P. 116

CO­VER – Ja­mel Deb­bouze

GQ (France) - - Contributeurs -

Fré­dé­ric Tad­deï

Cy­rill Mat­ter

il part dans toutes les di­rec­tions à la fois. La té­lé a un cô­té théâ­tral qui lui convient très bien. Il n’y a qu’au ci­né­ma que je l’ai tou­jours soup­çon­né de s’en­nuyer ferme. Trop d’at­tente. Trop de ré­glages entre les prises. Ja­mel n’est pas le genre de co­mé­dien à res­ter as­sis. Même dans ses co­mé­dies les plus réus­sies, j’ima­gine tout ce qu’il a dû re­te­nir, tout ce qui est pas­sé à la trappe. Alors, for­cé­ment, la mo­tion capture, la capture de mou­ve­ment, ça de­vait lui par­ler. Sur­tout à par­tir du mo­ment où l’on a in­ven­té la per­for­mance capture, la capture d’in­ter­pré­ta­tion, qui sai­sit en même temps les mou­ve­ments du corps, des mains, des doigts, et les ex­pres­sions du vi­sage. C’est la vraie ré­vo­lu­tion ci­né­ma­to­gra­phique de ce dé­but de XXIE siècle. L’acteur se re­trouve au centre du pro­ces­sus de réa­li­sa­tion. Il peut jouer sans au­cune contrainte tech­nique. Ro­bert Ze­me­ckis a été le pre­mier à réa­li­ser

« une » de Char­lie Heb­do des­si­née par son « VIP », il lâche : « Un jour, ça va pé­ter. » Sa vi­gi­lance est sans re­lâche. Il sait trop bien qu’à l’in­verse de ses mis­sions pas­sées à Ka­boul, Ph­nom Penh ou Bey­routh, la rou­tine est sa pre­mière en­ne­mie. De temps en temps, il grille un feu rouge sur le re­tour à la mai­son de ce­lui dont il as­sure la « pro­tec » – et tant pis si sa hié­rar­chie le lui re­proche. Il va­rie les tra­jets en voi­ture, re­com­mande de chan­ger de res­tau­rant, re­doute, comme tous les of­fi­ciers de sé­cu­ri­té, les lieux avec trop de pu­blic, sans comp­ter ses heures, mal­gré ses 2 200 € men­suels. Cette sur­veillance est-elle tou­jours in­dis­pen­sable ? Même le jour­na­liste d’in­ves­ti­ga­tion Fabrice Lhomme se l’est de­man­dé. C’était la veille même de l’at­taque de Char­lie : le 6 jan­vier. Alors qu’avec son col­lègue du Monde Gé­rard Da­vet, il dis­cute avec les pa­trons du Ser­vice de la pro­tec­tion (SDLP) de leur propre pro­tec­tion sé­cu­ri­té (en sep­tembre 2014, les deux jour­na­listes ont re­çu à leur do­mi­cile des re­pro­duc­tions de cer­cueils frap­pés des dates de nais­sance des membres de leurs fa­milles), l’en­quê­teur évoque jus­te­ment le cas de Charb, pro­té­gé de­puis 2011, date de l’in­cen­die qui avait ra­va­gé les lo­caux de Char­lie Heb­do. « Il est na­tu­rel que le sen­ti­ment de dan­ger s’éloigne, lui ré­pond alors, en sub­stance, le pa­tron du SDLP. Mais nous es­ti­mons que ce n’est pas le mo­ment d’in­ter­rompre votre sur­veillance. D’ailleurs Charb est tou­jours au ni­veau 2 de sur­veillance ce qui, sur une échelle de 4, reste éle­vé. »

« Qu’est-ce qu’on fait Franck ? » Le len­de­main, 7 jan­vier, il y a confé­rence de ré­dac­tion rue Ni­co­las-ap­pert, à Pa­ris, dans le XIE ar­ron­dis­se­ment. C’est la der­nière adresse en date d’un jour­nal qui n’a ces­sé, ces der­nières an­nées, de dé­mé­na­ger. C’est la pre­mière grande réunion de ce dé­but d’an­née 2015. Tou­jours un mo­ment ris­qué puisque toute l’équipe est présente. Mais per­sonne, pas même Franck, ne peut ima­gi­ner croi­ser deux hommes en guerre. Peu après 10 heures et de­mie, Franck Brin­so­la­ro s’as­soit près d’une pe­tite table dans un coin de la salle. Au­tour de la table prin­ci­pale prennent place Charb, Ber­nard Ma­ris, Riss, Fabrice Ni­co­li­no, Phi­lippe Lan­çon, Ti­gnous, Ho­no­ré, Ca­bu, El­sa Cayat, Laurent Lé­ger et Si­go­lène Vin­son. Cette der­nière, chro­ni­queuse ju­di­ciaire, a ap­por­té du gâ­teau mar­bré. Re­te­nu par une réunion avec les sa­peurs-pom­piers de Pa­ris, Pa­trick Pel­loux n’est pas en­core ar­ri­vé.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.