Sur le pont avec les na­vi­ga­teurs 2.0

À l’oc­ca­sion du dé­part de la Route du Rhum, le 2 no­vembre à Saint-ma­lo, GQ dresse le por­trait-ro­bot du ma­rin des an­nées 2010. Entre tech­no­lo­gie, préparation phy­sique, tac­tique, que reste-t-il des hé­ros so­li­taires si chers à la my­tho­lo­gie spor­tive fran­çais

GQ (France) - - Sommaire - Charles Au­dier

Avant le dé­part de la Route du Rhum, por­trait-ro­bot du ma­rin des an­nées 2010. So­li­taire mais hy­per­con­nec­té.

le 18 juin 1964 un cer­tain Éric Tabarly rem­porte à bord de son mo­no­coque Pen Duick II la Tran­sat an­glaise, une course en so­li­taire et sans es­cale entre Ply­mouth (An­gle­terre) et New­port (États-unis). À peine quatre se­maines lui ont suf­fi pour re­lier le vieux et le nou­veau con­tinent. Por­té en triomphe sur les Champs-ély­sées, quelques jours plus tard, l’in­gé­nieur in­carne le pre­mier la fi­gure du ma­rin-hé­ros so­li­taire dans l’ima­gi­naire col­lec­tif des « ter­riens » fran­çais. Cin­quante ans plus tard, à quoi res­semble le ma­rin mo­derne ? Com­ment ont évo­lué les ba­teaux ? Com­ment les vieux loups de mer se sont-ils trans­for­més en geeks tren­te­naires ? Pour­quoi la France voue-t-elle un tel culte aux aven­tu­riers so­li­taires, quand les An­glo-saxons ad­mirent les équi­pages de la Coupe de l’ame­ri­ca et autres ré­gates en équi­pages ? Plu­sieurs ex­ploits spor­tifs donnent corps à cette my­tho­lo­gie du large à la fran­çaise. Ain­si en 1978 lors de la pre­mière édi­tion de la trans­at­lan­tique Route du Rhum entre Saint-ma­lo en Bre­tagne et Pointe-à-pitre en Gua­de­loupe, lors­qu’un tri­ma­ran de 12 mètres aux cou­leurs d’olym­pus Pho­to de­vance son ad­ver­saire Kri­ter V, un mo­no­coque de 21 mètres, de seu­le­ment 98 se­condes après 23 jours de mer. Ou en 2013, lorsque Fran­çois Ga­bart, un jeune ma­rin au sou­rire ra­va­geur et au re­gard ma­li­cieux ef­fec­tue, tou­jours en so­li­taire, un tour du monde sans es­cale en 78 jours à bord de son mo­no­coque Ma­cif de 18,28 mètres, rem­por­tant le Ven­dée Globe. Si les avan­cées tech­no­lo­giques ont contri­bué à faire tom­ber des chro­nos de ré­fé­rence au fil des dé­cen­nies, elles ne suf­fisent pas à ex­pli­quer la mutation du na­vi­ga­teur. Alors que la 10e Route du Rhum-des­ti­na­tion Gua­de­loupe se­ra lan­cée le 2 no­vembre, GQ dresse donc le por­trait-ro­bot du ma­rin en 2014, un so­li­taire dé­sor­mais ul­tra-connec­té au monde.

« On ma­noeuvre, on fait un peu de mé­téo, beau­coup de bri­co­lage, et même de la com !»

Fran­çois Ga­bart

les ma­rins ne sont pas tou­jours des ath­lètes. ils doivent néan­moins être pré­pa­rés à ma­ni­pu­ler des tonnes de voile et à te­nir la dis­tance.

« Sur un ba­teau, in­utile d’avoir la pointe de vi­tesse d’usain Bolt ou de sa­voir sou­le­ver 200 kg au dé­ve­lop­pé cou­ché », ex­plique Fran­çois Ga­bart, ali­gné en mo­no­coque sur le Rhum (Ma­cif) avec comme ob­jec­tif de battre le re­cord éta­bli par Ro­land Jour­dain en 2006 en 12 jours, 11 heures et 58 mi­nutes. « En re­vanche, il faut être com­plet phy­si­que­ment pour en­voyer les 570 m2 de voile au por­tant qui font avan­cer le ba­teau à 22 noeuds – 41,2 km/h – de moyenne ! » S’il ne s’as­treint donc à au­cun pro­gramme spé­ci­fique, le jeune skip­per – qui a na­vi­gué l’équi­valent de deux tours du monde pour pré­pa­rer le Rhum –

a dû s’en­tre­te­nir à terre du­rant les 6mois de chan­tier de son Ma­cif en pra­ti­quant le kayak ou le VTT. « Mais je ne fré­quente pas la salle de mus­cu­la­tion. Pour contrô­ler mon poids, c’est un peu au fee­ling, je me pèse une fois par an ! » Éton­nant, lors­qu’on sait la guerre me­née pour al­lé­ger le ba­teau. « La vraie contrainte de poids ne concerne pas le skip­per mais le matériel », ajoute Ga­bart. Son ba­teau de 7,7 tonnes et 18,28 mètres, sur le­quel il em­barque un jeu de dix voiles qui re­pré­sente 520 kg sur la balance, fait ain­si par­tie des plus « lé­gers ». Loïck Pey­ron, le doyen de l’épreuve trans­fé­ré d’happy, son tri­ma­ran, au maxi d’ar­mel Le Cléac’h, nous ex­plique ce qui va chan­ger pour lui: « Di­sons que je ne suis pas le per­dreau de l’an­née et je suis loin d’être l’élève le plus as­si­du en termes de préparation phy­sique. Alors j’ai res­sor­ti le vé­lo ! »

2 tours du monde, 60 000 milles, c’est la dis­tance par­cou­rue par Fran­çois Ga­bart sur son Ma­cif afin

de pré­pa­rer la route du rhum.

Fran­çois Ga­bart La fi­gure de proue • 31 ans • Par­cours : vain­queur du Ven­dée Globe à 30 ans le 27jan­vier 2013 après un tour du monde en un peu plus de 78 jours.

Pour en­voyer 570 m2 de voile, Fran­çois Ga­bart a be­soin d’être en forme. Il court, pé­dale ou fait du kayak les six mois pré­cé­dant la course.

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