Mi­chael, ha­bi­tant de bayou Gauche

GQ (France) - - Plaisirs -

des seuls États à to­lé­rer la ci­ga­rette dans les bars), une de­mi-dou­zaine de clients si­rotent des bières, en si­lence. Dans un coin, un juke-box égrène des stan­dards coun­try. Dans un autre, des mâ­choires d’al­li­ga­tor en guise de tro­phées. La pro­prié­taire du bar, une im­po­sante blonde du nom de Rae­lynn nous sert une Abi­ta, la bière bras­sée dans le nord de l’état. Har­rel­son et Mc­co­nau­ghey, elle les a vus pen­dant le tour­nage. Toute une se­maine. « Il fai­sait une chaleur de bête, et ils de­vaient por­ter des blou­sons. Le pauvre Matt suait à grosses gouttes. » Wen­dy, 85 ans, dont la fa­mille est ori­gi­naire de Lor­raine, nous montre la pho­to d’un al­li­ga­tor qu’elle a chas­sé elle-même il y a quelques an­nées. « On l’a bouf­fé le sa­li­gaud! L’al­li­ga­tor, ça se cui­sine comme le boeuf, on le fait frire ou on le mange en bro­chettes. » La bête semble faire au moins 5mètres de long. Rae­lynn sort sa col­lec­tion de dents d’al­li­ga­tor, ran­gée dans une boîte en fer. Cer­taines font près de 10 cm. « La bonne sai­son, c’est sep­tembre, parce qu’après il fait trop froid et le ga­tor se cache, son sang se fige, il tourne au ra­len­ti. Pour pou­voir chas­ser l’al­li­ga­tor, il faut avoir un per­mis. Et pour ça, il faut pos­sé­der 50 acres de terre. » Quand on s’étonne que la vieille Wen­dy soit une pro de la chasse, elle se ren­gorge et nous parle de son flingue, qu’elle garde tou­jours dans son sac à main. «Ici, il faut se pro­té­ger. » Se pro­té­ger de quoi, de­mande-t-on ? « Des jeunes Noirs », ré­pond Wen­dy sans sour­ciller. Ré­flexion faite, on n’en a vu au­cun à Bayou Gauche, ville à ma­jo­ri­té blanche. La soi­rée s’achève en par­tie de flé­chettes en­dia­blée et dis­cus­sion en­fu­mée sur le moon­shine (al­cool de contre­bande) qu’un des pi­liers de bar tient à nous faire goû­ter.

Le vieux sage du bayou Le len­de­main, alors que nos pi­qûres de mous­tique nous ont fait nous grat­ter jus­qu’au sang, nous pous­sons vers le sud, tou­jours au plus pro­fond des bayous. Ici, les pi­lo­tis sous les mai­sons s’al­longent en­core. Les pay­sages, suc­ces­sion de longues herbes et d’arbres à l’al­lure spec­trale, sont ma­gni­fiques. C’est la ré­gion de Pointe-aux-chênes, sur la pa­roisse de Ter­re­bonne (en Loui­siane, hé­ri­tage du dé­cou­page ad­mi­nis­tra­tif fran­çais, il n’y a pas de «com­té »). Nous sommes en ter­ri­toire in­dien, ce­lui des tri­bus Hou­ma et­bi­loxiC­hi­ti­ma­cha. Les lo­caux nous l’as­surent, pour mieux com­prendre l’es­prit du bayou, nous de­vons ren­con­trer Al­bert Na­quin. À 68 ans, il est le chef des Bi­loxiC­hi­ti­ma­cha, comme son père et son grand-père avant lui. C’est une mon­tagne au large sou­rire et aux bi­ceps gra­vés de ta­touages. Ca­tho­lique, il ar­bore une im­po­sante croix au­tour du cou. Après une car­rière dans l’in­dus­trie pé­tro­lière, « White Buf­fa­lo » se charge à plein temps des af­faires de sa tri­bu de quelques cen­taines de membres. À l’ori­gine, le ter­ri­toire de son peuple s’éten­dait à l’ouest du Mis­sis­sip­pi, mais les Blancs

À 68 ans, Al­bert Na­quin est le chef de la tri­bu Biloxi-chi­ti­ma­cha. Il ha­bite sur l’isle de Jean Charles, une pres­qu’île en voie de dis­pa­ri­tion qui sert de dé­cor au film Les Bêtes du Sud sau­vage (2012).

Une pou­pée de bran­chages ins­pi­rée du culte vau­dou, telle qu’on en voit dans True De­tec­tive. Le Fort Ma­comb, construction mi­li­taire en ruines, a ser­vi de dé­cor à la scène fi­nale de la sé­rie. Brrrr !

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