« ici, comme à Hol­ly­wood, il faut un bon scé­na­rio, un bon pro­duc­teur et des stars. » ro­main Ser­man de la bpi While 42 et Be-bound, La­bo­ra­toires « Made in France »

LES nou­veaux rois de LA Si­li­con val­ley

GQ (France) - - Reportage -

un ob­jec­tif pré­cis : ac­com­pa­gner les aven­tu­riers qui ne cessent de dé­bar­quer dans ce temple de la côte ouest et ses 50 % du mar­ché mon­dial des « techs ». Les pré­sen­ter aux fonds amé­ri­cains, les ai­der à les convaincre d’in­ves­tir, c’est le job de Ro­main Ser­man. Dé­jà qua­rante so­cié­tés l’ont sol­li­ci­té pour ou­vrir des suc­cur­sales dans la baie. À l’hô­tel Four Season’s du centre de la ville, au 757 Mar­ket Street, où il a ses ha­bi­tudes, l’an­cien di­plo­mate livre, entre deux ca­fés, la stra­té­gie idéale pour réus­sir à San Fran­cis­co : « Ici, c’est comme à Hol­ly­wood. Il faut un bon scé­na­rio, comme en ce mo­ment les big da­tas ; un bon pro­duc­teur, ça ce sont les fonds financiers ; et puis des stars, c’est-à-dire une très bonne équipe. À San Fran­cis­co, on trouve tout ça très fa­ci­le­ment. »

la french touch Concer­nant le staff, Ro­main Ser­man se fé­li­cite de la qua­li­té hexa­go­nale des for­ma­tions d’in­gé­nieur, très ap­pré­ciées dans la « Val­ley ». « Même chez Apple, il y a des équipes 100 % fran­çaises ! », ju­bile-t-il. Il a pu van­ter cette « French touch » lors de la vi­site de Fran­çois Hol­lande, pre­mier pré­sident à s’être ren­du dans le pa­ra­dis des « techs » en fé­vrier 2014, une autre de ses fier­tés. Ce clan aime se re­trou­ver au 717 Bat­te­ry Street, dans un club fon­dé par deux mil­liar­daires du Net lo­cal et ré­ser­vé aux membres des meilleures so­cié­tés high-tech. As­sis non loin du bar, Mi­cha Be­no­liel, 42 ans, avale un crois­sant aux amandes. Spé­cia­liste – et pion­nier – des ques­tions de voix sur In­ter­net, cet an­cien ex­pert au­près de Skype est en passe de réus­sir son pa­ri : faire de toutes les an­tennes de té­lé­phones por­tables des ins­tru­ments pour créer un ré­seau com­plé­men­taire. C’est-à-dire le seul moyen de conti­nuer à com­mu­ni­quer quand les ré­seaux té­lé­pho­niques sont sur­sa­tu­rés. Son ap­pli­ca­tion Fi­re­chat, lan­cée en mars 2014, a fait un car­ton par­mi les ma­ni­fes­tants de Taï­wan « Je ne me mé­lange pas vrai­ment avec les autres. Les Fran­çais ont ten­dance à trop res­ter entre eux, à mon goût », constate-t-il. Le jeune en­tre­pre­neur peut néan­moins comp­ter sur la fi­dé­li­té de la mère-pa­trie puisque Xa­vier Niel, le tout-puis­sant pa­tron de Free, vient d’in­jec­ter 450 000 € dans sa so­cié­té, lui per­met­tant ain­si de le­ver 8,9 mil­lions d’eu­ros. Le deal a été conclu grâce à Jé­ré­mie Ber­re­bi, le bras droit de Niel ba­sé en Is­raël, vé­ri­table tour de contrôle des in­ves­tis­se­ments dans la Si­li­con Val­ley du ty­coon fran­çais.

l’éco­no­mie de la ra­pi­di­té Un autre homme est au coeur des mul­tiples deals qui se nouent entre San Fran­cis­co, la France et Is­raël: Fré­dé­ric Ben­qué. Cet an­cien po­ly­tech­ni­cien, ca­ma­rade de bu­reau d’em­ma­nuel Ma­cron à la banque Roth­schild, troque ré­gu­liè­re­ment ses tongs ca­li­for­niennes pour les cos­tumes gris du Tri­angle d’or pa­ri­sien. Ins­tal­lé dans un res­tau­rant du VIIIE ar­ron­dis­se­ment, il se fé­li­cite de la ra­pi­di­té avec la­quelle le business tourne dans la Si­li­con Val­ley : « Il m’est ar­ri­vé de faire des chèques de 40 000 € à des mecs que je ne connais­sais pas. En France, il au­rait fal­lu rem­plir des dos­siers. » Mais sur­tout Ben­qué ap­pré­cie l’état d’es­prit qui, se­lon lui, ir­rigue la Ca­li­for­nie : « on s’in­ter­dit d’être né­ga­tif tant on sait que la chance et la sé­ren­di­pi­té peuvent faire la réus­site de cha­cune des boîtes. » Il a d’ailleurs sou­vent ob­ser­vé des so­cié­tés au bord du dé­pôt de bilan fai­sant « pi­vo­ter » leur mo­dèle vers le nu­mé­rique, et de­ve­nir des réus­sites ma­jeures. Mais le fi­nan­cier est tout sauf naïf, et concède qu’il est ici plus dif­fi­cile de se faire re­mar­quer alors que des di­zaines de mil­liers de so­cié­tés tentent de ti­rer leur épingle du jeu. S’il y a un Fran­çais qui est dé­jà sor­ti du lot, c’est Jo­na­than Benassaya, le PDG de Dee­zer. For­tune faite, il scrute avec l’oeil du « par­rain »

L’union fait la force. c’est la phi­lo­so­phie de While 42, un ré­seau qui réunit ré­gu­liè­re­ment in­gé­nieurs et dé­ve­lop­peurs fran­çais pré­sents à San Fran­cis­co. While 42 compte 450 membres, et a com­men­cé à se dé­ployer dans 13 pays, ras­sem­blant au to­tal plus de 1 200 adhé­rents. Autre signe du dy­na­misme des Fran­çais de la val­ley : pour la pre­mière fois une start-up étran­gère, en l’oc­cur­rence fran­çaise, a été ac­cep­tée au Pa­lo Al­to re­search cen­ter, le cé­lèbre la­bo­ra­toire qui au­to­ri­té en ma­tière de re­cher­cher de­puis qua­rante ans. be-bound per­met des connexions in­ter­net de­puis le ré­seau 2g, pré­sent dans 90 % de la pla­nète.

l’ar­ri­vée et la réus­site de ses nou­veaux com­pa­triotes. Benassaya s’est ins­tal­lé dans la « Bay », même s’il n’a pas convain­cu Da­niel Ma­rhe­ly, son an­cien as­so­cié, de quit­ter Pa­ris. Le triomphe du juke-box nu­mé­rique mon­dial lui a of­fert les condi­tions pour dé­ve­lop­per sur ses fonds propres Stream­na­tion, sa nou­velle en­tre­prise, si­tuée au 333 Kear­ny Street. Une pla­te­forme qui per­met d’or­ga­ni­ser des don­nées dans le cloud. Après avoir vé­cu à Pé­kin, Shan­ghai et Pa­ris, il est convain­cu que « le centre de gra­vi­té des tech­no­lo­gies mon­diales se si­tue dans ce pe­tit pé­ri­mètre de SF. D’ailleurs, les Fran­çais qui ont réus­si à New York sont dans la fi­nance. » Même riche, Benassaya en pro­fite pour tordre le cou à cer­tains cli­chés: « on paie au­tant d’im­pôts ici qu’en France et le coût de la vie est trois fois plus éle­vé. » Un su­jet de tra­cas­se­rie que Jo­na­than Benassaya peut évo­quer avec son ami suisse Da­vid Mar­cus, 42 ans, co-fon­da­teur de Paypal, qui a dé­cli­né

À l’image des dis­cus­sions échan­gées avec leur concur­rent Whatsapp, ven­du près de 17 mil­liards d’eu­ros à Fa­ce­book lors d’un deal conclu di­rec­te­ment avec Mark Zu­cker­berg. « Trois jours avant, les pa­trons nous di­saient en­core qu’ils ne ven­draient ja­mais », ra­conte Gré­go­ry. Lui et son as­so­cié ne savent pas com­bien de temps leur aven­ture va du­rer. « J’avais dit à ma femme deux ou trois ans, mais je suis un men­teur, sou­rit Gré­go­ry, très at­ta­ché à son pays d’ori­gine et à son art de vivre. Ici dès que des Fran­çais se re­trouvent, ils parlent nour­ri­ture pour sa­voir où trou­ver telle crème fraîche ou telle ta­blette de cho­co­lat blanc. Tout se­rait par­fait si San Fran­cis­co était à vingt mi­nutes de Pa­ris. » Mais puisque sa banque vient de nom­mer un conseiller spé­cial pour trai­ter des af­faires des Fran­çais de San Fran­cis­co, Gré­go­ry Ko­ka­nos­ky n’est pas près de quit­ter l’el­do­ra­do. D’ailleurs, il a dé­mé­na­gé Textme sur Trea­sure Is­land, en plein dans la baie. Avec le rêve de faire tin­ter la cloche à Wall Street, un jour d’in­tro­duc­tion bour­sière réus­sie.

Ro­main Ser­man di­rige la banque pu­blique d’in­ves­tis­se­ment (bpi) de San Fran­cis­co. on lui doit la ve­nue de Fran­çois hol­lande dans la baie en fé­vrier 2014. une pre­mière.

L’en­tre­pre­neur de 45 ans vient concur­ren­cer les banques en met­tant di­rec­te­ment en rap­port prê­teurs et in­ves­tis­seurs. 1 et 3 - Mê­ler tra­vail no­made et plages de dé­con­trac­tion fait par­tie de la culture des net-en­tre­prises. 2- deux em­ployées du Lending club.

Adop­tée par­tout dans le monde, l’ap­pli­ca­tion per­met de com­mu­ni­quer sans aide sa­tel­lite. 1- Le chien rus­ty égaie les lo­caux d’open gar­den, la so­cié­té à la­quelle on doit Fi­re­chat. 2- Le tra­di­tion­nel cos­tume a dé­ser­té les rues de San Fran­cis­co. 3- Les en

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