LE PA­TRON AU­JOURD’HUI NE TIENT PAS LA PLUME MAIS LES COR­DONS DE LA BOURSE.

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GQ (France) - - Classement -

peut-être vé­cu », écri­vait GQ en 2013. Le « peut-être » est dé­sor­mais de trop. Le pa­tron, au­jourd’hui, ne tient pas la plume, mais les cor­dons de la bourse, même si la ten­ta­tion existe de com­men­ter le tra­vail de « ses » jour­na­listes (Pierre Ber­gé par­lant de « dé­la­tion » au su­jet du Swiss­leaks ré­vé­lé par Le Monde). Pour preuve, la liste des pro­prié­taires de la presse en France épouse tou­jours plus étroi­te­ment le clas­se­ment des mil­liar­daires hexa­go­naux : Ber­nard Ar­nault, pre­mière for­tune fran­çaise, pos­sède Les Échos ; Fran­çois Pi­nault, Le Point ; Serge Das­sault, Le Fi­ga­ro ; suivent Pa­trick Dra­hi, Xa­vier Niel, Vincent Bol­lo­ré… Plus que ja­mais, la va­leur de la presse tient au pou­voir qu’elle confère. Avant sa bou­li­mie pa­pi­vore, qui connais­sait Pa­trick Dra­hi ? S’il ne pos­sé­dait pas Le Monde, Xa­vier Niel au­rait-il ac­cueilli Fran­çois Hol­lande au lan­ce­ment de son in­cu­ba­teur de start-up ? Mal­gré l’équa­tion éco­no­mique com­pli­quée, le sec­teur fait preuve d’un in­croyable dy­na­misme. C’est pour­quoi notre clas­se­ment ac­cueille aus­si des hommes et des femmes qui di­rigent des ré­dac­tions, agitent des idées. Quel que soit le sup­port, les mé­dias de­meurent ces corps fas­ci­nants qui cris­tal­lisent les enjeux d’une so­cié­té. Les col­la­bo­ra­teurs de Char­lie Heb­do, notre n°1, en ont payé un prix ef­froyable. Mais pour cette rai­son, aus­si, les mé­dias res­tent un in­gré­dient in­dis­pen­sable à nos vies.

« J’adore l’in­fo, et je rê­vais d’être en­tre­pre­neur.» Si l’on me­sure la réus­site d’un homme aux en­ga­ge­ments pris et aux pro­messes te­nues, alors Alain Weill pour­rait bien faire of­fice de mè­treé­ta­lon. Quand, au dé­but des an­nées 2000, il a quit­té le groupe NRJ et ra­che­té la vieillotte RMC, per­sonne ne don­nait cher du groupe Nextra­dio qu’il ap­pe­lait de ses voeux. Une di­zaine d’an­nées et quelques rares échecs plus tard (la re­prise de La Tri­bune), ce pe­tit homme or­ga­ni­sé et tei­gneux (en ma­tière de lob­bying, il a re­lé­gué TF1 au rang de dé­bu­tante) di­rige, à 54 ans, un groupe à deux pé­pites : la très ren­table RMC et l’in­con­tour­nable BFM TV. Une ra­dio et une chaîne ir­ri­tantes d’ul­tra-vi­ri­li­té, mais à l’au­ra de mé­dias an­ti-sys­tème – rap­pe­lez-vous le ca­mou­flet in­fli­gé en di­rect à Fran­çois Hol­lande par Leo­nar­da Di­bra­ni – qui leur ga­ran­tit des au­diences ga­lo­pantes. Au prin­temps 2012, le trai­te­ment de l’af­faire Me­rah avait sa­cré BFM TV « chaîne du chaud » ; les at­ten­tats de jan­vier ont mis la concur­rence KO, non sans dé­clen­cher quelques po­lé­miques. Et voi­là Weill presque em­pe­reur.

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