PROFILEZ VOTRE RE­CRU­TEUR ! Da­vid Abi­ker

Un en­tre­tien d’em­bauche, c’est un jeu de rôles. Notre chro­ni­queur vous ex­plique quelle at­ti­tude adop­ter face aux tra­vers de votre in­ter­lo­cu­teur. Illus­tra­tion : Pierre La Po­lice Long­temps DRH, Da­vid Abi­ker est au­jourd’hui jour­na­liste à Eu­rope 1 où il anim

GQ (France) - - Buzz -

LE DÉSOR­GA­NI­SÉ. Le re­cru­teur bor­dé­lique est en re­tard, cherche déses­pé­ré­ment un bu­reau où vous re­ce­voir et vous de­mande un CV pour la troi­sième fois. En fait, il n’as­sume pas sa po­si­tion de su­pé­rio­ri­té et sa­bote l’en­tre­tien mal­gré lui. Face à lui, il faut prendre le lea­der­ship et conduire vous-même l’en­tre­tien.

L’ÉGO­TISTE. Il ne parle que de lui. Il a be­soin de re­con­nais­sance ou d’un ca­det à im­pres­sion­ner. Si vous êtes or­phe­lin, pour­quoi pas. Le truc pour lui plaire ? Cette unique ques­tion : « Mais com­ment avez­vous réus­si à réus­sir tout ce que vous avez réus­si? » LE CU­RIEUX. Aus­si in­té­res­sant que ba­vard, il passe sa vie sur Lin­ke­din et, bien qu’il ait peu de postes à of­frir, il reste à l’af­fût. D’ailleurs il le dit: « Nous sommes à l’af­fût. » Ain­si vous po­se­ra-t-il mille ques­tions, mais hé­las, le cu­rieux n’est pas tou­jours utile pour trou­ver un job. Pour qu’il vous re­père à ja­mais, par­lez-lui des confé­rences TED. Il n’en loupe au­cune.

LE SI­LEN­CIEUX. Il se tait. C’est, pa­raît-il, une fa­çon de voir ce que vous avez dans le ventre… La seule pa­rade: ôter toute ex­pres­sion sur votre vi­sage qui vous fe­rait res­sem­bler à un être hu­main. Voix mo­no­corde, re­gard vide, lèvres neutres. En lui res­sem­blant, vous com­men­cez à lui plaire.

LE PRO­MET­TEUR. Il aime les bonnes nou­velles. Vous sor­ti­rez de l’en­tre­tien dé­jà riche d’un CDI et d’une ré­mu­né­ra­tion su­pé­rieure à la moyenne du mar­ché. Mais at­ten­dez d’avoir si­gné avant de vous ré­jouir… Un seul conseil : informez-vous sur la boîte et le bon­homme en ques­tion sur les fo­rums de can­di­dats.

LE PRU­DENT. Il va vous ques­tion­ner comme une mère cher­chant une nou­nou. N’es­pé­rez pas conve­nir: il cherche le mou­ton à cinq pattes. Il a tel­le­ment peur qu’il confie­ra la tâche à un chas­seur de têtes qui por­te­ra le cha­peau en cas d’erreur de cas­ting. Le pru­dent est déses­pé­rant mais c’est lui qui fait le mar­ché du tra­vail. Pour le ras­su­rer? Avoir dé­jà un job et le lais­ser ve­nir.

LE BON PE­TIT SOL­DAT. To­ta­le­ment alié­né par la com­mu­ni­ca­tion cor­po­rate, il parle « ta­lents » et « va­leurs ». Il vous fait dé­rou­ler pour la énième fois et par le me­nu votre CV pour vé­ri­fier que vous avez L’ADN de sa boîte che­villé au corps… Et semble igno­rer votre re­cul face à ce jeu de rôles.

LE RE­CRU­TÉ RE­CRU­TEUR. Le cher­cheur d’em­ploi doit, lui aus­si, être un ex­pert en re­cru­te­ment. Comme le per­son­nage de Gé­né­ra­tion CV de Jo­na­than Cu­riel (1) ou de Bo­meur de Na­tha­naël Rouas (2), ce can­di­dat psy­cho­logue, ex­pé­ri­men­té et pré­pa­ré note même par­fois son in­ter­lo­cu­teur sur des sites spé­cia­li­sés, tel Glass­door. Bref, il est de­ve­nu un ex­cellent chas­seur de têtes à force d’en avoir vu tel­le­ment se payer la sienne.

À vous d’être psy­cho­logue pour tour­ner le ren­dez

vous en votre fa­veur. (1) Gé­né­ra­tion CV, de Jo­na­than Cu­riel, éd. Fayard, 2012. (2) Le Bo­meur, une vie de bo­bo chô­meur, de Na­tha­naël Rouas, éd. Ro­bert Laf­font, 2014, et son blog http://bo­meur.tum­blr.com

Pour ne pas su­bir votre char­gé de re­cru­te­ment, al­lez dans son sens, tout en res­tant lu­cide. Lui dire ce qu’il rêve d’en­tendre est tout un art.

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