne peut que pro­té­ger tem­po­rai­re­ment de ses pires ex­cès », écrit Mark Fi­sher. In­con­tes­ta­ble­ment, quelque chose est en train de chan­ger dans notre rap­port à cette va­leur mo­né­taire de­ve­nue au fil des dé­cen­nies le centre hys­té­rique de nos so­cié­tés, au point de les en­glou­tir. Le son­dage ex­clu­sif que GQ pu­blie ce mois-ci, réa­li­sé par l’ins­ti­tut Ip­sos, té­moigne de ce cli­mat de désen­chan­te­ment mo­né­taire: ain­si, 71 % des son­dés ne pensent pas de­ve­nir riches un jour et 79 % d’entre eux trouvent que l’ar­gent oc­cupe une place trop im­por­tante dans la so­cié­té ac­tuelle (lire p. 128). Glo­ri­fiant le billet vert, les an­nées 1980 sous in­fluence Dal­las ne sont plus qu’un loin­tain sou­ve­nir hal­lu­ci­né. Même si la con­cen­tra­tion des ri­chesses est plus que ja­mais d’ac­tua­li­té (en France, 1 % de la po­pu­la­tion pos­sède 25 % de la ri­chesse na­tio­nale et le pa­tri­moine des 500 plus grandes for­tunes a pro­gres­sé de 15 % en 2013), la crise de 2008 et l’ab­sur­di­té des mé­ca­nismes spé­cu­la­tifs sont pas­sés par là et ont contri­bué à dé­sa­cra­li­ser la va­leur ar­gent, dont l’ac­cu­mu­la­tion for­ce­née est presque per­çue comme une dé­viance. Ré­cem­ment, Ni­co­las Sar­ko­zy, payé 100000 € par Forbes pour une confé­rence à Braz­za­ville, scel­lait son image d’ex-pré­sident bling-bling ana­chro­nique, dans une époque do­mi­née par la « new mo­des­ty ». Ce­ci té­moi­gnant, se­lon le po­li­to­logue Tho­mas Guénolé, d’« un rap­port pro­blé­ma­tique avec l’ar­gent ». L’heure

dé­tox Mo­né­taire, « likes » et crowd­fun­ding…

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