Maïa Mazaurette

La sex­perte de GQ passe son temps à par­cou­rir le monde. Un bon moyen d’ob­ser­ver les ha­bi­tudes sexuelles de ses contem­po­rains qu’elle ana­lyse sur son blog (gq­ma­ga­zine.fr/sexac­tu). Elle a pu­blié des guides, des ro­mans et des BD, no­tam­ment Pé­chés Mi­gnons, l’

GQ (France) - - Buzz -

– vous l’avez bien mé­ri­tée. Pour­quoi ? Mille rai­sons. Pour com­men­cer, 83 % des rap­ports sexuels com­prennent une pé­né­tra­tion va­gi­nale et on n’est plus à l’époque de la sé­rie Mas­ters of Sex (entre la fin des an­nées 1950 et le dé­but des an­nées 1960 pour ceux qui n’au­raient pas sui­vi) : vous sa­vez per­ti­nem­ment qu’il faut don­ner sa langue au chat, non ? Ce qui ne vous em­pêche ni de consi­dé­rer que la pé­né­tra­tion est le mar­queur de sexe, ni d’ap­pe­ler les pré­li­mi­naires des pré­li­mi­naires. Shame on you.

En­suite, vous vou­lez être des bons coups. Et vous es­ti­mez qu’être un bon coup, c’est faire or­gas­mer les femmes : mais pas une fois, pas dou­ce­ment, pas seule­ment pen­dant le cun­ni­lin­gus ou en sti­mu­lant ma­nuel­le­ment la zone concer­née. Non : vous vou­lez faire jouir deux fois. Trois fois. Douze. Dans toutes les po­si­tions et avec toutes les pra­tiques. Vous vou­driez que nous soyons des ma­chines à jouir, et tiens donc ? Trai­ter des hu­mains comme des ma­chines, ça s’ap­pelle de l’ob­jec­ti­fi­ca­tion. Mieux en­core : vous êtes si dé­so­lés, si vul­né­rables, quand « ça » ne se pro­duit pas, que les femmes fi­nissent par vous don­ner ce que vous de­man­dez. Mais en ver­sion fake. Quand vous vous col­lez la pres­sion, vous nous col­lez la pres­sion aus­si : la si­mu­la­tion per­met de faire chu­ter la ten­sion, et qui nous jet­te­ra la pierre ? Alors par­lons fran­che­ment. Vous avez be­soin de la si­mu­la­tion parce qu’elle vous va­lide comme amants, donc comme vrais hommes. Et quoi que vous ra­con­tiez lors des dî­ners mon­dains, mieux vaut une va­li­da­tion fac­tice que pas de va­li­da­tion du tout. En somme, plu­tôt que de vous plaindre, vous de­vriez dire mer­ci (et nous of­frir un cock­tail). Par ailleurs, tout n’est pas sombre au royaume des ma­ni­gances : les femmes ne si­mulent pas que pour vous plaire. C’est aus­si une ex­cel­lente ma­nière de nous mo­ti­ver, et qui sait, de vous of­frir un or­gasme réel quelques mi­nutes plus tard. Con­si­dé­rez que c’est de l’échauf­fe­ment – une pe­tite as­tuce pour se mettre dans l’am­biance.

Oh, qu’en­tends-je main­te­nant ? Que vrai­ment vous vou­driez vous ti­rer de ce cercle vi­cieux ? Alors re­pre­nons cet ar­ticle à l’en­vers. Tout d’abord, ces­sez de ju­ger vos com­pé­tences sexuelles au nombre d’or­gasmes que vous don­nez. Un or­gasme peut être nul. In­sa­tis­fai­sant. Mé­ca­nique. On peut s’en­nuyer. Un bon amant joue sur plus de ta­bleaux que ça : la jouis­sance mais aus­si la dé­cou­verte, la ten­dresse, le fun, la connexion émo­tion­nelle. À quoi sert de don­ner quatre or­gasmes si c’est pour fi­ler comme un mal­propre le len­de­main ? En­suite, faites re­tom­ber la pres­sion. Sti­mu­lez, lé­chez, ca­res­sez, sans avoir pour ob­jec­tif la jouis­sance. Faites-le pour le plai­sir. Parce que c’est doux, parce que ça fait du bien, parce que vous en avez en­vie – et sans es­ti­mer que vous êtes « meilleurs » parce que vous êtes plus ef­fi­caces. Bien sûr qu’on peut faire jouir en deux mi­nutes, mais est-ce plus agréable qu’en vingt mi­nutes ? L’or­gasme n’est que le point d’ar­ri­vée du plai­sir sexuel : même si nous ap­pré­cions l’in­ten­si­té et le gros raz-de-ma­rée des sen­sa­tions, nous ap­pré­cions aus­si le che­min qui nous y amène. Sauf si vous con­si­dé­rez que le sexe est désa­gréable en de­hors de l’or­gasme ?

Pre­nez votre temps : la pa­tience, ce n’est pas dix mi­nutes – plu­tôt trente. Ne de­man­dez pas tout le temps si « c’est bon », ne vé­ri­fiez pas le ni­veau de lu­bri­fi­ca­tion comme vous fe­riez avec votre vi­dange, ne vous sen­tez pas obli­gés de « réus­sir », ne vous dé­cou­ra­gez pas quand vous avez l’im­pres­sion de perdre votre par­te­naire – il peut y avoir des chutes d’ex­ci­ta­tion, des mo­ments moins spec­ta­cu­laires, le tra­jet du pre­mier re­gard à l’or­gasme ne consti­tue pas une ligne droite par­faite. Si vous vou­lez as­su­rer une dé­fla­gra­tion tout-ter­rain, uti­li­sez votre bouche (de­hors) et vos doigts (de­dans) pour une sti­mu­la­tion mul­ti­di­rec­tion­nelle – vous sa­vez le faire sur votre Xbox, vous pou­vez le faire sur une femme. Ne vous sen­tez pas obli­gés de tout faire avec la langue, sou­vent moins pré­cise que les doigts. Si vous sen­tez la de­moi­selle bien dis­po­sée, ten­tez l’arc cli­to­ris-anus qui com­bine ef­fi­ca­ci­té et at­trait des plai­sirs in­ter­dits.

Soit dit en pas­sant, votre ex­pé­rience de conqué­rant ne sert à rien : si vos cin­quante ex vous ont men­ti, au­tant vous consi­dé­rer comme pu­ceau. Il faut ré­ap­prendre, à chaque fois, donc de­man­der… à chaque fois. Bien sûr que vous al­lez par­fois « mal » faire – comme tout le monde. Bien sûr que c’est un peu aga­çant de se voir gui­der – mais c’est un péage d’em­bar­ras pour une au­to­route de plai­sir. Ap­pre­nez, le cas échéant, à vous ser­vir d’un vi­bro­mas­seur : ils sont plus ra­pides que vos doigts (vous ne bat­tez pas les oeufs en neige à la four­chette, si je ne m’abuse ?). Ils sont plus pra­tiques pour com­plé­ter une pé­né­tra­tion. Les demoiselles bien édu­quées vous di­ront quelle puis­sance et quel mode uti­li­ser, pen­dant com­bien de temps. Pour ré­su­mer ? Re­non­cez à la pen­sée ma­gique, à la sexua­li­té ma­gique, à l’idée que les femmes soient des ma­chines : non, vous n’êtes pas un dieu du sexe. Mais le plai­sir à taille hu­maine, c’est dé­jà pas mal. Et il vous vau­dra dé­jà toute notre gra­ti­tude.

Sti­mu­lez, lé­chez, ca­res­sez, sans avoir pour ob­jec­tif la jouis­sance. Faites-le parce que c’est doux, parce que ça fait du bien, parce que vous en avez en­vie.

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