« TOP GEAR FRANCE » L’ÉMIS­SION IM­POS­SIBLE ?

La ver­sion fran­çaise du pro­gramme au­to­mo­bile bri­tan­nique culte dé­barque sur RMC Dé­cou­verte. Dé­cryp­tage d’un mythe té­lé­vi­suel. Et de ses chances de suc­cès.

GQ (France) - - Coulisses - Par Alexandre La­zerges

Ce ma­tin de dé­cembre, le ther­mo­mètre af­fiche 7 °C sur l’aé­ro-club de Brienne-le-châ­teau, à 40 mi­nutes de Troyes, en Cham­pagne. Le club de pa­ra­chu­tisme ré­sident a fer­mé pour l’hi­ver, et cette an­cienne base aé­rienne de l’otan semble désaf­fec­tée. Pour­tant, au bord de la piste d’at­ter­ris­sage, une grande pe­louse sert de ter­rain de foot. En lieu et place des joueurs, huit voi­tures : quatre Opel Adam aux cou­leurs de l’al­le­magne et quatre Nis­san Juke bleu, blanc, rouge re­jouent la de­mi-fi­nale la Coupe du monde 1982 avec un énorme bal­lon. Il ne s’agit pas d’un nou­veau sport pour Qa­ta­ris désoeu­vrés, mais du tour­nage d’une sé­quence de l’émis­sion « Top Gear France », dé­cli­nai­son hexa­go­nale du pro­gramme au­to­mo­bile culte créé en 1977 par la BBC. La ver­sion fran­çaise dif­fu­sée à par­tir du 11 mars sur RMC Dé­cou­verte et très at­ten­due par les fans fran­çais se­ra-telle à la hau­teur de sa ma­trice bri­tan­nique? La par­tie de car foot­ball ap­porte des élé­ments de ré­ponse. Dans un élan, les Opel poussent la balle jus­qu’aux buts fran­çais, mais elle leur échappe. Les Nis­san sai­sissent l’oc­ca­sion. La numéro 1, conduite par l’ani­ma­teur Bruce Jouan­ny, fond sur les cages ger­ma­niques. Grâce à un dé­ra­page contrô­lé, les Opel font de­mi-tour et se re­mettent en dé­fense. Le Tone, l’autre ani­ma­teur et chef de l’équipe ad­verse, tente une ma­noeuvre pour bar­rer le pas­sage à la Nis­san. Mais sur l’herbe hu­mide, la Juke glisse et cogne l’ar­rière de l’opel, bri­sant net un tri­angle de sus­pen­sion. On se pince. Ils font vrai­ment n’im­porte quoi ! Les deux conduc­teurs sortent in­demnes et im­pro­visent une em­brouille de­vant la ca­mé­ra. « Heu­reu­se­ment qu’on porte des casques, parce je me suis co­gné as­sez fort, mais j’ai eu moins de mal que la voi­ture, qui a une roue com­plè­te­ment de tra­vers », ex­plique Le Tone. Ar­rive alors un homme cas­qué, en com­bi­nai­son blanche. À l’aide d’une si­rène de mé­ga­phone, il si­gnale la faute. C’est Le Stig, qui ar­bitre la rencontre. Ce per­son­nage, est le seul

sur RMC Dé­cou­verte, le mer­cre­di à 20 h 45 à par­tir du 18 mars

point com­mun entre les ver­sions bri­tan­nique et fran­çaise pour la bonne rai­son qu’il est… muet. De­puis le bord du ter­rain, le pro­duc­teur Gé­ry Ley­mer­gie, hi­lare, nous dé­crit le concept. « Nous re­pre­nons la trame d’ori­gine, mais en fran­ci­sant l’hu­mour et les si­tua­tions. Le spec­ta­teur suit les aven­tures de trois potes qui se lancent des dé­fis mé­ca­niques un peu idiots : construire des au­tos am­phi­bies ou com­pa­rer des voi­tures culte des an­nées 1980, type Ma­tra Ran­cho, Re­nault Fue­go et BMW Sé­rie 3. Nous réa­li­sons un di­ver­tis­se­ment, contrai­re­ment aux autres émis­sions spé­cia­li­sées comme “Tur­bo” (M6) ou “Au­to­mo­to” (TF1), plus axées in­fo, sans quoi la BBC n’au­rait pas don­né son feu vert. » Il faut rap­pe­ler que « Top Gear UK », in­car­née par Je­re­my Clark­son, est de­ve­nue la ré­fé­rence ab­so­lue de l’en­ter­tain­ment mo­to­ri­sé, avec 350 mil­lions de té­lé­spec­ta­teurs cu­mu­lés dans le monde au gré des re­dif­fu­sions (lire ci-contre). Après les dé­cli­nai­sons amé­ri­caine, aus­tra­lienne, russe et co­réenne, voi­ci donc la fran­çaise. Dix épi­sodes de 52 mi­nutes dif­fu­sés sur RMC Dé­cou­verte, qui pro­gramme dé­jà la ver­sion bri­tan­nique tra­duite et réa­lise, grâce à ce show, ses meilleures au­diences, soit 450 000 spec­ta­teurs en prime time le mer­cre­di. L’ob­jec­tif de « Top Gear France » ? Faire aus­si bien.

Un gros in­ves­tis­se­ment C’est Alain Weill, l’in­sa­tiable PDG du groupe Nextra­dio TV, pro­prié­taire de RMC et BFMTV, qui est à l’ini­tia­tive du pro­jet. Il ex­plique sa dé­marche à GQ : « J’ai dé­cou­vert “Top Gear” sur Dis­co­ve­ry Chan­nel en 2011, et lorsque j’ai ob­te­nu le ca­nal 24 sur la TNT (le 12 dé­cembre 2012) j’ai sou­hai­té dif­fu­ser l’émis­sion tra­duite et pré­pa­rer une ver­sion fran­çaise. C’est un gros in­ves­tis­se­ment, mais ce se­ra notre émis­sion phare, pour an­crer la chaîne au­près d’un pu­blic fa­mi­lial. » Un bel in­ves­tis­se­ment, en ef­fet, qui se chif­fre­rait, d’après nos cal­culs, entre 250 000 et 300 000 € par numéro, ce que l’in­té­res­sé ne dé­ment pas. « Clai­re­ment, Weill a cas­sé sa ti­re­lire, in­dique à GQ un bon connais­seur du mi­lieu. Le bud­get moyen d’un prime time sur une grosse chaîne de la TNT (W9 ou TMC) est d’en­vi­ron 100 000 € et en­core, c’est plu­tôt le bud­get maxi­mum. » Or, pour ras­su­rer les plus in­quiets, ce que nous avons vu à Brien­nele-châ­teau est in­édit pour une émis­sion au­to­mo­bile en France. L’en­semble de la base, trans­for­mée en gi­gan­tesque pla­teau de tour­nage, a été loué pour plu­sieurs mois, un han­gar est dé­dié aux en­re­gis­tre­ments pu­blics et un autre, ré­ser­vé à la pré­pa­ra­tion des vé­hi­cules, comme chez les An­glais, avec leur centre d’es­sai de Duns­fold dans le Sur­rey. Mieux : l’an­cien club­house sert de salle de ré­dac­tion où s’éla­borent pun­chlines as­sas­sines et scé­na­rios far­fe­lus, comme un com­pa­ra­tif entre une As­ton Mar­tin et une Cor­vette, ou une par­tie de golf en Rolls-royce face à un che­val… Bref, les moyens sont dignes d’un pé­plum.

Le tier­cé ga­gnant Mais l’ar­gent ne fait pas tout, en­core faut-il avoir les ta­lents. Jus­te­ment une

FRAN­ÇAIS L’émis­sion a été créée en 1977 par la BBC Two et re­prise en 2002, après une pause d’un an, avec une for­mule en­ri­chie, plus hu­mo­ris­tique, en­tiè­re­ment cen­trée sur Je­re­my Clark­son, épau­lé par Ri­chard Ham­mond et James May. En 2013, le show, dif­fu­sé dans 212 pays et sui­vi par plus de 350 mil­lions spec­ta­teurs entre dans le Guin­ness Book comme le di­ver­tis­se­ment le plus re­gar­dé du monde grâce à son ir­ré­vé­rence, son ex­per­tise et ses ex­cès : ils ont dé­jà cas­sé deux Porsche neuves, mais ont eu du mal à dé­truire un pick-up Toyo­ta. Par­mi les meilleurs mo­ments, on compte l’es­sai de la plus pe­tite voi­ture du monde dans les bu­reaux de la BBC ou une course folle en vé­hi­cules d’aé­ro­port.

Les trois ani­ma­teurs (Bruce Jouan­ny, Phi­lippe Lel­louche et Le Tone) en tour­nage avec une Re­nault Fue­go et une Ma­tra Ran­cho, ces voi­tures culte des an­nées 1980, dites Young­ti­mers.

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