Charles Pé­pin

GQ (France) - - Buzz -

2heures en fin de jour­née pour « éle­ver l’âme des di­ri­geants »,

c’est le nou­veau for­mat pro­po­sé par Charles Pé­pin aux co­mi­tés de di­rec­tion. men­songe au nom du bien com­mun », se jus­ti­fie une jeune prof de phi­lo. Ti­tu­laire d’un doc­to­rat, Ju­lia de Fu­nès a mon­té sa so­cié­té, Pro­phil­con­seil, et mul­ti­plie les ate­liers chez Ac­cen­ture, De­loitte, Axa… « Pour cer­taines di­rec­tions, la phi­lo est une fa­çon d’or­ga­ni­ser et d’étouf­fer la sé­di­tion», ad­met-elle. En en­tre­prise, son pu­blic est gé­né­ra­le­ment très exi­geant. « Ces cadres sup ont tous fait des études su­pé­rieures. Or, leurs fa­cul­tés in­tel­lec­tuelles sont en sous-em­ploi dans l’en­tre­prise. Ils veulent vivre un mo­ment d’émo­tion in­tel­lec­tuelle », ob­serve Charles Pé­pin. S’il lui ar­rive, comme à Ra­phaël En­tho­ven, d’ani­mer des conven­tions en plein air à Saint-ma­lo de­vant 400 per­sonnes (« des shows de quinze mi­nutes où per­sonne n’écoute »), il pro­pose aus­si aux en­tre­prises un for­mat in­ti­miste et exi­geant, « l’ac­com­pa­gne­ment de co­mi­tés de di­rec­tion ». Deux heures, en fin de jour­née, au cours des­quelles il « élève l’âme des di­ri­geants avec le Pros­lo­gion de Saint-an­selme ». Une ma­nière, pour le prof agré­gé, di­plô­mé de Sciences Po et de HEC, de s’imposer lui-même une dis­ci­pline in­tel­lec­tuelle im­pla­cable. Car le risque est évident, pour les « phi­lo­sophes d’en­tre­prises » : ne plus tra­vailler. « On est dans une so­cié­té qui ré­tri­bue mieux quand c’est fa­cile et que ça ne de­mande pas de tra­vail », rap­pelle Foes­sel. Et puis, « le fan­tasme de la rock star est là, avoue un ha­bi­tué des shows. Avec la ten­ta­tion de la dé­ma­go­gie. » Le dé­bat est vieux comme l’op­po­si­tion de Pla­ton et des so­phistes : à par­tir du mo­ment où l’on est payé pour pen­ser, n’est-on pas obli­gé de don­ner quelque chose qui plaise ? Et ne fait-on pas ce qu’il faut pour que ça dure ? Charles Pé­pin confesse que Pla­ton La Gaffe, sur­vivre au tra­vail grâce aux phi­lo­sophes, la BD qu’il a pu­bliée l’an­née der­nière, lui a ou­vert de nou­veaux dé­bou­chés. Quant à Vincent Ces­pedes, il pri­vi­lé­gie clai­re­ment les thèmes qui concernent l’en­tre­prise (« L’am­bi­tion », « La jeu­nesse ») dans ses livres. « De toute fa­çon, quand tu fais au­tant de confé­rences, les cri­tiques ne re­çoivent plus tes livres de la même ma­nière. Au dé­but, j’avais peur que ça dis­cré­dite mon tra­vail. Main­te­nant que c’est fait, je suis li­bé­ré », se marre Pé­pin. Avant d’al­ler faire son show de­vant les em­ployés de Fa­ce­book.

« Les fa­cul­tés in­tel­lec­tuelles des cadres sup sont en sous-em­ploi dans l’en­tre­prise. Ils veulent vivre un mo­ment d’émo­tion

in­tel­lec­tuelle. »

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