Xa­vier Ga­baix

LA FRENCH Touch DE L'ÉCO­NO­MIE LA FRENCH Touch DE L'ÉCO­NO­MIE Xa­vier ga­baix

GQ (France) - - Enquéte -

jour­née d’échanges avec d’autres in­vi­tés de marque, et plus spé­cia­le­ment larry sum­mers. l’an­cien pré­sident de Har­vard, qui fut se­cré­taire au tré­sor sous Clin­ton, est l’une des voix les plus écou­tées aux États-unis sur tout ce qui touche à l’éco­no­mie et à la po­li­tique mo­né­taire. « Cha­cun avait pré­pa­ré ses ar­gu­ments et ex­po­sait son point de vue, ra­conte Fa­rhi. Ce­la peut dé­bou­cher sur des conver­sa­tions in­tenses, sur­tout avec des types comme larry sum­mers. Mais le plus fa­bu­leux, c’est que tu es sur un pied d’éga­li­té et que tu peux lui dire “non, tu te trompes”. il écoute et il contre-ar­gu­mente. Ce­la conti­nue pen­dant le dé­jeu­ner et dure jus­qu’au soir. et quand tu rentres chez toi, tu es épui­sé mais tu sais que tes tra­vaux vont ser­vir à quelque chose. tu ne sais pas s’ils ont re­te­nu tes idées mais au moins tu as l’im­pres­sion d’avoir fait avan­cer la dis­cus­sion au­près de gens qui comptent. »

l’épi­neuse ques­tion fran­çaise tho­mas Phi­lip­pon parle de « pas­se­relles » avec le sec­teur pu­blic beau­coup plus dé­ve­lop­pées que dans l’hexa­gone. elles per­mettent de « pe­ser plus sur les grands dé­bats du mo­ment ». avec un re­gret clai­re­ment ex­pri­mé que le pou­voir po­li­tique en France ne fasse que très peu ap­pel à ces éco­no­mistes, même si ce­la s’amé­liore. Par convic­tion, Phi­lip­pon s’est en­ga­gé dans la cam­pagne de sé­go­lène royal en 2007, avant de conseiller Pierre Mos­co­vi­ci entre mai 2012 et août 2013, alors que ce der­nier était mi­nistre à Ber­cy. « Cer­taines choses ont mar­ché d’autres moins, mais j’ai trou­vé ce­la en­ri­chis­sant, pré­cise-t-il. tous les tra­vaux au ni­veau de l’ue pour sta­bi­li­ser le sys­tème fi­nan­cier ont per­mis d’ar­rê­ter en par­tie l’in­cen­die. Mais plus on se rap­proche des su­jets fran­çais et plus ce­la de­vient com­pli­qué et po­li­tique. C’est très dif­fi­cile de dé­fi­nir un cap. Quand on tente de chan­ger les choses, il y a for­cé­ment des per­dants, et en France, les per­dants s’or­ga­nisent plus vite qu’ailleurs. » sur­tout, tho­mas Phi­lip­pon es­time que de col­la­bo­rer avec le ca­bi­net d’un mi­nistre fran­çais, « c’est tout à fait in­ha­bi­tuel. C’est un peu comme un ov­ni. ici, j’ai de nom­breux col­lègues qui ont tra­vaillé pour Ba­rack oba­ma du­rant la crise. Pen­dant six mois, un an, deux ans. » le re­tour en France est un su­jet épi­neux. Quand on in­ter­roge nos trois com­pères pour sa­voir s’ils au­raient pu avoir la même car­rière dans l’hexa­gone, ils hé­sitent mais ré­pondent que « non, cer­tai­ne­ment pas ». et mettent un point d’hon­neur à sou­li­gner qu’ils n’ont pas per­du le contact avec la France et qu’ils par­ti­cipent à des col­loques. em­ma­nuel Fa­rhi pré­cise qu’il a su faire

en­tendre sa voix quand il le fal­lait sur les dos­siers comme la tva so­ciale ou l’as­su­rance san­té européenne. Mais il a éga­le­ment ce re­gret: « je pré­fé­re­rais être en France. C’est im­por­tant pour un pays d’avoir des ins­ti­tu­tions de re­cherche à un ni­veau mon­dial. le pro­blème c’est qu’il n’y a pas les mêmes condi­tions de tra­vail là-bas, même s’il y a eu beau­coup de pro­grès et que notre for­ma­tion est ex­cel­lente. »

Face à la crise, bou­ger les lignes le pa­ra­doxe est là. la France est ca­pable de pro­duire une gé­né­ra­tion re­mar­quable d’éco­no­mistes qui va en­suite s’épa­nouir à l’étran­ger. Pour Xa­vier Ga­baix, ce dé­bat est un peu dé­pas­sé. il parle d’une éco­no­mie mon­dia­li­sée et es­time « faire par­tie des gens qui à une échelle mo­deste contri­buent à l’image de la France à l’in­ter­na­tio­nal ». l’amé­rique ne s’en plaint pas et sait re­con­naître l’ori­gi­na­li­té des Fren­chies. « les Fran­çais ont une très bonne for­ma­tion en ma­thé­ma­tiques, se fé­li­cite ro­bert whi­te­law, le pré­sident du dé­par­te­ment fi­nance à nyu. Mais sur­tout, ils sont très créa­tifs et n’ont pas peur de re­gar­der les pro­blèmes sous des angles quel­que­fois sur­pre­nants. Gé­né­ra­le­ment, les amé­ri­cains sont plus conser­va­teurs. du coup, nous pro­fi­tons au maxi­mum de cette vo­lon­té de faire bou­ger les lignes ». l’une des ca­rac­té­ris­tiques de cette nou­velle gé­né­ra­tion est, en ef­fet, un prag­ma­tisme af­fir­mé et as­su­mé. au risque de cho­quer, les jeunes éco­no­mistes re­ven­diquent le fait d’avoir un « im­pact ». ils ad­mettent qu’ils sont des « en­fants de la crise de 2008 » et que l’am­pleur de la dé­fla­gra­tion en­clen­chée par les sub­primes leur a per­mis d’ap­pa­raître un peu plus dans la sphère pu­blique. tho­mas Phi­lip­pon s’est fait connaître quand il a pu­blié ses tra­vaux dès 2007, avant le ma­rasme, et dans les­quels il se de­man­dait si le monde de la fi­nance ne pe­sait pas trop sur l’éco­no­mie mon­diale. À Har­vard, em­ma­nuel Fa­rhi se concentre sur la mise en place de po­li­tiques éco­no­miques in­tel­li­gentes dans des en­vi­ron­ne­ments très dif­fi­ciles. « Quand on fait de la ma­cro (une ap­proche pri­vi­lé­giant les grands en­sembles plu­tôt que l’in­di­vi­du, ndlr) comme moi, on a le de­voir de faire quelque chose lorsque tout s’écroule, af­firme-t-il. C’est de­ve­nu une dis­ci­pline avec la Grande dé­pres­sion de 1929 et l’émer­gence des idées key­ne­siennes. Puis, il y a eu les an­nées 1970 avec l’échec de ces mêmes po­li­tiques de re­lance key­ne­siennes et la stag­fla­tion. nous sommes en train de vivre un mo­ment tout aus­si im­por­tant. C’est ca­pi­tal de prendre par­tie dans le dé­bat pu­blic, de voir com­ment on peut ré­gler la crise en eu­rope ». une ana­lyse par­ta­gée par Xa­vier Ga­baix qui a lui une am­bi­tion à plus long terme. le plus in­tel­lo de la bande s’est mis dans la tête de chan­ger tout sim­ple­ment « le coeur de l’éco­no­mie » ou plus pré­ci­sé­ment tous les ma­nuels d’en­sei­gne­ment de la dis­ci­pline. il s’ac­croche à un concept dit de « ra­tio­na­li­té li­mi­tée » qui veut in­tro­duire pour la pre­mière fois la no­tion d’erreur dans l’éco­no­mie. « Ce n’est pas pour le plai­sir de tout ré­écrire, s’ex­cuse-t-il presque. Certes, ce­la ne va pas ser­vir dans des ques­tions im­mé­diates de po­li­tique. Mais ce­la va peut-être per­mettre à l’ho­ri­zon de cinq ou dix ans de mieux an­ti­ci­per les crises, car on par­ti­ra du prin­cipe que les êtres hu­mains sont faillibles et on au­ra les mo­dèles réa­listes pour faire face à ces er­reurs. » dans le lit­tauer Cen­ter d’har­vard, Phi­lippe aghion a l’ha­bi­tude de dis­cu­ter avec em­ma­nuel Fa­rhi, au mi­lieu du bu­reau en­com­bré de ra­quettes de squash et de bal­lons de bas­kets – « le sport, ça per­met de se dé­fou­ler ». Même s’il tient à pré­ci­ser que les jeunes ne vont pas tout ré­gler, « l’an­cien » ad­met vo­lon­tiers que ses suc­ces­seurs sont au centre d’une ré­vo­lu­tion, avec le nou­veau rap­pro­che­ment de la ma­cro-éco­no­mie et de la fi­nance. aghion, qui re­tra­ver­se­ra l’at­lan­tique pour oc­cu­per en juin 2015 une chaire d’éco­no­mie au Col­lège de France, fait un voeu pieux : « C’est bien que les gens partent, mais dans l’idéal, si la France avait vrai­ment des fi­nan­ce­ments pour la re­cherche et se do­tait de sa­laires per­for­mants pour une uni­ver­si­té d’ex­cel­lence, alors peut-être nos pro­diges ren­tre­raient plus tôt et qu’ils im­por­te­raient un peu plus de cette culture amé­ri­caine… »

« Il Faut re­voir nos mo­dèles en sui­vant le Prin­cipe que les hu­mains sont Faillibles. »

• ÂGE 43 ANS • si­tua­tion EN­SEIGNE à LA NEW York UNI­VER­SI­TY • Pu­bli­ca­tion la pro­tec­tion du Consom­ma­teur : Ra­tio­na­li­té li­mi­tée et Ré­gu­la­tion (LA DO­CU­MEN­TA­TION FRAN­ÇAISE, 2012) Prix du meilleur jeune éco­no­miste de France en 2011, il re­met en ques­tion la rat

• ÂGE 42 ANS • si­tua­tion

Près de Fu­ku­shi­ma, à l’heure du bain ja­po­nais (avant le dî­ner), on croise des hommes aux corps tatoués de déesses et de carpes, signes dis­tinc­tifs des ma­fieux ya­ku­zas. Même si la plu­part s’en dé­fendent.

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