LE SÉ­RIEUX, NOU­VEAU SEXY Maïa Mazaurette

Col­lec­tion­ner les conquêtes, les plans à trois et les pho­tos dé­di­ca­cées de har­deuses n’est plus de votre âge. Et si se com­por­ter comme un vrai adulte était la nou­velle va­leur sûre du mar­ché du sexe ? Illus­tra­tion : No­ma Bar La sex­perte de GQ passe son te

GQ (France) - - Coulisses -

Vous n’êtes plus un jeune homme. Vous pou­vez certes re­cueillir des demoiselles en fin de soi­rée et vous le­ver le len­de­main d’une cuite, mais à un mo­ment, on vous de­mande d’avoir une sexua­li­té adulte. L’ob­ses­sion pour les plans à trois, la fas­ci­na­tion pour les har­deuses, les ex­pé­riences pseu­do-ex­trêmes, le nombre de conquêtes comme seul mètre éta­lon de la réus­site sexuelle… Ce qui est co­ol à 20 ans ne l’est plus tel­le­ment à 30 et de­vient has been à 40. Quoi, je suis une mé­chante conser­va­trice ? Ce n’est pas moi qui vous ai for­cé à aban­don­ner les pan­ta­lons trop bas, le can­na­bis et les ex­cès de vi­tesse – parce que, pas­sé 25 ans, rien de tout ça n’est co­ol. Vous êtes au­to­ri­sé à conser­ver vos fan­tasmes ju­vé­niles dans la boîte de Pan­dore de votre es­prit ma­lin, les femmes ne sont pas des monstres. Mais vous évi­te­rez de vous en van­ter. Ce si­lence est cru­cial à une époque où la sub­ver­sion se dé­cale – et les or­gies ne nous font plus le­ver un sour­cil. Vous êtes in­fi­dèle ? Se­lon une étude (qué­bé­coise, certes), ce fan­tasme est par­ta­gé par 80 % des hommes. Soumis ? Comme plus de la moi­tié des mâles. Ex­hib ? Les deux tiers. At­ti­ré par le bon­dage? En­core la moi­tié. Pour le dire cruel­le­ment: vous n’êtes pro­ba­ble­ment pas très spé­cial. Pour im­pres­sion­ner la ga­le­rie, il va fal­loir faire mieux que le sexe dans la na­ture (deuxième fan­tasme le plus ré­pan­du) et l’uti­li­sa­tion de sex-toys (un Fran­çais sur deux en pos­sède). Une ma­nière de ti­rer son épingle du jeu, c’est d’en faire moins. Tou­jours moins. À un mo­ment, ne pas avoir réa­li­sé cer­tains fan­tasmes de­vient le gage d’une cer­taine vie in­té­rieure. Vous pas­se­rez pour un es­prit libre – flot­tant au-des­sus de la masse mou­ton­nante. Pour vous don­ner un exemple concret : toutes les femmes rêvent de dé­bau­cher un prêtre. Pour­quoi ? Parce que c’est un chal­lenge bien plus ex­ci­tant que de dé­bau­cher un cou­reur. Fer­mez votre che­mise jus­qu’en haut : on se­ra tel­le­ment ra­vies de la dé­bou­ton­ner nous-mêmes et de boire notre shot de vod­ka au creux de votre cla­vi­cule. Ain­si, si, au cours d’une soi­rée, deux femmes vous pro­posent de cou­cher avec elles, la classe ab­so­lue consiste à dé­cli­ner le trio pour ra­me­ner à la mai­son la plus dé­si­rable des deux. Et dé­brouillez-vous pour qu’on re­marque votre coup d’éclat : ces op­por­tu­ni­tés se pré­sentent aus­si fré­quem­ment qu’une quinte flush.

La dif­fi­cul­té consis­te­ra alors à se li­mi­ter non par en­nui, mais au contraire, par amour du sexe. L’homme bla­sé fi­nit seul. Le gour­mand fi­nit au Mcdo. Le gour­met, lui, at­tire le res­pect et la cu­rio­si­té: s’il ne fait pas n’im­porte quoi, c’est sans doute qu’il le fait bien. Si cet ob­jec­tif vous pa­raît in­ac­ces­sible, vous pou­vez ten­ter de la jouer « crise de la dé­cen­nie » : se­lon le site de ren­contres ex­tra-conju­gales Ash­ley Ma­di­son, les hommes sont plus ten­tés par l’in­fi­dé­li­té lors­qu’ils ont 29, 39, 49 et 59 ans. Mais cette four­be­rie ne trom­pe­ra ni vos amis ni vos amantes. La vé­ri­té, c’est que vous faites une crise d’ado­les­cence sur le tard, et fran­che­ment ? « You’re too old for this. » Gran­dis­sez : il pa­raît que les hommes ma­tures sont sexy.

Ne pas avoir réa­li­sé cer­tains fan­tasmes est le gage d’une vie in­té­rieure.

Si l’on vous pro­pose un trio, ti­rez votre épingle du jeu en re­par­tant seule­ment avec la plus dé­si­rable des deux.

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