FLO­RIAN PHI­LIP­POT « JE N’AI JA­MAIS VO­TÉ JEAN-MA­RIE LE PEN »

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GQ (France) - - Interview -

Com­ment fait-on pour adhé­rer au Front Na­tio­nal quand on est sur­di­plô­mé et que l’on n’a pas un pas­sé d’ex­trême-droite ? Et pour­quoi le fait-on ? Flo­rian Phil­li­pot est de­ve­nu de­puis quelques mois un ha­bi­tué des pla­teaux de té­lé­vi­sion, où il ré­pète à qui veut bien l’en­tendre que la pro­gres­sion de son par­ti est ir­ré­sis­tible et que Ma­rine Le Pen se­ra élue pré­si­dente de la Ré­pu­blique en 2017. Or, je suis per­sua­dé du contraire. m’a donc mis­sion­né pour com­prendre le par­cours tor­tueux et in­tri­gant du jeune (33 ans) vice-pré­sident du FN. Ren­dez-vous a été pris au bar de l’hô­tel Bel-ami à Saint-ger­main-des-prés, où il est ar­ri­vé dé­con­trac­té, sou­riant et sans cra­vate.

On ne voit plus que vous à la té­lé. J’ai l’im­pres­sion que vous re­pré­sen­tez le FN à vous tout seul. Ça doit être fa­ti­gant, non ?

FP : C’est sur­tout que le FN est glo­ba­le­ment peu représenté dans les mé­dias. Et vous exa­gé­rez, je ne le re­pré­sente pas seul : il y a Ma­rine Le Pen évi­dem­ment, Ma­rion Ma­ré­chal, Gil­bert Col­lard, Louis Aliot, ou Ni­co­las Bay qu’on voit de plus en plus. Dites plu­tôt ça aux mé­dias !

Sur les chaînes d’in­fo conti­nue, le FN n’est pas bien représenté, vous trou­vez ?

FP : Non. Je sais qu’on s’amuse à dire ça, mais si vous re­gar­dez les sta­tis­tiques du CSA, on oc­cupe que 5 à 7 % du temps d’an­tenne sur les chaînes d’in­fo, ce qui est très en des­sous de notre poids élec­to­ral ou dans les son­dages.

Vous avez dé­jà re­fu­sé une in­ter­view ?

Oui, bien sûr.

Parce que le sup­port vous dé­plai­sait ?

FP : Non, parce que j’avais l’im­pres­sion d’avoir dé­jà dit cinq fois la même chose. Parce que je n’avais pas le temps, parce que je sen­tais qu’il y avait une pos­si­bi­li­té de faire mon­ter quel­qu’un d’autre. Parce que sou­vent, c’est un peu com­pli­qué si vous ne pou­vez pas être rem­pla­cé. Bref, il peut y avoir mille et une rai­sons. Par exemple j’étais in­vi­té à « Sa­lut Les Ter­riens » sur Ca­nal+, je n’y suis pas al­lé, parce que j’avais un dé­bat avec Em­ma­nuel Ma­cron le même soir.

On di­rait que le FN manque de cadres pré­sen­tables. C’est peut-être pour ça qu’on vous voit au­tant. À chaque élec­tion, vous vous retrouvez avec des can­di­dats re­cru­tés à la va-vite, qui se ré­vèlent ra­cistes, an­ti­sé­mites ou né­ga­tion­nistes, et que vous êtes obli­gé d’ex­clure in ex­tre­mis…

Très peu.

Il y en a à chaque fois.

FP : C’est 0,1 % des can­di­dats pour les dé­par­te­men­tales sur 7 650 per­sonnes. Je ne suis pas naïf. Je sais qu’on nous passe en boucle les dix mêmes cas. On nous in­ter­roge presque tout le temps là-des­sus pour évi­ter de par­ler du fond. Sauf que si on fait le même tra­vail pour L’UMP et le PS, moi je vous en trouve des can­di­dats pas « pré­sen­tables », comme vous dites. Ça reste mar­gi­nal. On prend nos res­pon­sa­bi­li­tés, on condamne, on ex­clut. La preuve qu’on est com­pé­tents, il n’y a qu’à re­gar­der nos maires. En 2014, lors de la cam­pagne des mu­ni­ci­pales, on nous di­sait : « Ils n’au­ront pas d’équipes, ils n’au­ront pas pré­fets, les ad­mi­nis­tra­tions et les grands corps de l’état sui­vront tout de suite.

Vous êtes de­ve­nu n° 2 du FN un an seule­ment après avoir adhé­ré. Est-ce que ça a créé des ja­lou­sies ?

FP : À votre avis ? On est une com­mu­nau­té hu­maine, donc ça crée for­cé­ment des sen­ti­ments hu­mains de ce type. En même temps, je pense que je n’ai pas vo­lé les res­pon­sa­bi­li­tés que Ma­rine Le Pen m’a confiées. Ce­la fai­sait trois ans que je tra­vaillais étroi­te­ment avec elle, de­puis notre rencontre en 2009.

C’était l’époque où vous étiez le haut fonc­tion­naire ca­ché, ce­lui dont on ne peut pas dire le nom…

FP : L’époque où je fai­sais des confé­rences en bur­qa, et où j’avais 36 pré­noms dif­fé­rents (rires). C’était la vie d’un haut fonc­tion­naire qui, en même temps, es­sayait dé­jà de faire de la po­li­tique, ce n’était pas fa­cile.

Parce que vous étiez haut fonc­tion­naire ou parce qu’il vous était dif­fi­cile d’adhé­rer au FN ?

FP : Ah non, adhé­rer, ce n’était pas com­pli­qué. Si­non je n’au­rais pas ac­cep­té, deux ans et de­mi après ma sor­tie de L’ENA, de me mettre en dis­po­ni­bi­li­té et d’ap­pa­raître un beau jour d’oc­tobre 2011 en confé­rence de presse au­près de Ma­rine Le Pen comme di­rec­teur stra­té­gique de sa cam­pagne. Je me ca­chais par res­pect du droit : quand je tra­vaillais comme fonc­tion­naire au mi­nis­tère de l’in­té­rieur, j’avais un de­voir de neu­tra­li­té. Dès lors que je m’étais mis en dis­po­ni­bi­li­té, je pou­vais faire de la po­li­tique.

On vous soup­çonne d’être op­por­tu­niste, d’avoir choi­si le FN pour grim­per plus vite. Les énarques n’y sont pas lé­gion…

FP : Les gens qui ont ça en tête pro­jettent leur manque de convic­tion sur tout le monde. Eux ont peut-être un rai­son­ne­ment car­rié­riste et cal­cu­la­teur. Ils sont peut-être sor­tis de L’ENA en se di­sant « je vais à gauche » ou « je vais à droite » se­lon l’ac­tua­li­té du mo­ment.

Avant de vous dé­ci­der pour le FN, vous avez été at­ti­ré par le tan­dem

« Je ne me consi­dère pas comme un tech­no­crate, mais comme un mi­li­tant po­li­tique. »

Pas­qua-de Villiers aux eu­ro­péennes de 1999, puis par Jean-pierre Che­vè­ne­ment au mo­ment de la pré­si­den­tielle de 2002. Lors du ré­fé­ren­dum sur la cons­ti­tu­tion européenne de 2005, vous étiez à un mee­ting de Jean-luc Mé­len­chon. En fait, il n’y a que pour Jean-ma­rie Le Pen que vous n’avez ja­mais vo­té !

FP : En 1999, c’était mon pre­mier mee­ting sou­ve­rai­niste contre l’eu­rope de Bruxelles. En 2002, je fai­sais à fond la cam­pagne pour Che­vè­ne­ment comme simple mi­li­tant…

C’était l’époque « HEC avec le Che » ?

FP : Oui. Je suis dé­so­lé mais les dis­cours de Che­vè­ne­ment étaient très sem­blables à ceux du Front Na­tio­nal au­jourd’hui. Il par­lait du « chi­ros­pin », de « chi­pin et jos­rac », il ne se met­tait pas dans un camp. Et puis Che­vè­ne­ment c’est un grand pa­triote. Je dé­plore sa fin de car­rière, je la trouve un peu tris­tou­nette, mais ça a été un homme de ta­lent, de cou­rage, et de convic­tion. Concer­nant Mé­len­chon, je suis al­lé à un mee­ting contre la Cons­ti­tu­tion européenne où il ap­pa­rais­sait mais je n’ai ja­mais été proche de lui, en­core moins du Par­ti de gauche.

Vous n’avez donc ja­mais vo­té pour Jean-ma­rie Le Pen. Pas même au se­cond tour de la pré­si­den­tielle de 2002 ?

FP : J’ai vo­té blanc. Je n’ai pas vo­té Chi­rac. Mais, si je n’ai pas vo­té pour Jean-ma­rie Le Pen, je ne l’ai ja­mais dia­bo­li­sé. J’ai tou­jours été as­sez lu­cide sur les cam­pagnes contre lui. Je ne vais pas dire que j’ap­prouve tout ce qu’il a dit, bien évi­dem­ment, mais je lui re­con­nais un grand cou­rage, ce­lui d’avoir por­té le thème de l’im­mi­gra­tion très tôt, à un mo­ment où ce n’était fran­che­ment pas fa­cile. Au­jourd’hui, tout le monde re­con­naît qu’il y a un pro­blème avec l’im­mi­gra­tion. On parle de Fron­tex, de la Li­bye, des ré­fu­giés clan­des­tins. C’est de­ve­nu un lieu com­mun. On au­rait mieux fait d’écou­ter Jean-ma­rie Le Pen.

HEC, L’ENA, haut fonc­tion­naire, ça ne doit pas être fa­cile tous les jours d’être un tech­no­crate dans un par­ti qui a tou­jours conchié l’élite !

FP : Je ne me consi­dère pas du tout comme un tech­no­crate, mais comme un mi­li­tant po­li­tique. Le Front na­tio­nal consi­dère qu’il doit y avoir une élite en France, mais une élite pa­triote. On ne veut pas dé­truire de­main les grandes écoles, on veut sim­ple­ment y mettre de la di­ver­si­té idéo­lo­gique et so­ciale. En 2005, quand je sou­te­nais le « non » au ré­fé­ren­dum sur la Cons­ti­tu­tion européenne, il y a eu un son­dage in­terne à HEC : les étu­diants vo­taient oui à 93 %. Ça de­vait être pa­reil à Dès que j’ai dé­cou­vert Ma­rine à la té­lé, en 2004-2005, j’ai sen­ti une dé­ter­mi­na­tion à vou­loir ar­ri­ver au pou­voir, qui pas­sait par une stra­té­gie construite…

Jean-ma­rie Le Pen ne vou­lait pas le pou­voir ?

FP : C’est ce qu’il au­rait dit, je ne sais pas. Je ne conçois pas qu’on fasse de la po­li­tique pour ne pas avoir le pou­voir.

Si le FN se nor­ma­lise trop, ce que vous vous dé­si­rez ar­dem­ment, il risque de perdre ses élec­teurs pro­tes­ta­taires. S’il se dia­bo­lise, ce qui a tou­jours été la stra­té­gie de JeanMa­rie Le Pen, il n’exerce au­cune res­pon­sa­bi­li­té. Ce n’est pas une im­passe ?

FP : Je ne crois pas du tout à cette his­toire. Le FN doit as­su­mer son pro­gramme tel qu’il est. La dia­bo­li­sa­tion est une in­jus­tice in­fecte, ac­ti­vée par l’état de pa­nique gé­né­rale. J’ai­me­rais que le Front soit consi­dé­ré comme les autres par­tis, pro­té­gés par l’ar­ticle 4 de la Cons­ti­tu­tion fran­çaise, avec le res­pect qu’on doit à des gens qui s’en­gagent po­li­ti­que­ment. Il n’y a au­cun risque de ba­na­li­sa­tion. La nor­ma­li­sa­tion oui, la ba­na­li­sa­tion non.

Au PS, on peut jouer sur tous les cou­rants pour rem­por­ter les élec­tions, de l’an­ti­ca­pi­ta­lisme au so­cial-li­bé­ra­lisme, mais on voit bien les pro­blèmes que ça pose une fois au pou­voir. Au FN, ce se­rait en­core pire, non ? Les ul­tras au­raient beau jeu d’ac­cu­ser ceux qui sont au gou­ver­ne­ment d’être des vendus ou des mous…

FP : Le PS – comme L’UMP – n’est pas un par­ti de convic­tions et d’idées.

Les convic­tions, c’est plus fa­cile dans l’op­po­si­tion. Une fois au pou­voir, il faut s’adap­ter, on fait for­cé­ment des mé­con­tents. Les par­ti­sans de l’al­gé­rie fran­çaise vou­laient de Gaulle en 1958, ils ont vite dé­chan­té. Idem pour ceux qui croyaient que Mit­ter­rand al­lait rompre avec le ca­pi­ta­lisme…

FP : Et pour­tant je suis convain­cu de la ré­élec­tion de Ma­rine Le Pen en 2022. Parce que les Fran­çais vou­dront pour­suivre sur le che­min de re­dres­se­ment qui au­ra été des­si­né avec eux, en les im­pli­quant. Il y a quand même un exemple main­te­nant avec les mai­ries.

« On ne veut pas dé­truire les grandes écoles. Seule­ment

y mettre de la di­ver­si­té so­ciale et

idéo­lo­gique. »

Il y avait dé­jà eu des mai­ries FN par le pas­sé comme à Orange…

FP : Dans les an­nées 1990 oui, il y en avait quatre. Mais ce n’était pas le même Front. À l’époque, les élec­tions mu­ni­ci­pales avaient été abor­dées sous un angle très idéo­lo­gique. Cette fois, c’est très prag­ma­tique. On a onze mai­ries de plus de 10 000 ha­bi­tants, dont cer­taines de 50 000, et même une de 70 000 comme Bé­ziers. Aux élec­tions dé­par­te­men­tales, les scores ob­te­nus dans ces villes sont im­pres­sion­nants, ce qui prouve bien que les ha­bi­tants plé­bis­citent la ges­tion FN.

Au ni­veau na­tio­nal, ce se­ra une autre paire de manches. Une al­liance avec L’UMP n’est-elle pas in­dis­pen­sable ?

FP : Non, le Front na­tio­nal ne s’al­lie­ra ja­mais avec L’UMP. L’UMP est sur un lo­gi­ciel de dé­pas­se­ment de la France, eu­ro­péiste, mon­dia­liste, ul­tra­li­bé­rale, sans fron­tières. Comme le PS. En­suite, lo­ca­le­ment, qu’il y ait des gens qui viennent de ces par­tis, du Front de gauche ou de chez Du­pontAi­gnan, ça se fait dé­jà et ça va se mul­ti­plier. Le seul mou­ve­ment avec le­quel on pour­rait faire al­liance sans se com­pro­mettre, c’est ce­lui de Du­pont-ai­gnan. Voire avec le mou­ve­ment ré­pu­bli­cain et ci­toyen de Che­vè­ne­ment. Le reste ce se­rait de la tra­hi­son pure et simple.

Donc, le seul moyen, c’est que Ma­rine Le Pen passe de 6,5 mil­lions de voix en 2012, son re­cord, à plus de 18 mil­lions en 2017. Vous croyez que le FN peut at­ti­rer les sup­por­ters de Mé­len­chon, Sé­guin, Che­vè­ne­ment, Mon­te­bourg, Villiers, tout en gar­dant ses élec­teurs d’ex­trême-droite ?

FP : Vous vou­lez dire les élec­teurs pa­triotes j’ima­gine. On n’est pas dans une telle stra­té­gie. Je pense jus­te­ment qu’il ne faut pas trop cal­cu­ler, il faut être sin­cère. Il ne faut pas dire : « Ah, mais si je dis ça, ce se­ra per­çu trop à droite donc je vais perdre un peu sur mon flanc gauche », et vice ver­sa.

On a pour­tant vu le FN pas­ser d’un pro­gramme rea­ga­nien, ul­tra­li­bé­ral, an­tiÉ­tat, an­ti-fis­cal, un peu mo­nar­chiste sur les bords, proche des ca­tho­liques in­té­gristes et pro­fon­dé­ment an­ti-gaul­liste, à un autre laïc, ré­pu­bli­cain, an­ti­ca­pi­ta­liste, an­ti­li­bé­ral, qui veut ré­ta­blir les ta­rifs doua­niers…

FP :

Et gaul­lien.

Gaul­lien ou gaul­liste ?

FP : Moi, je suis gaul­liste, Ma­rine se dé­fi­nit comme gaul­lienne, ce qui est une fa­çon d’ex­pri­mer son at­ta­che­ment à cer­tains grands prin­cipes, no­tam­ment la ré­sis­tance et l’in­dé­pen­dance nationale. J’épouse pour ma part aus­si l’homme, ses mé­moires.

in­ter­mé­diaire, le tri­par­tisme, avant d’ins­tal­ler un nou­veau bi­par­tisme. Quand Valls dit : « On peut se re­trou­ver sur l’es­sen­tiel avec Sar­ko­zy », il dé­cide que ce se­ra eux contre nous. Mais ce se­ra un bi­par­tisme beau­coup plus fé­cond en idées et en dé­bats que l’an­cien, parce que cette fois, il op­po­se­ra des camps vrai­ment dif­fé­rents.

Com­ment ont ré­agi vos proches quand ils vous ont vu au FN ?

FP : La plu­part sa­vaient, ou se dou­taient, et ils ont été plu­tôt contents. Cette aven­ture hu­maine est quand même très exal­tante et in­té­res­sante. Et ils sa­vaient que j’étais mor­du de po­li­tique de­puis long­temps. Après, les quelques-uns qui m’en ont vou­lu, c’est sur­tout parce que je ne leur avais pas dit. Ils se sont sen­tis un peu à l’écart, un peu vexés. En tout, j’ai vrai­ment per­du un seul ami, qui lui, pour des rai­sons per­son­nelles, a rom­pu les liens tout de suite.

Ça vous a af­fec­té ?

FP : For­cé­ment. Ça me pa­raît tel­le­ment in­com­pré­hen­sible ! Je peux être ami avec des per­sonnes de toutes les sen­si­bi­li­tés po­li­tiques, je ne fais pas at­ten­tion à ce­la. On peut en dis­cu­ter, ça peut être amu­sant même. Et puis, j’aime bien aus­si par­ler d’autre chose, si­non au bout d’un mo­ment on de­vient fou.

Vous pour­riez être ami avec quel­qu’un qui est en porte-à-faux avec vos convic­tions ?

FP : J’ai beau­coup d’amis qui sont en porte-àfaux avec mes convic­tions (rires).

Vous pour­riez être ami avec un im­mi­gré clan­des­tin, par exemple ?

Pour­quoi pas.

Et avec un dé­lin­quant ?

FP : Je pour­rais être ami, mais je n’ou­blie­rais pas mes convic­tions. Je lui di­rais de re­ve­nir dans les clous (rires). Mais c’est un conseil d’ami. Il faut re­ve­nir sur terre, un clan­des­tin n’est ja­mais heu­reux, je pense, d’être clan­des­tin. Donc le meilleur conseil qu’on puisse lui don­ner, c’est de se remettre dans les clous de la loi.

Votre père est di­rec­teur d’école. Avoir un fils vice-pré­sident du FN ne lui a po­sé au­cun pro­blème ?

FP : C’est un père qui consi­dé­re­ra tou­jours que le bon­heur de son fils exis­te­ra tant qu’il fe­ra ce qu’il a en­vie de faire. Je ne dis pas que je n’avais pas une pe­tite ap­pré­hen­sion la pre­mière fois qu’on en a par­lé, sur­tout que l’ai pré­ve­nu bien tard. Main­te­nant, c’est dé­jà loin tout ça. Puis pour moi, ce n’est pas tant l’ou­ting – une pra­tique exé­crable – qui fait dé­bat que la ques­tion de la vio­la­tion de la vie pri­vée. Sa­voir que j’ai été sui­vi trois jours et tra­qué, ça me rend fou.

En vou­lant faire de la po­li­tique au XXIE siècle, vous sa­vez très bien que vous re­non­cez à avoir une vie pri­vée…

FP : J’es­père en­core en avoir une. Tous les per­son­nages pu­blics doivent gar­der une vie pri­vée.

Elle est ter­ri­ble­ment ré­duite, de nos jours. Vous de­viez vous dou­ter que ce­la ar­ri­ve­rait. Main­te­nant, vous voi­là dé­bar­ras­sé.

FP : Bien sûr, je ne suis pas naïf, en se mon­trant à cer­tains en­droits, avec les ré­seaux so­ciaux, ça va très vite. Mais là, on est vrai­ment dans autre chose, c’est vrai­ment quelque chose d’or­ga­ni­sé : on vous suit, on vous traque.

Vous avez lu Le Sui­cide fran­çais d’éric Zem­mour ?

FP :

Non.

Vous ne li­sez pas tous les au­teurs qui pour­raient ser­vir votre cause ?

FP : Non, parce que je l’ai tel­le­ment en­ten­du, je sais dé­jà tout ce qu’il dit. Je n’ai pas le cou­rage de le lire parce que j’ai l’im­pres­sion que je le connais dé­jà trop. Je pré­fère di­ver­si­fier mes lec­tures pour en­ri­chir au maxi­mum ma ré­flexion.

Le ci­né­ma a comp­té pour vous ? Et si oui, le­quel ?

FP : Moi, je suis fé­ru de plu­sieurs ci­né­mas… J’aime beau­coup Louis de Fu­nès.

C’est drôle, tous les po­li­tiques disent qu’ils aiment Louis de Fu­nès. C’est parce qu’il reste très po­pu­laire ?

FP : Vrai­ment. Il y a cer­tains films que j’ai vus 15 ou 20 fois. Et puis j’aime aus­si tout ce qui est du do­maine du th­riller, de l’étrange, du paranormal. À la té­lé­vi­sion, ça se tra­duit par « Faites en­trer l’ac­cu­sé » ou « Non élucidé ».

Je pen­sais que vous al­liez me dire Twin Peaks !

FP : Je connais très mal les nou­velles sé­ries. Je me suis ar­rê­té à X Files, qu’on ap­pe­lait à l’époque « Aux fron­tières du réel » parce qu’on tra­dui­sait le nom des sé­ries, et avant ce­la le Cos­by Show, Ma­dame est ser­vie…

Ça date un peu, en ef­fet. Vous n’avez pas l’im­pres­sion qu’en en­trant en po­li­tique, on s’ex­trait de la vie cou­rante, on se coupe de son époque, de sa culture, de tout ce qui la tra­vaille ?

FP : Si… Mais hon­nê­te­ment, je ne me sens pas dé­con­nec­té. Parce que j’ai des amis qui font un peu de tout. Parce que, quand on est au Front Na­tio­nal, nos mi­li­tants sont po­pu­laires, nos cadres aus­si, nos can­di­dats ! C’est nous qui pré­sen­tons la plus forte pro­por­tion d’ou­vriers, par exemple. Au PS, ils ont zé­ro ou­vrier dans leurs can­di­dats, nous, on a la plus forte pro­por­tion d’ou­vriers, d’em­ployés, d’ar­ti­sans com­mer­çants et d’étu­diants. Eh bien, avec ce mix, vous êtes dans la France. Après, oui, on a une vie de fous, on n’a pas le temps de re­gar­der cer­taines choses, mais je pense que ça n’em­pêche pas d’être connec­té.

Quand on fait de la po­li­tique, on ne s’in­té­resse plus qu’à la po­li­tique ? On ne parle, on ne re­garde, on n’écoute, on ne lit plus que de la po­li­tique ?

Beau­coup.

Le FN pros­père sur les mau­vais ré­sul­tats de notre éco­no­mie, chez les moins di­plô­més, les chô­meurs, et ceux qui ont peur de l’ave­nir. Quand on est op­ti­miste, on ne vote pas pour vous. Idéo­lo­gi­que­ment, vous êtes plu­tôt sur la dé­fen­sive, plu­tôt ré­ac­tion­naires. Vous ne trou­vez pas qu’il vous manque un idéal, un mo­dèle, quelque chose qui fe­rait un peu rê­ver, qui crée­rait une dy­na­mique po­si­tive ?

FP : Les pre­miers qui prennent la main que vous ten­dez sont ceux qui en ont le plus be­soin, donc ce n’est pas to­ta­le­ment aber­rant que les pre­mières lo­ca­li­tés dans les­quelles on a pro­gres­sé soient plu­tôt des villes à dif­fi­cul­tés. Ce n’est pas Neuilly-surSeine, voi­là ! Neuilly-sur-seine au­ra be­soin de nous un peu plus tard peut-être, ou le XVIE ar­ron­dis­se­ment de Pa­ris. Après, la dy­na­mique ac­tuelle montre quand même qu’on est sor­ti de cette lo­gique, c’est tout un pays qui se tourne vers nous. Le fait que l’on progresse au­tant en Bre­tagne aus­si.

Qui est en dif­fi­cul­té éco­no­mi­que­ment… C’est à nous après de prou­ver con­crè­te­ment que c’est bien le cas. Nous avons un idéal !

Et vous, per­son­nel­le­ment ?

FP : Moi, per­son­nel­le­ment j’ai un idéal, c’est la France !

La France d’hier ?

FP : Non, c’est la France de de­main. Nous por­tons un idéal émi­nem­ment positif. Vous sa­vez, notre slo­gan des dé­par­te­men­tales, c’est « L’es­pé­rance bleu Ma­rine ». On n’a pas choi­si « La re­vanche bleu Ma­rine ». C’est quand même beau­coup plus positif que les autres qui vous ex­pliquent à lon­gueur de jour­née que la France est toute pe­tite, qu’on ne peut rien faire donc qu’il faut la mettre dans les mains de ma­man Bruxelles, ou du père fouet­tard Bruxelles, plu­tôt. Ce n’est pas très positif comme mo­teur ça. Nous, on a une idée de la France du XXIE siècle. Et ce ne se­ra pas celle des an­nées 1960. On va ré­in­ven­ter la France. En même temps, cet idéal-là, vous, vous le voyez peut-être à tra­vers les mé­dias né­ga­ti­ve­ment parce que c’est un idéal qui est dia­bo­li­sé au­jourd’hui. Tout ce qui est na­tio­nal est mal vu. C’est l’air du temps des élites.

Parce que le mot tel qu’il est uti­li­sé au­jourd’hui, dans Front na­tio­nal, pré­fé­rence nationale ou iden­ti­té nationale, est de­ve­nu sy­no­nyme de re­pli sur soi.

C’est une erreur.

Vous ne trou­vez pas qu’il est uti­li­sé pour faire bar­rage à d’autres mots, plus adap­tés à notre époque, comme mon­dial, mul­ti­na­tio­nal, trans­na­tio­nal, in­ter­na­tio­nal, ou uni­ver­sel ?

FP : C’est une fa­çon de voir la ques­tion très biai­sée. On ac­cède à l’uni­ver­sel par le na­tio­nal. Moi je crois beau­coup à ça. Et la France a tou­jours eu cette ca­pa­ci­té à lier l’uni­ver­sel et le na­tio­nal. La Ré­vo­lu­tion Fran­çaise est fran­çaise et uni­ver­selle ! Eh bien, il faut que la France re­trouve ça. On ne peut pas être seule­ment in­ter­na­tio­na­liste. Parce que si­non la France n’est rien, elle n’in­carne rien. Et on ne peut pas s’ap­puyer sur un mo­dèle pour par­ler au monde. On veut s’ap­puyer sur un mo­dèle et en même temps par­ler au monde.

Dans la fa­mille Le Pen, on de­mande la pe­tite-fille de Jean-ma­rie, et la nièce de Ma­rine, 25 ans. Adhé­rente au FN en 2008, elle a la palme de la plus jeune dé­pu­tée de l’his­toire de la Ré­pu­blique de­puis son élec­tion dans le Vau­cluse en 2012.

L’ac­tuelle pa­tronne du FN, 46 ans, se rêve à l’ély­sée en 2017. Avo­cate de pro­fes­sion, la fille de JeanMa­rie Le Pen a suc­cé­dé en 2011 à son père, qui di­ri­geait le Front de­puis 1972.

Un des fon­da­teurs du Par­ti so­cia­liste, et un des men­tors de Phi­lip­pot. Can­di­dat à la pré­si­den­tielle de 2002, sé­na­teur, plu­sieurs fois mi­nistre, au­teur de la cé­lèbre for­mule : « Un mi­nistre, ça ferme sa gueule ; si ça veut l’ou­vrir, ça dé­mis­sionne. »

Coup de ton­nerre : le Pre­mier mi­nistre et can­di­dat PS Lio­nel Jos­pin est éli­mi­né au pre­mier tour, ce qui en­traîne un face-àface entre Jacques Chi­rac et Jean-ma­rie Le Pen : Chi­rac passe haut la main, avec 82 % de voix.

Le 29 mai de cette an­née-là, 54,68 % des Fran­çais ré­pondent « Non » à la ques­tion : « Ap­prou­vez-vous le pro­jet de loi qui au­to­rise la ra­ti­fi­ca­tion du trai­té éta­blis­sant une cons­ti­tu­tion pour l’eu­rope ? »

Le 12 dé­cembre 2014, le ma­ga­zine di­ri­gé par Lau­rence Pieau pu­blie sept pho­tos de Phi­lip­pot et d’un homme pré­sen­té comme son « ami » lors d’un week-end à Vienne (Au­triche). Clo­ser a été en­suite condam­né pour « at­teinte à la vie pri­vée ».

Lors des élec­tions mu­ni­ci­pales de 1995, le FN conquiert ses pre­mières mai­ries dont Orange, di­ri­gée par Jacques Bom­pard. Mais aus­si Ma­ri­gnane et Tou­lon.

Cette émis­sion, dif­fu­sée entre 2008 et 2014 sur France 2, ten­tait d’ap­por­ter des élé­ments nou­veaux à des en­quêtes en souf­france, comme l’af­faire Du­pont de Li­gon­nès. La der­nière sé­rie re­gar­dée par Phi­lip­pot, cen­trée sur les en­quêtes pa­ra­nor­males de Mul­der

Le pré­sident du par­ti De­bout la France est dé­pu­té de l’es­sonne de­puis 1997. Il a quit­té L’UMP en 2007 et siège dé­sor­mais en tant que non-ins­crit. En 2012, il re­pré­sen­tait 1,79 % des votes au pre­mier tour de la pré­si­den­tielle.

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