DA­VID BO­WIE EST-IL UNE RAI­SON SUF­FI­SANTE POUR SE TRANS­FOR­MER EN PI­GEON ?

1

GQ (France) - - Mode -

On as­siste ce prin­temps à une hys­té­rie au­tour de l’ex­po­si­tion qui lui est consa­crée à la Phil­har­mo­nie de Pa­ris. Toutes les mai­sons vont cher­cher à se goin­frer de cette manne et c’est là bien lé­gi­time de leur part. Sai­sis­sez là la perche qui vous est ten­due d’en­fin af­fi­cher votre dis­cer­ne­ment. Fuyez les dé­bats au­tour de la per­sonne de Bo­wie, ne por­tez pas de T-shirt ou que sais-je d’autre à son ef­fi­gie. Mieux, faites l’idiot et pre­nez plai­sir à écou­ter les snobs vous par­ler de la por­tée de son oeuvre.

Il monte en nous une ir­ré­pré­hen­sible en­vie de don­ner une paire de gifles dès que s’ap­proche un éner­gu­mène jouant là son va-tout. Cet odieux per­son­nage nous fait pen­ser aux mal­heu­reux fi­gu­rants de sit­com, as­sis toute la jour­née à faire sem­blant de boire du thé dans ces feuille­tons in­sup­por­tables. Plan Vi­gi­pi­rate en ac­tion. La scène se passe à bord d’un avion. Brad Pitt oc­cupe le fau­teuil hu­blot, Ed­ward Nor­ton ce­lui d’à cô­té. Une en­vie pres­sante vient au pre­mier. Et voi­là qu’il s’in­ter­roge sur la bonne ma­nière de pro­cé­der : que doit-il pré­sen­ter à son voi­sin « son cul ou sa bite » ? Là, où un homme du monde au­rait tout Ce n’est pas parce qu’on vous re­com­mande chau­de­ment de pla­cer votre par­des­sus au por­te­man­teau qu’il ne vous ar­ri­ve­ra ja­mais de faire au­tre­ment. Le cas échéant, nous vous de­man­de­rons de plier en deux votre écharpe ou fou­lard, ses deux ex­tré­mi­tés se re­joi­gnant du cô­té où vous vous ados­sez, pull et blou­son po­sés par-des­sus. sim­ple­ment de­man­dé à son com­parse d’avoir l’ex­trême obli­geance de bien vou­loir se le­ver, le hé­ros de Fight Club glisse vers l’al­lée en crabe. Il se ré­ser­ve­ra la deuxième op­tion au mo­ment pour lui de croi­ser une hô­tesse dans l’al­lée. Un exemple pas for­cé­ment à suivre, donc. Soit vous êtes l’ini­tia­teur du mou­ve­ment, au­quel cas, sou­riant, vous in­vi­tez le monde à faire de même ; soit vous at­ten­dez – sans faire part de votre aga­ce­ment ni as­siette en plas­tique à la main – qu’une bonne par­tie du trou­peau se soit ser­vie. Vous êtes en­tou­ré des gens qui ré­flé­chissent avec leur es­to­mac, il vous faut faire preuve d’édu­ca­tion en vous ser­vant avec par­ci­mo­nie pour en lais­ser aux per­sonnes qui sa­livent der­rière vous.

Si le car­di­gan sou­ligne mal­gré lui l’em­bon­point et le col V donne des faux airs pro­vin­ciaux, que dire du col rond cou­plé à une cra­vate ? In­con­ce­vable ? À moins de s’ad­joindre les ser­vices d’une che­mise à col an­glais, connu pour ses pattes qui per­mettent à la cra­vate de jaillir. L’ac­tion as­phyxiante du col est alors frei­née. L’ob­ser­va­teur peut alors se plaire à mieux pro­fi­ter du pay­sage ves­ti­men­taire qui lui est of­fert. Pour que la ma­noeuvre opère, vous au­rez la gen­tillesse de nouer une cra­vate de lar­geur stan­dard (ce qui équi­vaut à celle de la plu­part de nos smart­phones). C’est le ma­ta­dor qui porte ce que l’on nom­me­rait com­mu­né­ment des es­car­pins, au sens ori­gi­nel du terme. Ils sont noirs et sans ta­lon, res­semblent à des chaus­sons de danse. On s’y glisse en bas de soie, roses dans la ma­jo­ri­té des cas. En cuir, ces sou­liers n’ont pas tou­jours eu de se­melles en ca­ou­tchouc aux ver­tus an­ti­dé­ra­pantes si pra­tiques lors­qu’il est ques­tion de com­battre un tau­reau. Dans l’es­prit d’un ma­ta­dor, se pro­té­ger est signe de déshon­neur. 1. Sans pince, on ne le re­passe pas plus qu’un jean. 2. Beige, il se couple avec un bla­zer d’un gris moyen et non avec un bleu ma­rine comme le croit la lé­gende po­pu­laire. 3. Ni mo­cas­sins ni ba­teaux. 4. Por­té avec des Con­verse, il est à l’aise dans son pé­ri­mètre sport : che­mise à car­reaux ou en jean et/ou sweat-shirt 5. Il n’est pas à la hau­teur lors d’une grande et chaude cé­ré­mo­nie. 6. Ses poches ca­va­lières bâillent fa­ci­le­ment, lais­sant s’échap­per votre pe­tite mon­naie. On pré­fère vous ar­rê­ter net, vous al­lez droit à la ca­tas­trophe. Mais on vous accorde des dons de men­ta­liste si vous êtes en me­sure de connaître les goûts du des­ti­na­taire en ma­tière de coupe, tex­tile, cou­leur exacte du tis­su et de sa dou­blure, mo­tif, nombre de poches et de bou­tons pour la veste, type et lar­geur d’épaules, pinces au pan­ta­lon, tour de taille, de poi­trine et de poi­gnet, lon­gueur de jambe, type de re­vers… Cette liste de cri­tères (non ex­haus­tive) ne tient évi­dem­ment pas compte des ha­sards et bonnes sur­prises. Mer­ci donc de ne pas em­bar­ras­ser ceux à qui vous vou­lez faire plai­sir.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.