ET DANS SON PROPRE RÔLE (OU PRESQUE)

Un acteur qui joue un per­son­nage proche de ce qu’il est en vrai : c’est un des prin­cipes du « mé­ta­film ». Un pitch pri­sé qui peut s’avé­rer payant. DANS LA PEAU DE JOHN MAL­KO­VICH, de Spike Jonze (1999)

GQ (France) - - Coulisses - Par To­ma Cla­rac

Dans un théâtre new-yor­kais, les der­nières ré­pé­ti­tions d’une pièce ti­rée de l’oeuvre de Ray­mond Car­ver battent leur plein. La mise en scène est si­gnée Rig­gan Thom­son (Mi­chael Kea­ton), acteur quin­qua ja­dis de pre­mier plan qui tente de re­lan­cer sa car­rière par un dé­tour vers Broad­way. Mais entre ses co­mé­diens né­vro­sés et sa fille de 20 ans qui sort de dés­in­tox, rien ne se passe comme pré­vu. Sur­tout que Thom­son lui-même souffre d’un drôle de mal: il en­tend des voix. Et pas n’im­porte les­quelles : celles de Bird­man, le su­per­hé­ros em­plu­mé qui a fait sa lé­gende il y a bien long­temps…

L’acteur pan­tin Plus que le dis­po­si­tif éla­bo­ré, fait d’allers-re­tours in­ces­sants entre la scène et les cou­lisses, c’est le sous­texte trans­pa­rent du nou­veau film d’iñar­ri­tu ( 21 Grammes, Ba­bel) qui consti­tue son in­té­rêt : comme Thom­son, Mi­chael Kea­ton a connu la gloire en in­ter­pré­tant un su­per­hé­ros, puis­qu’il fut en 1989 et 1992 la star des deux Bat­man réa­li­sés par Tim Bur­ton. Un rôle dont il ne s’est ja­mais re­mis. Cette mise en abyme as­sez libre de la vie de l’acteur est un des pro­cé­dés du film « mé­ta » – on qua­li­fie ain­si toute fic­tion qui d’une fa­çon ou d’une autre parle d’elle-même. Une forme par­ti­cu­liè­re­ment pri­sée de­puis la fin des an­nées 1990, no­tam­ment suite au suc­cès de Dans la peau de John Mal­ko­vich de Spike Jonze. L’acteur y in­car­nait une sorte d’au­to­mate dont cha­cun peut prendre le contrôle en pas­sant un mys­té­rieux por­tail. Mal­ko­vich, qui de­ve­nait sous la conduite d’un de ses « pi­lotes » un ma­rion­net­tiste star, se voyait ain­si ren­voyé à sa condi­tion mi­sé­rable de pan­tin mis à dis­po­si­tion de met­teurs en scène. Cet as­pect ma­ni­pu­la­toire est le le­vier per­vers de tout bon film mé­ta. C’est Mi­chael Kea­ton qui fait

BIRD­MAN, d’ale­jan­dro Gonzá­lez Iñárritu, avec Mi­chael Kea­ton, Ed­ward Nor­ton, Zach Ga­li­fia­na­kis, Em­ma Stone et Nao­mi Watts (sor­tie le 25 fé­vrier).

Bird­man pour­rait peut-être va­loir à l’ex-bat­man Mi­chael Kea­ton son pre­mier Os­car, le 22 fé­vrier pro­chain.

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