JA­MEL DEB­BOUZE

« JE SUIS LE BOSS PARCE QUE JE VEUX ETRE LIBRE »

GQ (France) - - La Une - Cy­rill Mat­ter Fré­dé­ric Tad­deï

Je me sou­viens de l’ar­ri­vée de Ja­mel Deb­bouze à Ra­dio No­va en 1995. Cet en­droit re­gor­geait de phé­no­mènes, que Jean-fran­çois Bi­zot avait ra­me­nés d’un peu par­tout, mais lui, il était spé­cial. Avec son cha­peau, sa main coin­cée dans la poche et ses jambes mon­tées sur res­sorts, il avait tou­jours l’air de se mettre en quatre pour vous faire plier de rire. Un vrai per­son­nage de bande des­si­née, do­té d’un sens de l’im­pro­vi­sa­tion ex­cep­tion­nel et d’un lan­gage qui n’ap­par­te­nait qu’à lui. Pas be­soin d’être grand clerc pour de­vi­ner qu’il al­lait faire une car­rière ex­tra­or­di­naire. Si vous avez vu Ja­mel sur scène, vous le sa­vez. Il vous re­tour­ne­rait un par­terre de gé­né­raux na­zis ! À la té­lé­vi­sion, c’est pa­reil. Même in­vi­té du Jour­nal de 20 heures, Ja­mel reste Ja­mel, il part dans toutes les di­rec­tions à la fois. La té­lé a un cô­té théâ­tral qui lui convient très bien. Il n’y a qu’au ci­né­ma que je l’ai tou­jours soup­çon­né de s’en­nuyer ferme. Trop d’at­tente. Trop de ré­glages entre les prises. Ja­mel n’est pas le genre de co­mé­dien à res­ter as­sis. Même dans ses co­mé­dies les plus réus­sies, j’ima­gine tout ce qu’il a dû re­te­nir, tout ce qui est pas­sé à la trappe. Alors, for­cé­ment, la mo­tion capture, la capture de mou­ve­ment, ça de­vait lui par­ler. Sur­tout à par­tir du mo­ment où l’on a in­ven­té la per­for­mance capture, la capture d’in­ter­pré­ta­tion, qui sai­sit en même temps les mou­ve­ments du corps, des mains, des doigts, et les ex­pres­sions du vi­sage. C’est la vraie ré­vo­lu­tion ci­né­ma­to­gra­phique de ce dé­but de XXIE siècle. L’acteur se re­trouve au centre du pro­ces­sus de réa­li­sa­tion. Il peut jouer sans au­cune contrainte tech­nique. Ro­bert Ze­me­ckis a été le pre­mier à réa­li­ser tout un film en per­for­mance capture (Le Pôle Ex­press, en 2004). Ja­mel est le pion­nier du genre en Eu­rope avec Pour­quoi j’ai pas man­gé mon père, son film adap­té du ro­man de Roy Le­wis Pour­quoi j’ai man­gé mon père (sor­tie le 8 avril). L’his­toire se dé­roule à la Pré­his­toire et suit un jeune singe, Édouard, fils de roi ex­clu de la tri­bu, qui réus­si­ra fi­na­le­ment à se faire ac­cep­ter du clan grâce à son in­ven­ti­vi­té et sa tchatche. Avec, en bo­nus, un per­son­nage for­te­ment ins­pi­ré par feu Louis de Fu­nès, qui re­vit ici grâce à la tech­no­lo­gie… Avec Ja­mel, on a fait pas mal d’émis­sions de té­lé, en­semble. C’est même dans « Pa­ris Der­nière » qu’il avait ra­con­té pour la pre­mière fois ce qui était ar­ri­vé à sa main. Mais ça fai­sait long­temps qu’on n’avait pas eu une vraie conver­sa­tion. Et pour GQ, à table, en dé­jeu­nant, sans être in­ter­rom­pus, c’était la pre­mière fois. F. T.

JD : Ça fait sept ans. J’ai lu le livre il y a en­vi­ron douze ans. Il y a deux ro­mans qui m’ont mar­qué : ce­lui-là et Des sou­ris et des hommes de Stein­beck. Je n’y ai ja­mais vé­ri­ta­ble­ment pen­sé, et un jour on m’a pro­po­sé de faire la voix du per­son­nage prin­ci­pal. J’ai chan­gé les dia­logues, j’ai trou­vé ça in­té­res­sant et ils m’ont de­man­dé de m’at­ta­quer à la struc­ture du scé­na­rio, et en­fin à la mise en scène. En fait, ce n’est pas moi qui ai fait ce film, c’est ce film qui m’a fait. J’ai trou­vé pas­sion­nant l’uni­vers de Roy Le­wis… Il a la grâce, mais il ne fal­lait pas es­sayer de le re­pro­duire. C’est comme es­sayer de faire du Mi­chael Jack­son. Il n’y a que Mi­chael qui peut faire du Jack­son. Et je ne me voyais pas adap­ter un Roy Le­wis, c’est de la même force… C’est la mo­tion capture qui m’a dé­fi­ni­ti­ve­ment fait bas­cu­ler sur ce pro­jet. J’ai fait un test, je l’ai mon­tré à ma mère, à ma femme, même à mon fils de 9 mois, tous mes proches étaient hal­lu­ci­nés par le pro­cé­dé. La moindre des res­pi­ra­tions est res­ti­tuée, c’est toi qui in­carnes vrai­ment le des­sin ani­mé. Comme dans Ava­tar de James Ca­me­ron, un film qui m’a bluf­fé. Ce qui est ex­tra­or­di­naire, c’est de pou­voir hu­ma­ni­ser des ani­maux ou des ex­tra­ter­restres. Ce qui m’a convain­cu, c’est la ra­pi­di­té et la fa­ci­li­té de tour­nage, ce qui laisse da­van­tage de place au jeu des ac­teurs. Pour un mec comme moi qui vient de la scène et de l’im­pro­vi­sa­tion théâ­trale, c’est un ma­gni­fique com­pro­mis… Avec la mo­tion capture, on a un pla­teau de 1 000 m2, 70 ca­mé­ras, on peut être à 10 et jouer pen­dant 15 mi­nutes sans être cou­pés. C’est le meilleur com­pro­mis entre la scène et le ci­né­ma. Bi­zar­re­ment c’est très tech­nique, mais ça laisse une for­mi­dable li­ber­té d’ac­tion au co­mé­dien. JD : Non. C’est pour que ça colle à mon époque. C’était pour ra­con­ter que, fi­na­le­ment, on n’a pas bou­gé. On a le wi­fi, mais c’est tout… Moi, ce que j’aime dans ce film c’est que j’y re­trouve tous les thèmes qui m’ont tou­ché pro­fon­dé­ment : l’ex­clu­sion, la dif­fé­rence, l’amour, l’ami­tié évi­dem­ment et puis, ef­fec­ti­ve­ment, le pou­voir… Dans le film, le roi n’as­sume pas d’avoir un en­fant ma­lingre à pré­sen­ter au peuple. Il s’en dé­bar­rasse. C’est ar­ri­vé cer­tai­ne­ment à plein d’en­droits. La dif­fé­rence entre Édouard (le hé­ros, ndlr) et moi, c’est que moi j’ai été ai­mé tout de suite par ma mère, par mon père, et ex­clu après. Ex­clu à cause de ma taille d’abord, en­suite de mon han­di­cap, puis de ma tête. JD : Évi­dem­ment ! Avant, même ! Celle qui m’a trans­mis ça, c’est ma mère. JD : C’est la meuf la plus drôle que je connaisse. C’est vrai qu’elle a dé­dra­ma­ti­sé beau­coup de choses : les sou­cis, l’ar­gent, la mi­sère, tout, tout le temps. Le ra­ma­dan sur­prise c’est elle ! Quand il n’y avait plus rien, elle criait : « Ra­ma­dan sur­prise ! » Et nous, on était morts de rire ! Et je t’en passe plein. La pre­mière an­née où Bar­dot avait fait son es­clandre sur les mou­tons, dans les an­nées 1980, on ha­bi­tait à Bar­bès et on avait 3 mou­tons dans un F3, un par pièce, quoi ! Un jour, un flic frappe à la porte, et ma mère qui ca­chait le mou­ton,

elle ouvre. Le flic lui de­mande « il y a des mou­tons ici ? » et ma mère « des mou­tons, ici ?! Non ! Ça va pas ? Non, pas de mou­ton ici ! » Le flic s’en va, il est sur le point de des­cendre et il en­tend « bêê bêê », il se re­tourne et ma mère fait « bêê bêê ». Même dans un film, t’y crois pas ! Ça a été un tour­nant. Tout le monde flip­pait de la si­tua­tion, sauf elle. Elle nous a trans­mis ce truc-là. La dis­tance, cette es­pèce de taek­won­do de la vie qu’est l’hu­mour. Je ne la re­mer­cie­rai ja­mais as­sez. Fran­che­ment, c’est mieux de ri­go­ler, c’est le meilleur mé­di­ca­ment, c’est ça qui rend toute la vie sup­por­table. Ma mère a un pro­verbe ma­gni­fique dont elle a fait un prin­cipe d'édu­ca­tion : « Fais du bien, et ou­blie-le ! » Je viens de là : être presque dans le don de soi. Et puis, il y a des gens qui se sont pen­chés sur moi, et je te jure que ce n’était pas uni­que­ment parce que j’étais di­mi­nué, c’est parce que j’avais un truc à dire, j’avais une grande gueule, j’oc­cu­pais l’es­pace, ils étaient obli­gés de m’écou­ter. Je bouge et j’ai en­vie de dire des trucs donc tant que tu ne m’au­ras pas écou­té, je n’ar­rê­te­rai pas ! Par­mi ces gens, il y a Jean-fran­çois Bi­zot ou Pa­py, le mec de l’im­pro (Alain De­gois, créa­teur du Dé­clic Théâtre et dé­cou­vreur de plu­sieurs co­miques fran­çais, ndlr)… Et ma prof de fran­çais qui, la pre­mière, m’a mon­tré ce qu’était l’im­pro et me don­nait des bonnes notes même quand je ne les mé­ri­tais pas, pour que je re­vienne. La prof qui m’a fait lire Des sou­ris et des hommes. Jean-pierre Ba­cri, qui est mon pote au­jourd’hui, m’a fait dé­cou­vrir Ruy Blas, la pièce de Vic­tor Hu­go… Si tu n’as pas ces gens qui s’oc­cupent de toi et qui te donnent quelque chose, il ne se passe rien. Au­jourd’hui, on pense beau­coup à soi. Et dans nos mé­tiers, la té­lé­vi­sion, le ci­né­ma, il y a une course ef­fré­née qui peut nous faire énor­mé­ment de mal, c’est celle de l’au­dience parce qu’elle nous fait ré­gres­ser consi­dé­ra­ble­ment. Fran­che­ment, être obli­gé de mon­trer des culs à la té­lé­vi­sion pour faire de l’au­dience. Al­lons, en­fants de la pa­trie, éle­vons le ni­veau ! JD : Mais chan­geons la tra­di­tion ! Com­men­çons une tra­di­tion au­jourd’hui, comme celle de ne pas man­ger son père par exemple, comme dit le hé­ros ! Pour moi, c’est ça le coeur du film. Tu sais je ne suis pas al­lé cher­cher très loin, je me suis ins­pi­ré de mon par­cours. Je viens d’un en­droit où ça n’a pas été fa­cile, et sans mi­sé­ra­bi­lisme, c’est l’en­droit le plus drôle de la pla­nète. La mi­sère, pour moi, est un ter­reau ex­tra­or­di­naire. Main­te­nant que je m’em­bour­geoise, je fais gaffe à ça, res­ter au contact de la vé­ri­té, du sol. Le hall de bâ­ti­ment, c’est là que j’ai ap­pris à dan­ser, c’est là que j’ai en­ten­du No­va pour la pre­mière fois, que j’ai em­bras­sé une fille… Il s’y est pas­sé tel­le­ment de choses. J’y ai ap­pris le res­pect d’une cer­taine ma­nière. Dans un hall de bâ­ti­ment, on dan­sait, on fai­sait la foire. Mais quand il y avait une mère de fa­mille ou un père de fa­mille qui des­cen­dait, on bais­sait les yeux, on res­pec­tait. Il tra­ver­sait et, une fois qu’il était par­ti, on re­pre­nait. Il y avait plein de va­leurs dans ce hall de bâ­ti­ment. JD : Je n’ai pas peur, je m’en pré­oc­cupe. J’ai de la sol­li­ci­tude pour le monde, comme on en a eu pour moi. C’est Bi­zot qui m’a trans­mis ça. Cet homme part faire le tour du monde, et, à son re­tour, alors qu’on est tous sur les Sex Pis­tols, il s’in­té­resse

à la rum­ba congo­laise. Et il met tout son ar­gent dans la rum­ba congo­laise, l’un­der­ground, et toutes les nou­velles formes de culture. Il s’en­gage. Comme le père Guy Gil­bert qui aide les an­ciens dé­te­nus, Saïd Ben­na­jem de Boxing Beats qui oblige les ga­mins à avoir des bonnes notes pour ren­trer dans sa salle de boxe, ou en­core Fran­çois Gau­tret de l’as­so­cia­tion Rstyle dont la mis­sion est de faire dan­ser tout le monde. Tu vois ce que je veux dire ? Avec des gens comme ça, tu peux ar­ran­ger les choses. Ça, ce sont des mecs qui ont de la sol­li­ci­tude pour le monde. JD : Tu me l’ap­prends. Je te jure, je ne me suis ja­mais re­tour­né là-des­sus. Je ne me suis ja­mais po­sé la ques­tion de qui j’étais, de ce que j’étais, et où j’al­lais. JD : J’ai com­men­cé à être connu et à avoir de l’ar­gent à 22 ans. Donc il me reste en­core quelques piges avant d’être vrai­ment à la moi­tié. Mais je crois que quand tu es né pauvre tu le restes un peu toute ta vie dans ta tête… JD : J’aime le per­son­nage, j’aime la phi­lo­so­phie de l’ar­tiste. JD : Oui, moi je pense que c’est ça, la vie. Le bon­heur n’existe pas, il y a des mo­ments de bon­heur, il faut sa­voir les prendre, les kif­fer. Ce que ra­conte le film, c’est une dua­li­té entre le pas­sé et le fu­tur qui exis­te­ra tou­jours. Certes, je viens de faire un film tech­ni­que­ment pro­di­gieux. Nous sommes trois à avoir uti­li­sé la mo­tion capture aus­si long­temps. Mais je dis quand même : « Po­sons aus­si les or­di­na­teurs deux mi­nutes, et ré­flé­chis­sons. » Pour­quoi ? Parce qu’ils sont en train de prendre la place de notre hé­mi­sphère droit. Comme le GPS ? C’est ouf, le GPS. Tu ne t’évades plus. Il n’y a plus de place pour « Tu as vu comme elle est jo­lie cette église ! » Tu vas à ton point de ren­dez-vous, c’est tout.

Bien sûr. Mais il faut qu’il s’y mette.

Ab­so­lu­ment pas, rien n’est ar­rê­té.

Je suis gau­cher JD : Ce n’est pas parce que tu es au pou­voir, que tu as for­cé­ment le pou­voir. Ce n’est pas la dé­ci­sion d’un seul homme, même si c’est le chef. C’est tou­jours une ac­tion com­mune qui change con­crè­te­ment les choses. Chez nous, ça passe je pense par le res­pect et la consi­dé­ra­tion, et dé­pen­ser l’ar­gent au bon en­droit. JD : (Rires) Alors mon père, c’est le Ma­roc, évi­dem­ment. JD : Parce que je crois en un monde meilleur et je crois en un monde où on ne mange pas son père. Je crois en un monde mer­veilleux où tout se passe à mer­veille. Je crois en un monde positif. Je crois en l’har­mo­nie, vrai­ment, et je suis convain­cu qu’on peut à peu près y ar­ri­ver. Évi­dem­ment, on ne vi­vra ja­mais dans une so­cié­té com­plè­te­ment har­mo­nieuse, mais de là où je suis, je met­trai toutes mes forces à ça. JD : Oui. Comme sou­vent avec N’gi­jol. On est là pour ça, nous les pères… Un jour, une jour­na­liste – ça m’a fait un peu moins mar­rer – a dit que nous étions une épi­ce­rie co­mique, genre on fait de l’hu­mour com­mu­nau­taire… On a pro­duit des Blancs, des Jaunes, des Noirs, des Mar­rons, là on est sur deux Rouges ex­tra­or­di­naires… JD : Pas loin. Je ne sais pas ce qu’ils ap­pellent une « épi­ce­rie », mais si c’est un en­droit où il y a des gens mar­rants de toute la pla­nète, et où on a l’em­bar­ras du choix, alors, là oui, avec fier­té !

JD : Il faut qu’il ga­lère un peu quand même ! Avec Léon Deb­bouze, je pense qu’il est suf­fi­sam­ment mal par­ti pour se dé­mer­der seul un jour… Tu sais que ma mère n’ar­rive tou­jours pas à le dire. Elle l’ap­pelle Ali, son deuxième pré­nom. JD : Je suis le boss mal­gré moi, je suis le boss parce que je fais des fiches de paye, que j’ini­tie des choses, et que j’en­tre­prends des pro­jets. JD : Oui, entre le Ja­mel Co­me­dy Club, Le Mar­ra­kech du Rire ou les ar­tistes qu’on pro­duit, c’est à peu près ça. Mais c’est une tan­née in­ter­na­tio­nale ! Je suis de­ve­nu boss parce que j’ai une en­vie fa­rouche d’être libre. Et ça coûte cher la li­ber­té. Sur­tout quand on n’a pas un eu­ro de sub­ven­tion. JD : Heu­reu­se­ment qu’il y a des choses qui évo­luent. Le di­rec­teur de prod’ de­mande tou­jours au­tant d’ef­forts sur les bud­gets, ça ne chan­ge­ra ja­mais. Mais mal­gré tout, je vois qu’à d’autres en­droits, ça évo­lue, il y a de plus en plus de gens ta­len­tueux qui sont re­pré­sen­ta­tifs de la France. En tous les cas plus qu’au CSA ! JD : De la France. Pas uni­que­ment de la di­ver­si­té, car la di­ver­si­té on y met es­sen­tiel­le­ment des Noirs et des Arabes. Non, moi je vois des gens di­vers, dif­fé­rents, qui re­pré­sentent des cou­rants même tous pe­tits, des ten­dances, ils sont riches et va­riés, ils sont à la té­lé­vi­sion, au ci­né­ma, à la ra­dio, et ça, ça veut dire que ça progresse… Mais on a tou­jours aus­si peur de la dif­fé­rence, on a tou­jours aus­si peur de faire confiance à l’étran­ger, sauf quand il peut faire de l’au­dience. Heu­reu­se­ment qu’il en fait. Même si le ni­veau a bais­sé, je trouve. Quand je vois la place qu’a pris la té­lé­réa­li­té je suis as­sez dé­çu, je me dis qu’on ni­velle par le bas. JD : Je crois qu’il a évo­lué, en bien. J’ai vu des gens ar­ri­ver avec du ta­lent et réus­sir à créer leur propre his­toire. Je pense à mon pote Omar, mais aus­si à Ta­har Ra­him, Leï­la Be­kh­ti, Gé­ral­dine Na­kache ou en­core Ma­nu Payet, Tho­mas N’gi­jol ou Fabrice Éboué, Ma­lik Ben­tal­ha et on trouve ça gé­nial. Il y a des gens qui sont re­pré­sen­ta­tifs des quar­tiers, de la di­ver­si­té, d’en bas et qui de­viennent po­pu­laires et font des choses de qua­li­té. Mais aus­si des mecs du même mood qui ne sont pas for­cé­ment de notre culture, comme Alex Lutz, que j’adore, qui in­carne des per­son­nages comme per­sonne, et qui va au bout des choses. JD : Plein de gens. Les fon­da­men­taux, bien sûr, Flo­rence, Ary, Franck, Gad et j’en passe… Après, je suis très clas­sique, j’adore Cha­plin et De Fu­nès, les In­con­nus et les Nuls. J’aime aus­si beau­coup les conne­ries de Jim­my Fal­lon, Dave Chap­pelle me fait beau­coup rire. Will Fer­rell et Louis CK évi­dem­ment pour les An­glo-saxons. Au­jourd’hui, par­mi les gens qui me font mar­rer, il y a aus­si un type comme Al­ban Iva­nov, tu ne le connais pas mais il est très drôle. Fou­dil, il me fait vrai­ment rire. Younes et Bam­bi, ils ont un spec­tacle qui s’ap­pelle « Le juif et l’arabe », ils me font vrai­ment beau­coup rire. Il y a des filles comme Christine Ber­rou ou No­ra Ham­za­wi. C’est nou­veau, c’est au­da­cieux, et c’est ce qui me sur­prend. Ils n’ont pas de codes et ils ne cherchent pas à plaire. Il y a aus­si de ça chez les rap­peurs. Et c’est ce que j’aime. Des gens comme Kaa­ris, Nek­feu, Boo­ba ou Rohff sont la branche dure, mais fi­dèles à leurs convic­tions. Ou Maître Gims qui a fait dan­ser toutes les chau­mières, et reste un mec des quar­tiers. J’adore Black M, Sexion d’as­saut, La Fouine et So­pra­no, je les trouve po­si­tifs. Ils prônent un truc for­mi­dable, c’est l’op­ti­misme. Et c’est ça que re­prennent les ga­mins. Et qu’on les aime ou non, ils ne cherchent à res­sem­bler à per­sonne, c’est pour ça qu’on veut leur res­sem­bler. JD : Oui. C’est l’un des co­mé­diens les plus phy­siques que je connaisse avec Cha­plin, sauf que lui on connais­sait sa voix. Je me suis mis dans la merde avec ce truc, parce qu’ef­fec­ti­ve­ment on a réus­si à re­pro­duire le corps de De Fu­nès, mais on avait un vrai pro­blème avec la voix. On a fait ve­nir tous les imi­ta­teurs pos­sibles et fi­na­le­ment on s’est tour­né vers l’ir­cam (l’ins­ti­tut de re­cherche et co­or­di­na­tion acous­tique/ mu­sique, ndlr). Marc Miance le pro­duc­teur exé­cu­tif et toute son équipe chez Let­so’ya vou­laient pous­ser les prouesses tech­niques de ce film au-de­là des li­mites. Nous avons es­sayé de nous ap­pro­cher au plus près de De Fu­nès, de sa ges­tuelle, mais aus­si de sa voix. Nous avons donc fait ap­pel aux scien­ti­fiques du son de l’ir­cam, qui tra­vaillent sur le grain et le rythme de sa voix. Ain­si, nous au­rons un De Fu­nès re­cons­ti­tué to­ta­le­ment par or­di­na­teur. Une grande pre­mière, c’est un vé­ri­table hom­mage. JD : Oui. Plus que ja­mais ! Il y a toute la vie dans le foot. JD : Dé­trompe-toi ! De plus en plus de meufs jouent. Les Lyon­naises jouent très bien, j’adore ! JD : C’est bien ça ! J’adore. Sans règles, sans cadre, il ne se passe rien dans la vie. On ne peut ja­mais se suf­fire à soi-même. On n’est ni suf­fi­sam­ment épais ni ou­tillé pour ce­la. Si un joueur met un but avec la main, que nous voyons tous sur la vi­déo, que l’ar­bitre ne l’a pas vu, et qu’il y a but, les gens di­ront que ce n’est pas mo­ral. Mais non, c’est juste la règle ! Et la règle te dé­livre de la mo­rale. Moi, j’ai be­soin des règles ET de la mo­rale, les deux.

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