RYAN GOS­LING à TOUTE AL­LURE !

APRÈS DRIVE, SON NOU­VEAU VI­RAGE À HOL­LY­WOOD

GQ (France) - - La Une - To­ma Cla­rac art strei­ber

Cannes, 20 mai 2014, une heure du ma­tin. Ryan Gos­ling doit as­sis­ter à des tests au Pa­lais des fes­ti­vals avant la pro­jec­tion en sé­lec­tion of­fi­cielle le len­de­main de Lost Ri­ver, son pre­mier film en tant que réa­li­sa­teur. Les es­sais ont été re­tar­dés à la suite d’un in­ci­dent tech­nique. L’acteur re­monte à pied la Croi­sette, en­core très ani­mée à cette heure tar­dive, pas vrai­ment pré­oc­cu­pé par l’idée de dé­clen­cher une émeute s’il ve­nait à être re­con­nu. Car de­puis son ex­plo­sion dans Drive, de Ni­co­las Win­ding Refn en 2011, les rares apparitions de la star sus­citent l’hys­té­rie. Son ab­sence pour la pré­sen­ta­tion d’on­ly God For­gives, en pleine Gos­ling­ma­nia, en 2013, avait été l’évé­ne­ment le plus com­men­té de la quin­zaine avec les scènes d’amour brû­lantes de La Vie d’adèle. Dans un festival où les stars amé­ri­caines cir­culent dans des voi­tures aux vitres fu­mées, la sor­tie noc­turne de Gos­ling dit quelque chose du pro­fil sin­gu­lier de l’acteur et de son rap­port par­ti­cu­lier avec le star-sys­tem, ce code ex­clu­sif qu’il maî­trise sur le bout des doigts. Le len­de­main, sur les marches, il fe­ra le job, en dé­pit de la ten­sion in­hé­rente à une pre­mière pré­sen­ta­tion can­noise, comme il nous le confie­ra par la suite. Jouer à la star fait par­tie de son tra­vail et Gos­ling s’y prête par pro­fes­sion­na­lisme, tout en avouant à GQ : « À vrai dire, je me fous un peu de mon ap­pa­rence. » D’après le site The Wrap, l’acteur au­rait même dé­cli­né à plu­sieurs re­prises le titre de « Sexiest Man Alive » at­tri­bué par le ma­ga­zine People.

Une sil­houette im­ma­cu­lée Quand on le re­trouve deux jours plus tard sur la ter­rasse du Mar­riott, Gos­ling a un peu de re­tard, mais pas trop. Juste le temps de nous prendre de court quand il se présente, vê­tu d’un smo­king noir et d’une che­mise blanche au col bou­ton­né, comme

s’il se ren­dait à une soi­rée de ga­la – il est 15 h 30. Nous por­tons notre der­nier T-shirt propre et un hoo­die in­forme pour pré­ve­nir la pluie. Ryan Gos­ling n’en a pas be­soin. Il passe entre les gouttes. On loue son al­lure, mal­adroi­te­ment : « C’est fa­cile quand on est acteur, les marques vous filent des vê­te­ments », ré­pond-il. La voix est po­sée, franche, mais aus­si dis­tante. Dé­con­cer­tante en fait. Il faut un cer­tain temps pour y dé­ce­ler un ton res­pec­tueux et sobre, qui ne sur­joue ja­mais la proxi­mi­té en­jouée de la star en pro­mo, pas plus qu’elle ne lui donne des airs de di­va. Mais un ton si maî­tri­sé qu’il vous écrase. Comme sa sil­houette im­ma­cu­lée, sur­face lisse sur la­quelle on glisse in­va­ria­ble­ment quand on cherche à la per­cer. Une al­lure per­pé­tuel­le­ment co­ol qui se­rait la consé­quence d’un pro­fes­sion­na­lisme exa­cer­bé, fruit d’une car­rière com­men­cée à l’âge de 8 ans, et dé­jà longue d’un quart de siècle.

« sexy mo­ther­fu­cker » Cet état de ser­vice, beau­coup l’ignorent, tant le nom de l’acteur est dé­sor­mais as­so­cié à Drive, qui en a fait une star in­ter­na­tio­nale (1,5 mil­lion d’en­trées en France). Peu de films peuvent re­ven­di­quer l’im­pact li­fe­style de ce car mo­vie au ra­len­ti, dont les ac­ces­soires, à com­men­cer par le blou­son en sa­tin frap­pé d’un énorme scor­pion do­ré, sont de­ve­nus des fé­tiches. Et l’ef­fet est du­rable. Trois ans après sa sor­tie, Drive conti­nue d’ir­ri­guer la pop culture mon­diale. Il n’y a qu’à voir le clip du mor­ceau « OKLM » de

Boo­ba, où le rap­peur du 9-2 re­joue les scènes du film comme une grou­pie imite les poses de son idole. Des at­ti­tudes ins­pi­rées de grands hé­ros tai­seux et so­li­taires du ci­né­ma amé­ri­cain – Clint East­wood et Steve Mcqueen en tête – sty­li­sées jus­qu’à l’épure. Ce que le réa­li­sa­teur Ni­co­las Win­ding Refn tra­duit à sa fa­çon, dans l’in­ter­view un tan­ti­net ré­gres­sive qu’il nous a ac­cor­dée par mail : « Ryan is a sexy mo­ther­fu­cker. » Quand on de­mande au met­teur en scène da­nois ce qui l’a ame­né à tra­vailler avec Gos­ling, il ré­ci­dive : « On est tom­bés amou­reux. Un coup de foudre ac­com­pa­gné d’une puis­sante al­chi­mie sexuelle. » Hu­mour scan­di­nave… Sur cette collaboration qui a tant fait pour la car­rière des deux in­té­res­sés, mal­gré le pro­fil plus ra­di­cal d’on­ly God For­gives, film de bas­ton abs­trait en­glué dans les bas-fonds de Bang­kok, Gos­ling ne se montre pas beau­coup plus pro­lixe, se conten­tant d’en men­tion­ner la réus­site. Fâ­che­rie passagère, amour vache ? Dif­fi­cile à dire tant leur en­tente s’est construite sur des non-dits : « Drive et On­ly God For­gives sont des films muets parce que nous ai­mons tous les deux le si­lence. Ryan est mon al­ter ego, notre com­mu­ni­ca­tion est une af­faire de té­lé­pa­thie », ex­plique un Refn ma­li­cieux, ali­men­tant le mys­tère au­tour du phé­no­mène qu’il a contri­bué à bâ­tir. Du­rant toute l’in­ter­view, Ryan Gos­ling nous re­gar­de­ra avec l’as­su­rance tran­quille de ce­lui qui sait qu’on ne ver­ra ja­mais clair dans son jeu. Pour ten­ter de cer­ner le per­son­nage, sans

« Toutes ces créa­tions sur In­ter­net re­pre­nant

mon image n’ont au­cun rap­port avec moi. Le web est un champ de mines. Je n’y vais ja­mais. »

doute faut-il re­mon­ter plus loin dans sa car­rière. Gos­ling a 12 ans et une cer­taine ex­pé­rience dans le show­biz quand il in­tègre en 1993 le « Mi­ckey Mouse Club », émis­sion de di­ver­tis­se­ment dont il se­ra – aux cô­tés de Jus­tin Tim­ber­lake, Brit­ney Spears ou Ch­ris­ti­na Agui­le­ra – un vi­sage fa­mi­lier pen­dant deux ans : « Aux États-unis, il n’y a pas tant d’en­droits que ça où on peut tra­vailler quand on est en­fant. Dis­ney est l’un d’entre eux », confie l’acteur ca­na­dien, comme si le choix s’était fait par dé­faut.

Dou­dou 2.0 De ses an­nées « mou­se­ke­teer », Gos­ling ne garde, à l’image de ses ca­ma­rades de pro­mo, que des bons sou­ve­nirs : « Je ne tra­vaillais pas à l’usine, hein ! Et puis la té­lé­vi­sion est un ex­cellent moyen de com­men­cer sa car­rière pour un acteur. Il y a un réa­li­sa­teur dif­fé­rent à chaque émis­sion ou presque. Ce qui per­met de s’ha­bi­tuer à tous les styles. » Oreilles dé­col­lées sou­li­gnées par un bru­shing d’éco­lier mor­mon (re­li­gion que sa fa­mille a briè­ve­ment em­bras­sée dans son en­fance), le jeune Ryan a les dents longues, mais son heure n’est pas en­core ve­nue. Et ce n’est pas Her­cule contre Arès (1998-99), sé­rie sur la jeu­nesse du hé­ros in­vin­cible de la my­tho­lo­gie grecque qui va chan­ger la donne. L’acteur y pro­mène un look dont la lai­deur ré­siste à la des­crip­tion. La mue s’opère en­suite très vite avec une sé­rie de films in­dé­pen­dants et de rôles bor­der­line qui le voient imposer sa non­cha­lance sty­lée et son sex-ap­peal lé­gen­daire. À 20 ans, il sé­duit Sandra Bul­lock, de seize ans son aî­née, sur le tour­nage de Cal­culs meur­triers de Bar­bet Schroe­der (2002). Alors que son pu­blic fé­mi­nin est de plus en plus nom­breux (ex­plo­sion en 2004, avec le mé­lo N’ou­blie ja­mais), Ryan tra­vaille à sa cré­di­bi­li­té : néo­na­zi ju­vé­nile dans Dan­ny Balint (2001), ado meur­trier dans The Uni­ted States of Le­land (2003), prof toxi­co­mane dans Half Nel­son (2007). Cette der­nière per­for­mance re­mar­quée lui vaut une no­mi­na­tion à l’os­car du meilleur acteur. La fu­sée Gos­ling est lan­cée. Avec la sor­tie en 2009 de l’al­bum de son groupe Dead Man’s Bones, disque d’in­die folk très bien per­çu par la presse spé­cia­li­sée, il conso­lide son image de star al­ter­na­tive – voire de pre­mier acteur hips­ter. Mais si Ryan est un tel phé­no­mène au­jourd’hui, il ne le doit pas qu’à sa car­rière sur grand écran. In­ter­net a fait de la star un dou­dou di­gi­tal. À tra­vers des tum­blr (comme Fu­ckyeah­ryan­gos­ling), l’acteur est de­ve­nu un mème, une sorte de Lol­cat hu­main qui se prête à tous les dé­tour­ne­ments et tous les fan­tasmes avant d’être re­pro­duit à l’in­fi­ni. L’amé­ri­caine Da­nielle Hen­der­son pousse la ten­dance jus­qu’à l’ab­surde avec son blog Fe­mi­nist Ryan Gos­ling en su­per­po­sant des ci­ta­tions ex­traites de ses tra­vaux en gen­der stu­dies sur des pho­tos de Ryan (avant d’en faire un livre en 2012). Le Ca­na­dien de­vient mal­gré lui un sex-sym­bol fé­mi­niste d’un nou­veau genre. « Ce sont des créa­tions qui n’ont rien à voir avec moi. Pour la plus grande par­tie de ma vie, j’ai connu deux réa­li­tés. Celle des mé­dias et celle de ma vie pri­vée. In­ter­net rend le tout en­core plus bi­zarre », com­mente Gos­ling. Quand on lui de­mande s’il n’y contri­bue pas lui-même en ar­bo­rant au prin­temps der­nier un T-shirt à l’ef­fi­gie de Ma­cau­lay Cul­kin, acteur pré­coce comme lui, qui ne s’est ja­mais re­mis du suc­cès de Ma­man, j’ai ra­té l’avion, il nous re­cadre aus­si­tôt : « Il n’y a au­cun mes­sage là-de­dans. J’étais en train de faire le plein et je n’étais pas cen­sé être pho­to­gra­phié. » Et l’acteur de conclure, aga­cé : « Le web est un champ de mines, je n’y vais ja­mais. » Trop content de l’at­ten­tion, Cul­kin ré­pon­dra en im­pri­mant un T-shirt avec la pho­to de Gos­ling por­tant le T-shirt Cul­kin. Et le web de s’em­pa­rer de l’af­faire, à coups de fakes et de mèmes, qui sont au­tant d’ava­tars nu­mé­riques de l’acteur. Des stars ac­tuelles, Ryan Gos­ling est cer­tai­ne­ment celle sur la­quelle les spec­ta­teurs pro­jettent le plus leur sub­jec­ti­vi­té, comme s’il était vrai­ment ce mi­roir dont cha­cun est libre de ma­ni­pu­ler le re­flet. Idole gir­ly au pro­fil de gendre idéal pour cer­tains, il est un pro­to­type de vi­ri­li­té contem­po­raine pour d’autres de­puis ses rôles de ba­dass tai­seux dans les films de Win­ding Refn. C’est le genre de mec qui sort de nulle part pour sé­pa­rer deux types dans une ba­garre en plein Man­hat­tan avec un par­fait dé­ta­che­ment (la vi­déo est vi­sible en ligne, na­tu­rel­le­ment). Le genre de mec ja­mais pris en dé­faut. L’an­ti-di­ca­prio en somme. Ce der­nier ap­pa­raît par­fois bouf­fi et né­gli­gé sur des pho­tos vo­lées, quand Gos­ling est tou­jours im­pec­cable. « Je ne fais pas de la gym tous les jours, mais un acteur doit pou­voir s’adap­ter phy­si­que­ment à un rôle. Ma vie est condi­tion­née par mon tra­vail », ex­plique ce­lui qui ne fume pas et dit boire oc­ca­sion­nel­le­ment. Une hy­giène de vie stricte qu’il a tout de même tour­née en dé­ri­sion dans Cra­zy, Stu­pid, Love (2011), seule co­mé­die à ce jour d’une fil­mo­gra­phie as­sez sombre.

Le royaume de l’en­fance Son pas­sage der­rière la ca­mé­ra pour Lost Ri­ver, né de nom­breux sé­jours so­li­taires à De­troit où il se pro­me­nait seul la nuit, sai­si par des vi­sions d’apo­ca­lypse, n’ar­range d’ailleurs rien à l’af­faire : « Je voyais des fa­milles dans des rues vides sans éclai­rage, se sou­vient Gos­ling. Il y avait des mai­sons en ruines, des restes d’in­cen­die. Mais ces fa­milles es­sayaient de

« Drive et On­ly God For­gives sont des films muets parce que nous ai­mons tous les deux le si­lence. »

le réa­li­sa­teur ni­co­las Win­ding Refn

vivre nor­ma­le­ment dans cet en­vi­ron­ne­ment dé­so­lé. » Ces ins­tan­ta­nés ont nour­ri l’ima­ge­rie de Lost Ri­ver, conte Sou­thern Go­thic éga­ré dans la ré­gion des Grands Lacs, non loin du Ca­na­da et de Lon­don (On­ta­rio), ville sans charme dont est ori­gi­naire l’acteur. Récit ini­tia­tique et film de fa­mille à mi-che­min entre Les Goo­nies, Mad Max et Da­vid Lynch, Lost Ri­ver est pé­tri de ré­fé­rences dans les­quelles on est libre de voir tous les tra­vers d’un film de fin d’études aus­si bien qu’un grand geste ba­roque. Gos­ling a sa propre idée : « Il est im­pos­sible de s’affranchir to­ta­le­ment des ré­fé­rences, mais les vraies in­fluences sont les ques­tions concrètes qui se posent quand on fait un film : à com­bien s’élève le bud­get ? Com­bien de temps a-t-on pour tour­ner ? Le cli­mat, les ac­teurs… Dans Lost Ri­ver, par exemple, le ga­min qu’on avait cas­té se sau­vait à chaque fois qu’il voyait la ca­mé­ra. Il nous ar­ri­vait de nous ca­cher dans les buis­sons pour le fil­mer, comme si on était à l’af­fût d’un oi­seau pour un do­cu de Na­tio­nal Geo­gra­phic… Il faut sa­voir s’adap­ter. Quand on a fil­mé dans la sta­tion-ser­vice, une vieille dame pas­sait ache­ter des chips et elle se re­trouve dans le film. Sou­dain, la scène prend vie. Les in­fluences sont des ac­ci­dents. » Voi­là que l’acteur aux ré­pliques si concises frôle le mo­no­logue ! Gos­ling dé­voile un peu plus de lui-même en abor­dant l’en­fance, le royaume en­glou­ti de Lost Ri­ver : « Ma mère était cé­li­ba­taire. Avec ma soeur aî­née, on voyait peu mon père. Je trouve qu’il y a une dy­na­mique in­té­res­sante dans une mai­son où il n’y a pas d’homme et où l’en­fant fi­nit par oc­cu­per sa place. Je vou­lais ex­plo­rer les rap­ports et les éner­gies qui se créent dans ce contexte par­ti­cu­lier. »

La force de l’ex­pé­rience L’ab­sence du père dans un foyer mo­deste pour­rait ex­pli­quer la tra­jec­toire du môme qui de­mande à tra­vailler à l’âge de 8 ans, parce qu’il doit gran­dir plus vite. Mais c’est tout ce que nous di­ra Gos­ling de sa vie pri­vée, qu’il pro­tège soi­gneu­se­ment. Tout juste sait-on qu’il a eu à l’au­tomne une fille pré­nom­mée Es­me­ral­da (d’après Notre-dame de Pa­ris d’hu­go –

tou­jours ce goût pour le go­thique) avec la somp­tueuse ac­trice Eva Mendes, et qu’il est plu­tôt por­té sur des plai­sirs simples – vi­nyles, films d’au­teur et deux­roues. Re­da Ka­teb, que Gos­ling avait re­mar­qué dans Un Pro­phète (2009) de Jacques Audiard et dans Ze­ro Dark Thir­ty (2013) de Ka­thryn Bi­ge­low et qui joue un chauf­feur de taxi dans Lost Ri­ver, vante la mo­des­tie de son met­teur en scène : « Sur le pla­teau, Ryan était tou­jours dis­po­nible et ou­vert aux pro­po­si­tions. Il m’ar­ri­vait d’ailleurs de grif­fon­ner un truc sur un bout de pa­pier pour lui sug­gé­rer une idée. » Ka­teb se sou­vient aus­si de l’hu­meur lé­gère qui ré­gnait sur le tour­nage, de « vi­rées im­pro­vi­sées en équipe ré­duite dans De­troit » et de la « joie com­mu­ni­ca­tive » de Gos­ling. Après des pre­mières pro­jec­tions mi­ti­gées à Cannes et une dis­tri­bu­tion li­mi­tée aux États-unis (quelques salles à New York et Los An­geles + VOD), la sor­tie de Lost Ri­ver pour­rait re­froi­dir ses ar­deurs, même si le film ne manque pas de dé­fen­seurs. Thier­ry Fré­maux, tout-puis­sant dé­lé­gué gé­né­ral du festival, qui a tran­ché en fa­veur de sa pré­sence en sé­lec­tion of­fi­cielle, est le pre­mier d’entre eux : « Lost Ri­ver a toutes les qua­li­tés d’un pre­mier long. Je connais tel­le­ment de films qui se sont fait pul­vé­ri­ser à leur sor­tie avant d’être re­dé­cou­verts plus tard que je ne m’en fais pas pour ce­lui-là. » Ni­co­las Win­ding Refn sou­ligne que peu de ci­néastes au­raient eu « l’au­dace de conce­voir quelque chose d’aus­si sin­gu­lier et per­son­nel ». Mais l’éloge le plus vi­brant vient de Wim Wen­ders (Palme d’or en 1984 pour Pa­ris, Texas). Le réa­li­sa­teur al­le­mand a pas­sé deux jours sur le tour­nage du film : « J’étais sou­vent as­sis à cô­té de Ryan pour re­gar­der sur les mo­ni­teurs ce qu’il fai­sait, ex­plique Wen­ders à GQ. J’avais l’im­pres­sion qu’il était très com­pé­tent, bien sûr, mais sur­tout, qu’il contrô­lait tout, qu’il sa­vait où il al­lait. Et en dé­cou­vrant le film à Cannes, j’ai re­trou­vé l’am­biance que j’avais connue sur le pla­teau. C’est un film sur la croyance dans le ci­né­ma. » Des propos qui trouvent un écho dans ceux de Gos­ling : « Sou­vent, que le film soit réus­si ou non, je sais vite à quoi m’at­tendre. Avec Lost Ri­ver, le but était de créer une ex­pé­rience. Qu’elle soit bonne ou mau­vaise, l’es­sen­tiel pour moi est qu’elle soit suf­fi­sam­ment puis­sante pour que les gens ne puissent l’igno­rer. » De fait, si l’ima­gi­naire dé­ment du film nous a par­fois in­ter­lo­qué, il ne nous a ja­mais lais­sé in­dif­fé­rent. Car le ré­sul­tat est à l’image de son au­teur, mul­tiple. Une énième oc­cur­rence du pa­ra­doxe Gos­ling, qui lui per­met d’être à la fois Hugh Grant et Steve Mcqueen. Mais ce qui est pa­ra­doxal n’est pas for­cé­ment contra­dic­toire. Gos­ling obéit tout sim­ple­ment à une autre lo­gique. La sienne.

« sou­vent au ci­né­ma, je sais vite à quoi m’at­tendre. avec

Lost Ri­ver, je vou­lais créer une ex­pé­rience tel­le­ment puis­sante

que les gens ne puissent l’igno­rer. »

ryan gos­ling pho­to­gra­phié pour GQ par ma­rio tes­ti­no

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