HÉ­ROS MAL­GRÉ LUI li­ber­té et de ré­sis­tance, sym­bole de

GQ (France) - - Classement -

Le phé­no­mène, né d’un drame sans pré­cé­dent, est à la fois édi­to­rial, éco­no­mique et his­to­rique : en ce dé­but 2015, Char­lie Heb­do a do­mi­né l’ac­tua­li­té mé­dia­tique fran­çaise. Un titre de presse pas­sé de la pa­nade noire – le dé­pôt de bilan me­na­çait – à une si­tua­tion fi­nan­cière plé­tho­rique – près de 30 mil­lions d’eu­ros dans les caisses, un por­te­feuille de plus de 200 000 abon­nés contre 8 000 les jours pré­cé­dents. Le 11 jan­vier, 4 mil­lions de per­sonnes sont des­cen­dues dans les rues après l’at­taque qui a vu les des­si­na­teurs de l’heb­do sa­ti­rique, hé­ri­tiers d’un cer­tain es­prit soixante-hui­tard, Charb, Ca­bu, Wo­lins­ki, Ti­gnous, Ho­no­ré, mais aus­si l’éco­no­miste Ber­nard Ma­ris, la psy­cha­na­lyste El­sa Cayat, le cor­rec­teur Mus­ta­pha (avec Franck Brin­so­la­ro, Mi­chel Re­naud, Fré­dé­ric Bois­seau, Ah­med Me­ra­bet) tom­ber sous les balles des frères Koua­chi. Plus de 8 mil­lions de Fran­çais se sont pré­ci­pi­tés pour ache­ter le numéro « des sur­vi­vants » et re­fu­ser l’at­teinte à la li­ber­té de des­si­ner, mo­quer, et ca­ri­ca­tu­rer toutes les vaches sa­crées, re­li­gieuses ou non. Après l’in­cen­die des lo­caux du jour­nal, en 2011, le jour­nal n’avait pas ab­di­qué son es­prit li­ber­taire ; le plus dur, au­jourd’hui qu’il est de­ve­nu un

se­ra de faire fi des contraintes que ce sta­tut in­édit lui im­pose. Charge à Riss, nou­veau di­rec­teur de la pu­bli­ca­tion, Luz, Pa­trick Pel­loux, Ca­the­rine Meu­risse et les autres de la dé­la­ver, la dé­col­ler, sans frois­ser la gé­né­ra­tion spon­ta­née des « Je suis Char­lie ». Les co­pains en re­vanche, il fau­dra bien faire sans.

• FAITS D’ARMES : bien ins­tal­lé à la tête du Monde, Xa­vier Niel a glis­sé L’obs (et le site Rue 89) dans l’es­car­celle de son groupe, et ce pour une pe­tite quin­zaine de mil­lions d’eu­ros. Fa­cile. Mais le nu­mé­rique reste son ter­rain de jeu pré­fé­ré : la puis­sance de son école 42, as­so­cia­tion à but non lu­cra­tif, qui vise à fa­vo­ri­ser l’éclo­sion des « Bill Gates à la fran­çaise », a ins­pi­ré à Fran­çois Hol­lande le dé­sir d’une « grande école du nu­mé­rique ». Il a ou­vert à Pa­ris la plus grande pé­pi­nière d’en­tre­prises pour start-up­pers, qu’il pré­voit de lo­ger dans un en­semble im­mo­bi­lier, @home, à Ivry-sur-seine. • SIGNES PAR­TI­CU­LIERS : le ma­ga­zine Forbes éva­lue sa for­tune per­son­nelle à 10 mil­liards de dol­lars. GQ l’a sa­cré trois fois « homme le plus in­fluent des mé­dias ». • CV : créa­teur de ser­vices de Mi­ni­tel rose. Co­fon­da­teur de Free, in­ven­teur de la Box. Co­pro­prié­taire, avec Pi­gasse et Ber­gé, du groupe Le Monde.

« La presse peut ga­gner de l’ar­gent si elle est gé­rée in­tel­li­gem­ment. Ça veut dire mettre de l’ar­gent dans le conte­nu. » « Le Grand Jour­nal », 3/2/2015 • FAITS D’ARMES : alors que la ra­dio est ré­pu­tée « mé­dia d’ha­bi­tudes », il a re­nou­ve­lé la grille de RTL sans qu’elle cède sa pre­mière place en parts de mar­ché. Son coup de maître : rem­pla­cer Phi­lippe Bou­vard par Laurent Ru­quier, lais­sant Eu­rope 1 sur place. Un bé­mol : les au­di­teurs de RTL res­tent les plus âgés de toutes les sta­tions gé­né­ra­listes. Beau­coup moins flat­teur : au nom d’un né­ces­saire plu­ra­lisme (com­bi­né à un cer­tain prag­ma­tisme in­dus­triel), il n’en­vi­sage pas de re­ti­rer le mi­cro à Éric Zem­mour. • SIGNES PAR­TI­CU­LIERS : sus­cep­tible, fi­dèle, adepte des rou­fla­quettes taillées en de­mi-pointe. Fan des Stran­glers, des Stones et des Pre­ten­ders. • CV : maî­trise de géo­gra­phie, Sciences Po. Conseiller de Ni­co­las Sar­ko­zy (1994) puis de Phi­lippe Dous­teB­la­zy (1995) et Alain Jup­pé (1996). DG du quo­ti­dien

DG de France 2, pa­tron des chaînes thé­ma­tiques de M6. Il di­rige RTL de­puis 2009.

«Non, je ne suis pas can­di­dat à France Té­lé­vi­sions. » Le Monde, 7/2/2015

• FAITS D’ARMES : en re­pre­nant « Les Grosses Têtes », il a réa­li­sé un rêve d’ado, un car­ton plein à la ra­dio (deux fois plus d’au­di­teurs que son suc­ces­seur sur Eu­rope 1, Cy­ril Ha­nou­na), à la place de Phi­lippe Bou­vard. « On n’est pas cou­ché » ali­mente les ru­briques « clash », « buzz » des sites en quête de clics. Il a fait du re­cru­te­ment des suc­ces­seurs de Zem­mour et Naul­leau (Pul­var, Po­lo­ny, Ca­ron, Sa­la­mé, etc.) un évé­ne­ment mé­dia­tique. • SIGNES PAR­TI­CU­LIERS : bos­seur, fi­dèle, de gauche. In­sé­pa­rable de la pro­duc­trice Ca­the­rine Bar­ma. • CV : alors qu’une car­rière d’ex­pert comp­table s’ouvre à lui, il pousse la porte d’une ra­dio lo­cale ha­vraise. En 1987, il « monte » à Pa­ris : sketchs au Ca­veau de la Ré­pu­blique, puis dans « Ain­si font font font », sur An­tenne 2. Sa car­rière dé­colle avec « Rien à ci­rer », sur France In­ter en 1991. Il re­joint Eu­rope 1 en 1999 (« On va s’gê­ner »). France 2 : en­core « On va s’gê­ner », puis « On n’est pas cou­ché » (2006) et « On n’de­mande qu’à en rire » (2010). Il a ra­che­té le Théâtre An­toine (2011). • IL A DIT : « Je ne com­prends pas qu’on se plaigne de payer trop d’im­pôts. » Li­bé­ra­tion, 20/6/2014

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