Alain maillot, té­nor du bar­reau

Les Avo­cats D’af­faires

GQ (France) - - Enquete -

dé­buts, Jean Veil, le fils aî­né de Si­mone Veil, ne se sou­vient pour­tant pas avoir éprou­vé un « en­thou­siasme par­ti­cu­lier pour les pa­trons ». Mais après qua­rante-deux ans de bar­reau, l’avo­cat lan­cé par Mau­rice Lé­vy (le pa­tron de Pu­bli­cis), dont il se­ra « le dé­bi­teur pour tou­jours », a chan­gé d’avis. En réa­li­té, ana­lyse ce ju­riste à l’ébou­rif­fant car­net d’adresses, « dans notre mé­tier, nous sommes ac­teurs, mais aus­si voyeurs : nous voyons agir un cer­tain nombre de types re­mar­quables. C’est ju­bi­la­toire ! Pre­nez Ch­ris­tophe de Mar­ge­rie (le PDG de To­tal mort dans un ac­ci­dent à Mos­cou le 20 oc­tobre 2014, ndlr) et Mi­chel Pé­be­reau (EX-BNP), ils sont très dif­fé­rents mais tous deux ex­cep­tion­nels. » Vincent Bol­lo­ré est son client et, bien sûr, « un type for­mi­dable », tan­dis que Thier­ry Des­ma­rest (ex-to­tal), « tout ti­mide qu’il est, a été ab­so­lu­ment éblouis­sant » lors du pro­cès de la ca­tas­trophe AZF. « C’est mo­ti­vant, lâche ce­lui dont les ini­tiales ornent la che­mise blanche. On n’a pas en­vie de pas­ser pour un con. » D’un avo­cat à l’autre, le de­gré de proxi­mi­té va­rie. Dé­jà, ose l’un d’eux sous cou­vert de l’ano­ny­mat, la­vie so­ciale des pa­trons « est par­fois tris­tou­nette, les re­la­tions avec leurs en­fants sou­vent dé­sas­treuses… » À l’in­verse de Jean-mi­chel Dar­rois, connu pour ses va­cances avec Ni­co­las Sar­ko­zy ou des pa­trons du CAC 40, Di­dier Mar­tin, du ca­bi­net Bre­din-prat – l’autre grand nom fran­çais des ca­bi­nets d’af­faires – juge né­ces­saire « une cer­taine dis­tance ». « La me­sure de l’in­fluence n’est pas for­cé­ment liée à l’in­ti­mi­té », plaide-t-il avant de s’en­vo­ler pour l’asie. Grand, élan­cé et d’une in­fime cour­toi­sie, l’homme ex­celle dans la dis­cré­tion. D’ailleurs, alors qu’il a pro­mis à GQ de ré­flé­chir à un pa­tron au­près du­quel il pour­rait po­ser, il se ra­vise et nous rap­pelle, un brin gê­né : « Vous sa­vez, j’y ai re­pen­sé et je ne pré­fère pas. Ces gens at­tendent de nous une confi­den­tia­li­té to­tale, et on n’est pas là pour se mettre en avant…» Di­dier Mar­tin re­con­naît « une in­ti­mi­té » avec cer­tains de ses pres­ti­gieux clients, dont Di­dier Pi­neauVa­len­ciennes (l’ex-pa­tron de Sch­nei­der) ou la fa­mille Bet­ten­court, mais prin­ci­pa­le­ment « du­rant les opé­ra­tions ». Comme pen­dant ces trois mois de 1988 où il a pas­sé trois heures par jour avec le pré­sident de la So­cié­té Gé­né­rale, Marc Vié­not, pour contrer le raid, fi­na­le­ment avor­té, du fi­nan­cier Georges Pé­be­reau. C’est aus­si ce qu’a vé­cu Ga­briel So­nier, le ponte du droit des faillites qui a re­dres­sé une longue liste de so­cié­tés dont Eu­ro­tun­nel et Thom­son. Mais par­fois, té­moigne cet as­so­cié du ca­bi­net Gide, « ce­lui que vous avez sau­vé n’a plus qu’un sou­ci: ne plus vous croi­ser ! » Ce fut le cas avec le res­tau­ra­teur trois étoiles (à l’époque) Marc Me­neau. En 2007, le cui­si­nier bour­gui­gnon fait face à de graves en­nuis financiers. Pen­dant six mois, l’avo­cat et le chef se voient presque tous les jours, une re­la­tion conclue par un mer­veilleux dî­ner : « Et puis, plus rien. C’est le syndrome du mau­vais sou­ve­nir que l’on veut ou­blier. »

confi­dent ou simple four­nis­seur Se­lon Alain Maillot, le vir­tuose des fu­sions-ac­qui­si­tions, la dis­tance est « un des élé­ments du ca­rac­tère du­rable de cette re­la­tion ». Pour cette rai­son, il ne part pas en va­cances avec ses clients – « si­non l’été, je pas­se­rais de yacht en yacht! » – et, à part de rares ex­cep­tions, il ne tu­toie per­sonne. « Cha­cun à sa place. » Un sou­ve­nir l’amuse en­core : « Je me ren­dais chez un de ces clients mil­liar­daires qui a une grande af­fec­tion pour moi. Sur son té­lé­phone, il avait en­re­gis­tré les contacts de ses proches sous des nu­mé­ros. En 1, vous aviez son fils, en 2, son se­cond fils, et en 3, c’était moi. J’ai eu un sur­saut d’or­gueil. Et, j’ai dé­cou­vert que le 4 cor­res­pon­dait… à un ma­çon de Saint-tro­pez ! Après tout, je n’étais qu’un four­nis­seur comme un autre. » En re­vanche lorsque l’en­jeu de­vient pé­nal, la donne change car la ré­pu­ta­tion per­son­nelle du pa­tron est en jeu. « Ce n’est plus une re­la­tion client-four­nis­seur », confirme Alain Af­fle­lou, ju­gé et re­laxé en 2003 dans l’af­faire du Fon­do où il était pour­sui­vi pour re­cel d’es­cro­que­rie. Son avo­cat s’ap­pe­lait alors Her­vé Te­mime. As­sis dans la suite pa­ri­sienne du lu­ne­tier, au sep­tième étage du pres­ti­gieux Shan­gri-la, les deux hommes se vou­voient. Bien que très mé­dia­tiques, ils se ré­vèlent plein de pu­deur. « Je fe­rais beau­coup de choses pour Her­vé s’il me le de­man­dait. Je lui suis éter­nel­le­ment re­con­nais­sant », confie Alain Af­fle­lou

les ca­bi­nets STARS

L’avo­cat d’af­faires, en­core ap­pe­lé ju­riste cor­po­rate, ac­com­pagne l’en­tre­prise de sa nais­sance à sa dis­pa­ri­tion éven­tuelle. spé­cia­liste en droit des so­cié­tés, il su­per­vise son évo­lu­tion ju­ri­dique, des opé­ra­tions ex­cep­tion­nelles (fu­sions, ac­qui­si­tions, ces­sions) aux re­struc­tu­ra­tions, en pas­sant par les actes ju­ri­diques cou­rants. en rai­son de la mul­ti­pli­ca­tion des pour­suites pé­nales à l’en­contre des en­tre­prises, des avo­cats pé­na­listes peuvent aus­si être ame­nés à conseiller la so­cié­té ou son di­ri­geant. À Pa­ris, deux ca­bi­nets se par­tagent la tête d’af­fiche : bre­din-prat et Dar­rois-villey. en­deuillés il y a peu par la mort de Jean-fran­çois Prat et de

Phi­lippe villey, les deux ca­bi­nets sont de toutes les grosses fu­sions. Alors que bre­din-prat cherche à ap­pa­raître comme un col­lec­tif, Dar­rois mise plus sur la re­la­tion avo­cat-pa­tron et sur la per­son­na­li­té de son fon­da­teur, Jeanmi­chel Dar­rois. La ques­tion de la suc­ces­sion se pose âpre­ment, d’au­tant qu’en dé­cembre, le dau­phin pres­sen­ti, Oli­vier Diaz, a dé­ci­dé de quit­ter la mai­son de l’ave­nue vic­tor-hu­go pour skad­den, un concur­rent amé­ri­cain. Par­mi les ca­bi­nets bri­tan­niques, les plus ré­pu­tés sont Link­la­ters, fre­sh­fields et clif­ford chance. cô­té amé­ri­cain, on ci­te­ra clea­ry Got­tlieb, White & chase, Da­vis Polk, Weil Got­shal, Or­rick ou en­core skad­den.

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