« L’équipe de True De­tec­tive vou­lait ce chêne, pré­ci­sé­ment. ils ont ins­tal­lé tout un tas de trucs dans l’arbre. » Ga­ry, de la plan­ta­tion Oak al­ley

GQ (France) - - Plaisirs -

La cui­sine lo­cale com­porte quelques autres in­con­tour­nables, is­sus des cultures ca­jun et créole, comme le jam­ba­laya (sorte de paël­la épi­cée au crabe ou à la cre­vette), le gum­bo (soupe épi­cée, à base d’okra, un condi­ment ve­nu d’afrique avec les es­claves) ou le po-boy, un sand­wich far­ci d’huître, de sau­cisse ou de pois­son-chat. Mieux vaut avoir de l’ap­pé­tit.

co­onass pride Toutes ces aven­tures nous ont jus­te­ment don­né soif. Alors que la fin d’après-mi­di s’ins­talle, nous fai­sons route vers Bayou Gauche, pe­tite ville de pê­cheurs de 2 000 ha­bi­tants. C’est là que se trouve le Fi­sher­man’s Wharf, vieux rade de­ve­nu lieu de pèlerinage. Dans la sé­rie, Mar­ty et Rust s’y re­trouvent après une rude

jour­née de bou­lot. Le long d’un pe­tit ca­nal, de­vieux ra­fiots amar­rés, un hou­se­boat aban­don­né, qui conserve mal­gré tout son pe­tit ro­cking-chair. Sur un pon­ton, l’ins­crip­tion « bai­gnade in­ter­dite ». Il fait en­core tiède, le ciel de­vient orange, avant de se zé­brer de rose. Sur sa ter­rasse, Mi­chael nous in­ter­pelle: « D’ici, j’ai la meilleure vue de toute la Loui­siane! » Ce pê­cheur de 62 ans vit de­puis tou­jours à Bayou Gauche. Sa mai­son sur pi­lo­tis de près de 5 mètres est conçue, comme toutes celles du coin, pour ré­sis­ter aux crues du fleuve, très fré­quentes. Ca­siers à crabes, évier dé­fon­cé, sta­tue de la Vierge et dé­bris di­vers s’amon­cellent sous l’étroit es­ca­lier de planches. Comme beau­coup ici, Mi­chael vit de peu, car les cre­vettes et les huîtres se font plus rares que par le pas­sé. Mais il ché­rit sa li­ber­té et ne s’ima­gi­ne­rait pas ailleurs. « Ici, on est tous cou­sins. La mai­son d’à cô­té c’est celle de ma belle-soeur. » Sur les boîtes aux lettres re­viennent en ef­fet les mêmes pa­tro­nymes à conso­nance fran­çaise : Hé­bert, Le­boeuf, Ver­din. Des blagues lo­cales mettent d’ailleurs en scène deux per­son­nages ré­cur­rents to­ta­le­ment idiots, Bou­dreaux et Thi­bo­deaux, soient les Ca­juns de base. « On est tous des des­cen­dants d’aca­diens. Mais moi, je ne parle plus fran­çais, j’ai ou­blié. » Au XVIIIE siècle, l’aca­die (ce qui est au­jourd’hui en par­tie la Nou­velle-écosse au Ca­na­da) passe sous do­mi­na­tion bri­tan­nique : les fran­co­phones sont chas­sés et émigrent. Beau­coup échouent en Loui­siane. Ils de­viennent alors les Ca­juns, ces Blancs pauvres qui se mê­le­ront aux Noirs et aux In­diens. Mé­pri­sés par les Créoles (des­cen­dants di­rects des pre­miers émi­grés ve­nus de France), les Ca­juns cultivent une vraie fier­té pour leur culture fran­co­phone, pour­tant en per­di­tion. Au­jourd’hui, il n’est pas rare de voir sur des voi­tures des au­to­col­lants af­fi­chant « co­onass pride ». Co­onass, dé­ri­vant de « ra­coon ass » (cul de ra­ton-la­veur), une in­sulte de­ve­nue sym­bole de la culture ca­jun.

Ga­tor et moon­shine Au cou­cher du so­leil, des nuées de mous­tiques noirs dé­vorent la moindre par­celle de peau nue. Nous nous en­gouf­frons dans le Fi­sher­man’s Wharf. Dans une at­mo­sphère étouf­fante de ta­bac (la Loui­siane reste un

Une mai­son qu’on croi­rait han­tée. Sur les arbres, de la mousse es­pa­gnole, plante ca­rac­té­ris­tique de la ré­gion.

Mi­chael, 62 ans, et son chien. Il ha­bite à Bayou Gauche, ville d’à peine 1 770 âmes. Outre l’in­dus­trie pé­tro­lière, c’est la pêche qui nour­rit l’éco­no­mie lo­cale. L’eau sa­lée qui re­monte du golfe du Mexique at­taque les ra­cines des arbres.

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