AGRAN­DIR LE CADRE ? Suits. Da­vid Abi­ker

« Faire gran­dir les col­la­bo­ra­teurs » est de­ve­nu le leit­mo­tiv des ma­na­gers. Que si­gni­fie réel­le­ment cette for­mule qui trans­forme l’open space en pou­pon­nière ? Long­temps DRH, Da­vid Abi­ker est au­jourd’hui jour­na­liste à Eu­rope 1 où il anime « C’est ar­ri­vé ce

GQ (France) - - Buzz -

M «on plai­sir, c’est de faire gran­dir les col­la­bo­ra­teurs… » J’ai dé­cou­vert cette ex­pres­sion dans la bouche de la fon­da­trice d’une start-up au dis­cours très ro­dé. Elle au­rait pu dire « je m’in­té­resse au ma­na­ge­ment » ou « j’adore dé­ve­lop­per le ca­pi­tal hu­main » mais non, elle a pré­fé­ré ce lan­gage qui tient da­van­tage de la pué­ri­cul­ture que du ma­na­ge­ment. Et pour cause, quel ma­na­ger vous di­ra les yeux dans les yeux : « Cé­dric, il faut que je t’aide à gran­dir» ? Der­rière l’ex­pres­sion bien­veillante, il y a du bou­lot car « faire gran­dir », c’est for­mer, au­to­no­mi­ser, étendre les com­pé­tences et sans doute, un jour, pro­mou­voir ou lais­ser par­tir le « pe­tit de­ve­nu grand ». De cette re­la­tion qui frise par­fois le pa­ter­na­lisme, USA Net­work a fait une sé­rie avec Suits : Avo­cats sur me­sure (dif­fu­sée sur France 4 et Sé­rie Club). Har­vey Spec­ter, l’avo­cat confir­mé, y forme son jeune as­sis­tant, Mike Ross, aux rouages du business, sans omettre quelques conseils ves­ti­men­taires… Suits est l’ap­par­te­ment té­moin de la re­la­tion idéale ma­na­ger-col­la­bo­ra­teur. Pour Anne Dre­von, coach en développement col­lec­tif : « Il y a une am­bi­guï­té. Soit on donne à la per­sonne les moyens de se connaître, soit on for­mate, on fa­brique des clones. Les en­tre­prises s’in­ter­rogent de plus en plus sur la pos­si­bi­li­té de créer pour leurs col­la­bo­ra­teurs un ter­rain où ils puissent s’épa­nouir et être au­to­nomes. D’autres font cette pro­messe mais sont sou­vent ef­frayées à l’idée que les col­la­bo­ra­teurs prennent trop de li­ber­té. » Le plus sou­vent, les ma­na­gers ne font pas gran­dir,ils éva­luent, re­cadrent, mais peuvent-ils éman­ci­per ? Les grands groupes parlent de « ges­tion des hauts po­ten­tiels » et de­mandent aux cadres de faire émer­ger les bons. En­core faut-il, en tant que pa­tron, ne pas avoir peur de voir gran­dir la mar­maille. Il faut donc être sur ses gardes quand une en­tre­prise pro­pose de vous « faire gran­dir », car elle peut vous lais­ser gé­rer des pro­jets dont vous ne vou­lez pas for­cé­ment. Ou bien, au contraire, cette en­tre­prise veut re­pro­duire un mo­dèle stan­dard : y être « grand », c’est y avoir un bu­reau avec deux fe­nêtres et une Au­di A6 de fonc­tion…

Gran­dir n’est pas un mot ano­din, il est d’ailleurs plus uti­li­sé par les com­mu­ni­cants que dans l’in­ti­mi­té des bu­reaux, Sa to­na­li­té sco­laire ras­sure les forts en thème mais pas Claire Sch­noe­ring, DRH chez Vin­ci : « Ça sou­sen­tend que les cadres ne sont pas au ni­veau et c’est un peu in­fan­ti­li­sant. Je pré­fère par­ler d’ac­com­pa­gne­ment dans le développement des com­pé­tences. » Au­teur d’un Dic­tion­naire du nou­veau fran­çais, Alexandre des Is­nards juge, lui, que cette no­tion d’ac­com­plis­se­ment per­son­nel convient bien aux jeunes pousses sor­ties des meilleures écoles. En leur pré­sen­tant le tra­vail comme une suite d’ap­pren­tis­sages, on n’a pas à leur vendre l’es­prit d’équipe ou le pro­jet. Juste un plan de crois­sance. Mais ils de­vront gran­dir sans comp­ter leurs heures. Car le pas­sage du champ sé­man­tique du sport (ob­jec­tif, chal­lenge, com­pé­ti­tion…) à ce­lui de l’édu­ca­tion cache une autre réa­li­té : on s’en­traîne quelques heures par jour alors qu’on gran­dit 24 heures sur 24.

Mo­dèle de cette re­la­tion bien­veillante qui frise le pa­ter­na­lisme : la sé­rie

Pous­ser les cadres à gran­dir sous-en­ten­drait-il qu’ils ne sont pas au ni­veau ? La mal­adresse n’est ja­mais bien loin…

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