Emi­lia Clarke

L’ama­zone éro­gène

GQ (France) - - Portfolio -

J «e n’ai ja­mais rien fait d’ori­gi­nal. Je n’ai pas in­ven­té un style, une ma­nière de pen­ser ou d’écrire. Mais j’ai com­po­sé quelques chan­sons qui ont illu­mi­né la vie d’autres per­sonnes. » As­sis dans un sa­lon co­sy de l’hô­tel Costes à Pa­ris, veste en cuir mar­ron sur les épaules, Noel Gal­la­gher a lais­sé der­rière lui le cli­ché de la rock star nar­cis­sique. L’an­cien lea­der du groupe Oa­sis com­mande quelques ma­kis à faire li­vrer dans sa chambre et une bou­teille d’eau mi­né­rale. Cette nou­velle so­brié­té lui sied bien, lui qui toute sa vie a cher­ché à se li­bé­rer par la mu­sique de tous les car­cans. « J’ai tou­jours eu cette ca­pa­ci­té à avan­cer. Si on de­vait me prendre tout mon ar­gent, ma mai­son, ma gui­tare, cinq ans plus tard, je se­rais en­core là avec un nou­veau disque. C’est qui je suis. » Après avoir été le mo­teur du groupe phare de la Brit­pop, le voi­ci à 47 ans à la tête d’une for­ma­tion plus mo­deste, les High Flying Birds, où s’épa­nouit son goût pour des mé­lo­dies so­phis­ti­quées. Leur deuxième al­bum à pa­raître le 2 mars, Cha­sing Yes­ter­day, na­vigue entre bal­lades adultes, rock en­le­vé et ex­pé­ri­men­ta­tions blues. « Les chan­sons sont très ci­né­ma­to­gra­phiques. L’émo­tion y est plus pré­gnante. » Pour le pre­mier al­bum des High Flying Birds, en 2011, le chan­teur avait fait ap­pel au chef de choeur Da­vid Temple qui in­dique en écho: « Noel a une ap­proche

in­tense. Pour son deuxième al­bum avec les High Flying Birds, Noel Gal­la­gher

en­chaîne les riffs élec­triques et les so­los de saxo­phones. Si une par­tie des dix mor­ceaux au­rait été par­fai­te­ment

à sa place sur un des der­niers al­bums d’oa­sis, d’autres ouvrent de nou­velles voies plus aven­tu­reuses.

Sor­tie le 2 mars qui res­semble à celle d’en­nio Mor­ri­cone. il uti­lise les choeurs pour ap­por­ter plus d’hu­ma­ni­té à ses chan­sons, élar­gir leur spectre. » Sur Cha­sing Yes­ter­day, le poi­gnant « ri­ver­man » et l’odys­sée jazz « The right Stuff » sont la preuve d’une écri­ture en constante évo­lu­tion. « Oa­sis était un groupe de rock et j’ai ado­ré en faire par­tie en tant que gui­ta­riste. Mais dès que je suis par­ti, j’ai eu en­vie d’es­sayer d’autres choses, com­mente Noel Gal­la­gher. De toute fa­çon, je son­ne­rai tou­jours comme Oa­sis parce que j’étais Oa­sis. » Le reste du groupe ap­pré­cie­ra. No­tam­ment son frère Liam qui, en lui je­tant une gui­tare à la tête avant leur set àrock en Seine, pré­ci­pi­ta leur rup­ture en août 2009. en guise d’ex­pli­ca­tion, Noel pointe le fait que « le pu­blic avait per­du toute ex­ci­ta­tion pour la mu­sique du groupe ».

la bande-son d’une époque Pour­tant, si l’on cumule les tops al­bums et singles au royaume-uni entre 1995 et 2005, Oa­sis se­ra res­té pré­sent 765 se­maines. un re­cord. Au to­tal, le groupe ven­dra 70 mil­lions d’al­bums, pla­çant huit titres en tête des charts. « un tube comme “Won­der­wall”, ça existe une fois par dé­cen­nie », lâche Jean-da­niel Beauvallet, ré­dac­teur en chef des In­ro­ckup­tibles. Song­wri­ter dans l’âme, Noel Gal­la­gher prend des airs de mys­tique pop quand il évoque son tra­vail. « Je ne fais que suivre une émo­tion qui m’est souf­flée d’en haut, dé­clare-t-il. La nuit der­nière, j’ai écrit un mor­ceau ex­tra­or­di­naire.

Cha­sing Yes­ter­day

il est des­cen­du du ciel à 6 heures, je l’ai ter­mi­né à 10 heures. À peine ex­ci­té, je sa­vais dé­jà de quoi ça al­lait par­ler. Quand j’en­re­gistre, le ta­bleau est dé­jà peint dans ma tête. » Beauvallet confirme : « Moi, je l’ai vu, il a ce truc na­tu­rel. en trente se­condes, il te fait un re­frain. Ceux qui le fré­quentent disent qu’il ne peut pas s’en empêcher : il a tout le temps une gui­tare entre les mains. » Pour les textes, Noel s’ins­crit aus­si contre cette ten­dance à un rock de plus en plus in­tel­lec­tua­li­sé. «Je passe plus de temps à ré­flé­chir à ce que je vais por­ter en stu­dio qu’au sens de mes chan­sons, lâche-t-il. J’écris ce qui me vient. Mes chan­sons sont là pour éclai­rer quelque chose que les gens portent en eux. Je me fiche bien de sa­voir quel sens avaient mes mor­ceaux pré­fé­rés pour Paul Mccart­ney. » Au mi­lieu des an­nées 1990, Noel Gal­la­gher signe ain­si la par­faite bande-son de l’époque, avec ses hymnes hé­do­nistes em­prunts d’une confiance exacerbée tout en poin­tant la dé­so­la­tion qui me­nace. « Oa­sis avait ce mé­lange de soufre et de pure chan­son pop, se sou­vient Beauvallet. C’est ce mo­ment où l’an­gle­terre ex­prime de nou­veau sa fier­té. Après des an­nées de pou­voir conser­va­teur, il y a un be­soin de chan­ge­ment. il se passe alors plein de choses comme, en art, l’émer­gence des young Bri­tish Ar­tists (Da­mien Hirst, les frères Chap­man, ndlr). »

ni « lad » ni di­va Dé­cla­ra­tions fra­cas­santes et singles ra­va­geurs: Noel ne manque pas d’aplomb pour s’échap­per de la gri­saille de Bur­nage, dans la ban­lieue de Man­ches­ter, où il se dé­bat­tait entre un père violent fi­na­le­ment re­nié, un dés­in­té­rêt pro­fond pour l’école, quelques jobs ali­men­taires et de la pe­tite dé­lin­quance. Ce mal­gré une ten­sion ex­plo­sive avec son frère Liam, cau­sant l’ar­rêt de deux tour­nées amé­ri­caines. « Oa­sis était un de ces très bons groupes dont l’élé­ment le plus im­por­tant n’était pas la mu­sique. elle n’était qu’un vé­hi­cule pour le reste : les per­son­na­li­tés, l’at­ti­tude, les concerts, la réac­tion du pu­blic, lâche Noel Gal­la­gher. C’était comme une ex­pé­rience re­li­gieuse. » Alan Mc­gee, qui le pre­mier les re­pé­ra et les si­gna sur son la­bel Creation en 1993, ne ta­rit pas d’éloge sur le song­wri­ter: « On ve­nait du même mi­lieu. Pour nous, c’était une in­croyable réus­site d’ar­ri­ver là, confie-t-il à GQ. il n’y avait au­cune pos­ture chez Oa­sis. ils étaient na­tu­rels. C’était un groupe de grands en­fants. » en An­gle­terre, cette as­cen­sion ac­com­pagne l’émer­gence de la culture « lad ». « Oa­sis a don­né une lé­gi­ti­mi­té à ces jeunes pro­los qui avaient be­soin d’un éten­dard. Le groupe a in­fluen­cé le style des gens, la fa­çon de par­ler, de se te­nir. À Man­ches­ter, je vois en­core dans la rue des mecs de 35-40 ans, qui marchent comme les Gal­la­gher », s’amuse JD Beauvallet. Sym­bole de cette jeu­nesse qui ne jure que par le foot, le rock et les sor­ties au pub, Noel ne se laisse pas en­fer­mer dans un cli­ché. « À l’op­po­sé de l’image du lad, c’est un vrai bos­seur qui sait où il va. C’est quel­qu’un de très in­tel­li­gent et de cha­ris­ma­tique », in­dique Lu­cian ran­dall qui a consa­cré une bio­gra­phie au chan­teur (éd. John Blake Pu­bli­shing). « Qui­conque l’a ren­con­tré vous di­ra que Noel est quel­qu’un qui a gar­dé les pieds sur terre, té­moigne le réa­li­sa­teur Mike Bruce, qui a si­gné plu­sieurs clips pour les High Flying Birds. il n’a au­cun ego dans le tra­vail. il n’a rien d’une di­va hol­ly­woo­dienne. » Pour l’in­gé­nieur du son Paul Sta­cey, qui col­la­bore avec lui de­puis la fin des an­nées 1990, son as­su­rance n’est pas ar­ro­gance. il ra­conte : « Quand Noel for­mait son nou­veau groupe, il as­su­rait un soir à rod Ste­wart qu’il at­ti­re­rait de meilleurs mu­si­ciens. Tout à coup, le té­lé­phone de Noel sonne et un bat­teur de ses­sion re­con­nu lui laisse un mes­sage di­sant qu’il n’était pas dis­po­nible. rod Ste­wart était écrou­lé de rire. Noel en riait aus­si. » Tous sou­lignent chez lui cet in­croyable sens de la ré­par­tie. « il est très fort dans l’éco­no­mie et la puis­sance du mes­sage. C’est Twit­ter avant l’heure, com­mente JD Beauvallet. C’est très man­cu­nien. Là-bas, si tu n’es pas ca­pable de ren­voyer une vanne, t’es mort. » Ain­si, au cours de notre en­tre­tien, Noel Gal­la­gher au­ra cette pique cruelle sur le groupe de son frère sé­pa­ré à l’au­tomne : « Sans vou­loir vi­ser per­sonne, Bea­dy eye avait la plus grosse am­bi­tion du monde, mais pas les re­frains. » Cette ir­ré­vé­rence, Noel Gal­la­gher en a fait un leit­mo­tiv : « en tant que star, on est constam­ment pla­cé dans des si­tua­tions ri­di­cules. Com­ment prendre tout ça au sé­rieux? Tant que j’ar­rive à res­ter moi-même, j’adore cette fo­lie. Je me suis fait of­frir une rolls-royce cou­leur cho­co­lat alors que je ne conduis pas, ça ne m’em­pêche pas de prendre le mé­tro. » un oeil sur l’ave­nir plu­tôt qu’oc­cu­pé à chas­ser le pas­sé, Noel ne compte pas re­for­mer Oa­sis d’ici à 2020. « On ver­ra à ce mo­ment-là à qui il reste des che­veux», s’amuse-t-il. et quand on lui de­mande ce qui donne de l’es­poir dans l’an­gle­terre au­jourd’hui, l’an­cien sou­tien de To­ny Blair ne ré­pond pas la po­li­tique mais «la jeune gé­né­ra­tion ». « Ma fille de 15 ans est la per­sonne la plus co­ol que je connaisse, lâche-t-il. Je pense que cette gé­né­ra­tion n’au­ra pas la même fas­ci­na­tion un peu idiote pour les nou­velles tech­no­lo­gies. une fois qu’apple et les autres au­ront me­né le monde à sa ruine, il leur res­te­ra à bâ­tir un monde plus hu­main. À ré­ta­blir un peu de ma­gie. imaginez ces qua­dra­gé­naires dans leur bu­reau en Ca­li­for­nie se de­man­dant si ce ne se­rait pas co­ol si tout nous ar­ri­vait sans bou­ger », se dé­sole-t-il. Son cre­do : avan­cer. en­core et tou­jours.

Th­rones, genisys robe ar­ma­ni game of ter­mi­na­tor

Fe­li­ci­ty mis­sion : im­pos­sible 3 the ame­ri­cans. gq. La pla­nète des singes : l’af­fron­te­ment (2014). Sai­son 3, ac­tuel­le­ment sur Fx Man­teau Bur­ber­ry lon­don lin­ge­rie et BAS agent Pro­vo­ca­teur es­car­pins Ch­ris­tian lou­bou­tin

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