LIT­TLE BIG MAN

Ce mois-ci, GQ vous fait dé­cou­vrir un Ja­mel in­édit. Plus chic, plus mûr, plus fi­dèle à ce qu’il est de­ve­nu : un boss du show­biz. Il troque pour nous son lé­gen­daire street style pour le cos­tard trois pièces. Sans pour au­tant ou­blier sa tra­jec­toire si sin­gu

GQ (France) - - L’édito -

Bim, bam, sa ré­ponse a vite cin­glé sur Twit­ter: « Le pe­tit bon­homme se­ra par­tout à par­tir du 8 avril ! » « Le pe­tit bon­homme » ? C’est Ja­mel Deb­bouze. Ce jour-là, il vient de se faire épin­gler par le tweet mo­queur d’un sup­por­ter de Chel­sea qui com­mente une pho­to de Sky Sport News prise dans les tri­bunes VIP du Parc des Princes. Nous sommes le 17 fé­vrier, lors du 8e de fi­nale al­ler de la Ligue des cham­pions contre le PSG. On y voit Deb­bouze as­sis près de Da­vid Beck­ham et d’alex Fer­gu­son. Il fait deux têtes de moins que ces monstres sa­crés du foot. Et cette « ex­cep­tion fren­chie » ne dit évi­dem­ment rien au per­fide bri­tan­nique. « On di­rait que le pe­tit bon­homme en bas à droite a ga­gné un concours pour être as­sis là, ou alors qu’il a été pho­to­shop­pé dans la pho­to » (1). Avec son sens in­né de la re­par­tie (et du buzz, puisque tous les sites re­prennent l’anec­dote), Ja­mel poste à son tour la même pho­to de la tri­bune VIP. Sauf qu’il y a fait pho­to­shop­per et ap­po­ser son vi­sage sur ce­lui de cha­cune des stars pré­sentes. Suivent ces 41 signes : « Le pe­tit bon­homme se­ra par­tout le 8 avril. » Sous­texte ? Be­ware, Ja­mel is everywhere ! En VF : tu sais ce qu’il te dit « le pe­tit bon­homme » ? Tu ne connais pas « le pe­tit bon­homme » ? Tu de­vrais pour­tant : « Le pe­tit bon­homme » est juste l’un des hu­mo­ristes, ac­teurs, pro­duc­teurs les plus cé­lèbres de France. « Le pe­tit bon­homme » est même dé­sor­mais réa­li­sa­teur. Il s’ap­prête à créer l’évé­ne­ment avec son film Pour­quoi j’ai pas man­gé mon père (sor­tie le 8 avril, donc), réa­li­sé en mo­tion capture, comme Ava­tar de James Ca­me­ron. Et il est en avant-pre­mière dans GQ ce mois-ci ! On n’au­rait pas prê­té at­ten­tion à ce mi­ni-clash comme Twit­ter en pro­duit des mil­liers par jour, s’il n’était pas si­gni­fiant de ce sta­tut si par­ti­cu­lier – et fra­gile, fi­na­le­ment –, conquis de haute lutte par Ja­mel de­puis ses dé­buts à No­va et Ca­nal+. Car que dit ce re­gard an­glais, si cruel­le­ment ob­jec­tif, sur la tri­bune VIP si­non : « Qu’est-ce qu’il fout là, ce­lui-là ? » Ja­mel le confesse d’ailleurs lon­gue­ment à Fré­dé­ric Tad­deï dans l’en­tre­tien qu’il nous a ac­cor­dé (p. 116) : « J’ai été ex­clu à cause de ma taille d’abord, en­suite de mon han­di­cap, puis de ma tête », comme Édouard, le per­son­nage ma­lingre de son film. Au­tre­ment dit, ce­lui qui a co­ché toutes les cases sup­po­sées de la gloire – hu­mo­riste/acteur/pro­duc­teur/réa­li­sa­teur/ en­tre­pre­neur d’une boîte de cent cin­quante per­sonnes –, ma­rié à « une for­mi­dable femme », Mélissa Theu­riau ; ce­lui qui est de­ve­nu par­fois mal­gré lui une sorte d’« au­to­ri­té mo­rale » consul­tée par les mé­dias, comme lors des at­ten­tats de Char­lie ; ce­lui qui, à tous ces titres, est donc au­to­ri­sé à s’as­seoir dans la fa­meuse « Cor­beille » VIP du Parc des Princes, peut en­core être ren­voyé au rôle d’out­si­der par un tweet en forme de « chassez l’in­trus ». Parce qu’il af­fiche un style et une mor­pho­lo­gie hors norme ? On voit bien qu’il s’agit de ques­tion­ner en­core et tou­jours la lé­gi­ti­mi­té de la pré­sence de ce « pe­tit bon­homme » de bien­tôt 40 ans (dont 20 de car­rière) dans le car­ré VIP. Ja­mel s’en moque. Il sait que per­sonne ne vous en­lève ja­mais cette arme im­pa­rable d’au­to­dé­fense qu’est l’hu­mour. Comme il le dit jo­li­ment à GQ : « L’hu­mour, c’est le taek­won­do de la vie. »

« J’ai été ex­clu à cause de ma taille, en­suite de mon han­di­cap, puis de ma tête. » (1) « Looks like the lit­tle guy bot­tom right has won a com­pe­ti­tion to sit there or he has been pho­to­shop­ped in­to the pic­ture. »

(1998) sur Ca­nal+.

Je me sou­viens de l’ar­ri­vée de Ja­mel Deb­bouze à Ra­dio No­va en 1995. Cet en­droit re­gor­geait de phé­no­mènes, que Jean-fran­çois Bi­zot avait ra­me­nés d’un peu par­tout, mais lui, il était spé­cial. Avec son cha­peau, sa main coin­cée dans la poche et ses jambes mon­tées sur res­sorts, il avait tou­jours l’air de se mettre en quatre pour vous faire plier de rire. Un vrai per­son­nage de bande des­si­née, do­té d’un sens de l’im­pro­vi­sa­tion ex­cep­tion­nel et d’un lan­gage qui n’ap­par­te­nait qu’à lui. Pas be­soin d’être grand clerc pour de­vi­ner qu’il al­lait faire une car­rière ex­tra­or­di­naire. Si vous avez vu Ja­mel sur scène, vous le sa­vez. Il vous re­tour­ne­rait un par­terre de gé­né­raux na­zis! À la té­lé­vi­sion, c’est pa­reil. Même in­vi­té du Jour­nal de 20 heures, Ja­mel reste Ja­mel,

Le pre­mier droit d’un mort n’est-il pas d’em­por­ter ses se­crets ? Ce mar­di 14 jan­vier, dans la cour d’hon­neur de la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris, le vent se­coue la tente en toile beige qui abrite le chef de l’état, Fran­çois Hol­lande. De brefs rayons de so­leil trouent de lourds nuages prêts à cre­ver. Le cer­cueil de Franck Brin­so­la­ro, le garde du corps de Charb, son « épaule » dans le jar­gon po­li­cier, est re­cou­vert du dra­peau tri­co­lore. « Em­pa­thie », « gen­tillesse », « at­ten­tif aux dé­tails mi­nu­tieux » : dans son hom­mage de 4 mi­nutes et 57 se­condes, le pré­sident de la Ré­pu­blique se fait, avec des mots choi­sis, le porte-pa­role de tous ceux qui, pen­dant ses trente ans de car­rière, ont vu leur vie pro­té­gée par Franck. Ceux qui, lorsque la si­tua­tion de­ve­nait pé­rilleuse, ont de­man­dé : « Qu’est-ce qu’on fait, Franck ? » Aux cô­tés de Ma­nuel Valls, bien­tôt en larmes, d’un banc de mi­nistres, des sur­vi­vants de Char­lie Heb­do, de di­zaines de po­li­ciers du Ser­vice de pro­tec­tion des per­son­na­li­tés, la fa­mille de Franck ap­prend sou­dain de la bouche du Pré­sident quelques se­crets de la vie de leur fils, frère et époux. De ces se­crets que seul un ser­vi­teur de la Ré­pu­blique sait gar­der. « On a dé­cou­vert trois de ses mis­sions », té­moi­gne­ra Phi­lippe, le ju­meau de Franck Brin­so­la­ro (1). L’éva­cua­tion de qua­rante-six Fran­çais ex­po­sés aux tirs des ta­li­bans en train de mettre la main sur Ka­boul en 1996, c’est lui ; l’ex­fil­tra­tion d’une tren­taine de res­sor­tis­sants fran­çais ré­fu­giés à l’am­bas­sade de France à Ph­nom Penh, un an plus tard pen­dant le coup d’état, c’est en­core lui ; les tren­te­cinq en­fants me­na­cés par les com­bats entre les forces loya­listes et re­belles, en 2005 au Con­go, tou­jours lui. Un de­voir de dis­cré­tion par­ta­gé par In­grid, sa se­conde épouse et mère de leur fille May, 13 mois. Dans le jour­nal qu’elle di­rige, L’éveil nor­mand, beau­coup ont dé­cou­vert le 7 jan­vier que son ma­ri pro­té­geait Charb.

La rou­tine, l’en­ne­mi numéro 1 Entre Sté­phane Char­bon­nier, dit Charb, et Franck, l’his­toire ne s’an­nonce pas évi­dente. Les deux hommes font connais­sance, dé­but 2013. D’un cô­té, Charb et sa culture an­ti-flics ; Charb et son be­soin d’in­dé­pen­dance et de li­ber­té ; Charb qui dit qu’il « ne veut pas d’en­fant,

Ja­mel en guest-star d’orange is the New Black ? Non, le style du jeune Deb­bouze dans

JA­MEL DEB­BOUZE est pho­to­gra­phié par Cy­rill Mat­ter Cos­tume, che­mise et cra­vate Boss

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