IL ÉTAIT LE GARDE DU CORPS DU PA­TRON DE CHAR­LIE HEB­DO DANS L’OMBRE DE CHARB

Franck Brin­so­la­ro est l’une des vic­times les plus se­crètes de la tue­rie du 7 jan­vier. Avant de tom­ber sous les balles des frères Koua­chi à Char­lie Heb­do, il avait dé­jà échap­pé à la mort à plu­sieurs re­prises. Ses mis­sions l’avaient me­né aux quatre coins du

GQ (France) - - Recit -

I Used To Know » de Go­tye ? La même carte, jaune avec un ban­deau tri­co­lore, que celle des membres de l’équipe de Char­lie avec la­quelle Franck se fond. « Il était po­li­cier, et qua­si­ment membre d’une ré­dac­tion », dit Fran­çois Hol­lande le 14 jan­vier, les mains po­sées sur son pu­pitre, la voix su­bi­te­ment plus forte. Chaque jour, Franck rac­com­pagne Charb jus­qu’à sa porte. Sou­vent, il par­tage sa table aux Pe­tites Ca­nailles, le res­tau de la rue Ame­lot, dans le XIE ar­ron­dis­se­ment où la ré­dac de Char­lie Heb­do avait ses ha­bi­tudes. Les deux hommes s’en­tendent si bien que Charb lui accorde vo­lon­tiers le droit d’as­sis­ter aux confé­rences de ré­dac­tion de l’heb­do­ma­daire. « C’est du grand n’im­porte quoi, mais du n’im­porte quoi gé­nial! » confie un jour Franck à Sa­muel, l’ami qui l’hé­berge à Pa­ris lors de ces se­maines « rouges » – celles où il est en mis­sion. « À chaque in­fo qui tombe, ils crayonnent et s’amusent comme des en­fants. » L’inquiétude, spo­ra­dique, ne le quitte guère. Une fois, poin­tant du doigt une « une » de Char­lie Heb­do des­si­née par son « VIP », il lâche : « Un jour, ça va pé­ter. » Sa vi­gi­lance est sans re­lâche. Il sait trop bien qu’à l’in­verse de ses mis­sions pas­sées à Ka­boul, Ph­nom Penh ou Bey­routh, la rou­tine est sa pre­mière en­ne­mie. De temps en temps, il grille un feu rouge sur le re­tour à la mai­son de ce­lui dont il as­sure la « pro­tec » – et tant pis si sa hié­rar­chie le lui re­proche. Il va­rie les tra­jets en voi­ture, re­com­mande de chan­ger de res­tau­rant, re­doute, comme tous les of­fi­ciers de sé­cu­ri­té, les lieux avec trop de pu­blic, sans comp­ter ses heures, mal­gré ses 2 200 € men­suels. Cette sur­veillance est-elle tou­jours in­dis­pen­sable ? Même le jour­na­liste d’in­ves­ti­ga­tion Fabrice Lhomme se l’est de­man­dé. C’était la veille même de l’at­taque de Char­lie : le 6 jan­vier. Alors qu’avec son col­lègue du Monde Gé­rard Da­vet, il dis­cute avec les pa­trons du Ser­vice de la pro­tec­tion (SDLP) de leur propre pro­tec­tion sé­cu­ri­té (en sep­tembre 2014, les deux jour­na­listes ont re­çu à leur do­mi­cile des re­pro­duc­tions de cer­cueils frap­pés des dates de nais­sance des membres de leurs fa­milles), l’en­quê­teur évoque jus­te­ment le cas de Charb, pro­té­gé de­puis 2011, date de l’in­cen­die qui avait ra­va­gé les lo­caux de Char­lie Heb­do. « Il est na­tu­rel que le sen­ti­ment de dan­ger s’éloigne, lui ré­pond alors, en sub­stance, le pa­tron du SDLP. Mais nous es­ti­mons que ce n’est pas le mo­ment d’in­ter­rompre votre sur­veillance. D’ailleurs Charb est tou­jours au ni­veau 2 de sur­veillance ce qui, sur une échelle de 4, reste éle­vé. »

« Qu’est-ce qu’on fait Franck ? » Le len­de­main, 7 jan­vier, il y a confé­rence de ré­dac­tion rue Ni­co­las-ap­pert, à Pa­ris, dans le XIE ar­ron­dis­se­ment. C’est la der­nière adresse en date d’un jour­nal qui n’a ces­sé, ces der­nières an­nées, de dé­mé­na­ger. C’est la pre­mière grande réunion de ce dé­but d’an­née 2015. Tou­jours un mo­ment ris­qué puisque toute l’équipe est présente. Mais per­sonne, pas même Franck, ne peut ima­gi­ner croi­ser deux hommes en guerre. Peu après 10 heures et de­mie, Franck Brin­so­la­ro s’as­soit près d’une pe­tite table dans un coin de la salle. Au­tour de la table prin­ci­pale prennent place Charb, Ber­nard Ma­ris, Riss, Fabrice Ni­co­li­no, Phi­lippe Lan­çon, Ti­gnous, Ho­no­ré, Ca­bu, El­sa Cayat, Laurent Lé­ger et Si­go­lène Vin­son. Cette der­nière, chro­ni­queuse ju­di­ciaire, a ap­por­té du gâ­teau mar­bré. Re­te­nu par une réunion avec les sa­peurs-pom­piers de Pa­ris, Pa­trick Pel­loux n’est pas en­core ar­ri­vé.

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