Mu­sique

Cer­rone : « J’ai in­ven­té la French Touch »

GQ (France) - - Sommaire - Par Étienne Me­nu

« C’est moi qui ai in­ven­té l’idée de French Touch ! » À deux pas de son stu­dio des Champs-ély­sées, Marc Cer­rone, 62 ans, est for­mel : « Les jour­na­listes me de­man­daient sou­vent si ma mu­sique était en­core fran­çaise alors que je vi­vais et tra­vaillais aux États-unis. Et je leur ré­pon­dais que oui, parce que j’avais ce truc en plus des Amé­ri­cains, cette touche fran­çaise ! » Pro­dige de la dis­co long­temps sou­ses­ti­mé par ses com­pa­triotes, Cer­rone a sen­ti dès 1976 que cette mu­sique ve­nue des clubs gays de New York al­lait ré­vo­lu­tion­ner le monde. « On avait eu la ré­vo­lu­tion rock au­pa­ra­vant, mais l’ar­ri­vée des clubs a to­ta­le­ment bou­le­ver­sé la gé­né­ra­tion des an­nées 1970. En France, au dé­part, les dis­co­thèques étaient un tout petit mar­ché et n’ac­cueillaient qu’une élite, des riches, des bran­chés, mais pas la masse. De toute fa­çon, c’était des lieux bien trop exi­gus pour que s’y pressent beau­coup de gens ! Et puis as­sez ra­pi­de­ment, on a vu cer­tains mor­ceaux dé­col­ler dans les charts et des boîtes ou­vrir un peu par­tout. »

Le jack­pot dis­co Avec les al­bums Love in C. Mi­nor (1976) et Su­per­na­ture (1977) et les tubes épo­nymes qui en sont ex­traits, Cer­rone, petit gars de Vi­try-sur-seine, signe deux car­tons mon­diaux qui s’écoulent res­pec­ti­ve­ment à 3 et 8 mil­lions d’exem­plaires. Il ven­dra au to­tal 30 mil­lions de disques – une oeuvre in­té­gra­le­ment ré­édi­tée au­jourd’hui chez Be­cause – pen­dant sa car­rière. « Et je peux vous dire que pour­tant on ne cher­chait pas en­core à se faire le plus de blé pos­sible, comme

DIS­CO SYM­PA­THIE « On ne cher­chait pas

à se faire le plus de blé pos­sible, c’était en­core très hé­do­niste,

très artistique… »

ça al­lait de­ve­nir la norme dans les an­nées 1980. C’était en­core très hé­do­niste, très cul, très artistique. À vrai dire, à mes dé­buts en stu­dio, je ne sa­vais pas exac­te­ment si mes mor­ceaux al­laient tou­cher beau­coup de gens en de­hors des DJ et de quelques fans. Mais ça a mar­ché ! »

Le son du Pri­su­nic Au même mo­ment, d’autres mu­si­ciens et pro­duc­teurs hexa­go­naux, tout aus­si ban­lieu­sards que Cer­rone, tentent leur chance dans la dis­co, le funk et le hip-hop bal­bu­tiant – avec moins de suc­cès. Ces tubes en puis­sance réa­li­sés par ces se­mi-ama­teurs sont au­jourd’hui ex­hu­més par un col­lec­tion­neur et DJ pa­ri­sien, Vi­dal Ben­ja­min, dans l’an­tho­lo­gie Dis­co Sym­pa­thie. « C’est l’époque des pre­mières ra­dios libres, ra­conte Ben­ja­min. Cer­taines sta­tions passent de la mu­sique en conti­nu, chose nouvelle en France. Et des aven­tu­riers se mettent à pro­duire des singles en payant quelques mu­si­ciens de stu­dio. C’est un pa­ri com­mer­cial pour eux, comme d’autres à l’époque vendent des yoyos ou des ban­deaux ! Les 45-tours dis­co ou funk se vendent dans les Pri­su­nic, ce sont des gad­gets. Et on res­sent dans la mu­sique ce cô­té ac­ces­soire, qui lui donne un charme gri­sant. » Les in­di­vi­dus der­rière ces chan­sons peuvent être gros­sistes de fringues au Sen­tier, ga­ra­gistes, ani­ma­teurs de ra­dios, ven­deurs de disques – comme l’avait d’ailleurs été Cer­rone, en mon­tant les bou­tiques Nug­gets. « En fait, il n’y avait pas de vraie scène dis­co/funk à Pa­ris, pour­suit Vi­dal Ben­ja­min. On en­ten­dait de la dis­co au Pa­lace, mais les gens n’y al­laient pas exac­te­ment pour écou­ter les der­nières sor­ties. Les rares fans de ces mu­siques se re­trou­vaient en ban­lieue, à mille lieues du Pa­lace ou des Bains Douches, dans un petit club sans pré­ten­tion de Cli­chy­sous-bois, l’échap­pa­toire. Les seuls per­son­nages de cette non-scène à avoir fait car­rière ailleurs par la suite, ce sont Phil Barney et Fran­çois Feld­man ! Et l’unique vrai tube, ça a été “Cha­cun fait (c’qui lui plaît)” de Cha­grin d’amour. » Et si Cer­rone a vé­cu vingt-et-un ans à Los An­geles et joue en­core par­tout dans le monde, les ac­teurs de Dis­co Sym­pa­thie, eux, s’en sont re­tour­nés à leurs af­faires – dans le Sen­tier ou ailleurs.

Luxe, femmes et vo­lup­té : la touche Cer­rone (1976).

Ex-dis­quaire, Cer­rone a en­va­hi les bacs de ses an­ciens confrères grâce à ses tubes comme « Su­per­na­ture » en 1977.

L’in­té­grale (Be­cause), (Ver­sa­tile)

Cer­rone dans sa pé­riode far west.

Elle au­rait vou­lu être la Oli­via New­ton-john fran­çaise, mais « Sur ma mu­sique » (1981) n’a pas eu de suite. Cer­rone en stu­dio (1978).

Quelques po­chettes ori­gi­nales des singles sé­lec­tion­nés sur Dis­co Sym­pa­thie, une com­pi­la­tion réa­li­sée par Vi­dal Ben­ja­min consa­crée à ces oubliés de la dis­co fran­çaise, pop et fun, qui fai­saient dan­ser la bande FM.

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