SLA­SHER SANS CLA­SHER Da­vid Abi­ker

Hy­per­con­nec­tée et pas as­sez payée, la gé­né­ra­tion Y mul­ti­plie les ac­ti­vi­tés an­nexes au risque d’aga­cer ses ma­na­gers. Mais c’est aus­si à ceux qui les em­ploient d’ap­prendre à gé­rer au mieux ces sa­la­riés mul­ti­tâches. Long­temps DRH, Da­vid Abi­ker est au­jourd’h

GQ (France) - - Coulisses -

Jacques At­ta­li (1) en est cer­tain, l’un des enjeux de l’en­tre­prise de de­main, c’est la loyau­té des col­la­bo­ra­teurs. Dans le même temps, l’émi­nence grise des pré­si­dents in­vite cha­cun à « de­ve­nir soi ». Ce qui ré­sume bien le dia­logue de sourds entre des em­ployeurs qui ré­clament en­ga­ge­ment et loyau­té, et des jeunes gens prêts à faire plu­sieurs jobs à la fois, quitte à zap­per. La gé­né­ra­tion Y a gran­di dans la crise et la pré­ca­ri­té. On ap­pelle dé­sor­mais ses membres « sla­sheurs » pour poin­ter leur ca­pa­ci­té à cu­mu­ler les ac­ti­vi­tés (cadre/dj, ju­riste/ma­ra­tho­nien…). Avant de ju­ger son N-1, le boss doit se de­man­der pour­quoi ce der­nier joue les touche-à-tout. Il s’en­nuie ? On ne le mo­tive pas as­sez ? Il a be­soin d’ar­gent ? D’al­ler voir ailleurs ? Ou le sen­ti­ment qu’il vaut mieux avoir deux fers au feu ? S’in­ves­tir dans le lan­ce­ment d’une ap­pli mu­si­cale tout en conti­nuant à tra­vailler dans l’en­tre­prise lui semble un point positif. Mais il doit in­for­mer son boss, le « sla­shé », de cette ac­ti­vi­té an­nexe. Car son an­nonce se­ra vé­cue dif­fé­rem­ment par son ma­na­ger. Si le sla­sheur s’en­thou­siasme et joue franc-jeu, le sla­shé ne vi­vra pas ce pro­jet ad­di­tion­nel comme une tra­hi­son. La gé­né­ra­tion du ma­na­ger pho­to­co­piait son CV en douce. Celle du sla­sheur s’af­fiche sur Lin­ke­din sans au­cun com­plexe. D’un cô­té, des mo­no­ac­tifs en­ga­gés à 100 % der­rière un seul em­ployeur. De l’autre, des sortes de DJ mixant CDD et au­toen­tre­pre­na­riat. Le mo­dèle éco­no­mique des plus jeunes n’est pas ce­lui des plus an­ciens. Le sla­sheur es­père des en­cou­ra­ge­ments et un fi­let de sé­cu­ri­té ; le sla­shé veut être as­su­ré que le bou­lot se­ra bien fait.

Les DRH de­vraient sa­voir qu’une car­rière ne se­ra plus ja­mais toute tra­cée.

(1)

L’idéal pour le sla­sheur est de faire conver­ger ses ta­lents au sein d’un seul et même es­pace.

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