« MON GROUPE A ÉTÉ STREAMÉ 68 000 FOIS ET N’A TOU­CHÉ QUE 150 € POUR ÇA. » MARC Ri­bot, MUSICIEN

GQ (France) - - Dossier -

de quit­ter la pla­te­forme sué­doise. Sur Spo­ti­fy, 150 plays re­pré­sentent en moyenne un eu­ro. L’ac­cès illi­mi­té a bel et bien un prix et, pour le mo­ment, ceux qui le payent sont donc ceux sans les­quels, pour­tant, la mu­sique n’exis­te­rait pas. « Le sys­tème est bon, il com­mence à vrai­ment faire sens aux yeux des gens, af­firme le pré­sident du la­bel RCA, Tom Cor­son. Les comptes gra­tuits vont pro­gres­si­ve­ment s’abon­ner, et les re­ve­nus vont gon­fler. » Tout le monde n’est pas d’ac­cord. Marc Ri­bot, fi­gure de la scène ar­ty new-yor­kaise de­puis les an­nées 1980, dé­clare : « Ces dix-huit der­niers mois, mon groupe a été streamé 68 000 fois et a tou­ché en­vi­ron 150 € pour ça. J’ai l’im­pres­sion que Da­niel Ek est à l’aise fi­nan­ciè­re­ment, en re­vanche je ne crois pas qu’il puisse dire la même chose de mes mu­si­ciens. » Da­niel Ek n’a pour­tant pas mon­té Spo­ti­fy pour de­ve­nir riche: il l’était dé­jà. À 14 ans, il vend ses ta­lents de pro­gram­meur à des so­cié­tés high­tech. En 2006, à 22 ans seule­ment, il vend son agence de pub en ligne et ar­rête de tra­vailler. Il s’achète une Fer­ra­ri rouge, une énorme mai­son à Stockholm et rince son en­tou­rage dans les clubs de la ville. Il se rend vite compte de la va­ni­té de sa si­tua­tion. « Je sais bien que c’est un pro­blème de riche, mais per­sonne ne vous ex­plique com­ment vivre une fois que vous avez fait for­tune. Je me suis re­trou­vé dé­pri­mé, au mi­lieu d’amis bi­don et de filles très jo­lies et très in­té­res­sées. Du coup, j’ai dé­ci­dé de ré­flé­chir à ce que je pour­rais faire de ma vie. » L’en­tre­pre­neur qui a ra­che­té son agence de pub lui conseille de s’in­té­res­ser à l’in­dus­trie mu­si­cale. « Au tour­nant du mil­lé­naire, j’avais été souf­flé par Naps­ter, se rap­pelle Ek. Jus­qu’alors j’écou­tais Roxette. J’ai dé­cou­vert du jour au len­de­main, grâce à ce lo­gi­ciel hal­lu­ci­nant, qu’il exis­tait autre chose: Me­tal­li­ca, Led Zep, King Crim­son, les Beatles, Bo­wie et les Sex Pis­tols. Ça al­lait tel­le­ment vite, c’était ma­gique! »

Les ca­ta­logues de la­bels en un clic Aus­si gé­nial qu’ait été Naps­ter, le lo­gi­ciel pion­nier du peer-to-peer ne se fon­dait, hé­las, sur au­cun mo­dèle éco­no­mique viable. « J’ai com­men­cé à cher­cher com­ment on pour­rait pré­ser­ver la qua­li­té du ser­vice dans un cadre plus lé­gal et plus ra­tion­nel, avec une vraie va­leur ajou­tée. Et c’est là que j’ai pen­sé au prin­cipe de l’écoute im­mé­diate : plu­tôt que d’at­tendre que le mor­ceau soit té­lé­char­gé, pour­quoi ne pour­rait-on pas l’avoir ins­tan­ta­né­ment, juste en un clic ? J’en ai par­lé à mon in­gé­nieur en chef, Ludvig Stri­geus, qui m’a ré­pon­du qu’on ne pou­vait pas faire ça, car In­ter­net n’était pas construit ain­si. Je lui ai dit qu’il fal­lait trou­ver un moyen. Quatre mois après, il avait un pro­to­type qui fonc­tion­nait. » Tech­ni­que­ment, Spo­ti­fy im­pres­sionne dès son lan­ce­ment, deux ans plus tard. C’est en termes ju­ri­diques et d’ac­cès aux ca­ta­logues des la­bels que Da­niel Ek et son équipe tombent sur des

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