A-t-il pu s’em­pa­rer de son .9 mm ?

GQ (France) - - Recit -

« Pop, pop », font les deux pre­mières balles des frères Koua­chi ce 7 jan­vier peu après 11 h 30, alors que vient d’être pos­té sur Twit­ter un des­sin d’ho­no­ré pré­sen­tant les voeux de Char­lie Heb­do à Al-bagh­da­di, le numéro un de Daesh (« Et sur­tout la san­té ! »). Cette fois, Franck en­tend. Com­prend. Les deux 7.62 frappent à la poi­trine Simon Fieschi (qui sur­vi­vra), le web­mas­ter dont le bu­reau se trouve juste à l’en­trée de Char­lie. En­core deux pas, le temps de fran­chir une porte vi­trée et les tueurs sont dans la salle de ré­dac­tion. « Qu’est-ce qu’on fait, Franck ? » Franck se lève. « Ne bou­gez pas de fa­çon anar­chique », l’en­tend dire Si­go­lène Vin­son (3). Il a juste le temps de por­ter la main à la cein­ture. Les balles fusent. Pas des ra­fales mais des coups mé­tho­di­que­ment lâ­chés. Seul homme ar­mé de l’as­sis­tance, a-t-il été le pre­mier tué ? A-t-il pu s’em­pa­rer de son .9 mm ? « On pense tous que Franck s’est le­vé l’arme à la main », confie à GQ un po­li­cier du SDLP, comme pour conju­rer toute autre hy­po­thèse. Dans son hom­mage, Fran­çois Hol­lande lui aus­si en est per­sua­dé : « Dans un ul­time ré­flexe, il ri­poste pour dé­fendre ceux qui l’en­tourent. Il est mort l’arme au poing. Les autres n’avaient que leur crayon. » Franck Brin­so­la­ro au­rait eu 49 ans le di­manche 11 jan­vier 2015. Le jour même où quatre mil­lions de Fran­çais ont im­mor­ta­li­sé « Char­lie ». On ne sau­ra ja­mais ce que l’ombre de Charb a ten­té. Ou n’a pu ten­ter. Les morts n’ont-ils pas le droit d’em­por­ter leur der­nier se­cret ?

15 jan­vier 2015 7 jan­vier 2015 13 jan­vier 2015

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.