UN HOMME PEUT-IL SE FIER À SON ÂGE POUR MIEUX SE CHAUS­SER ?

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GQ (France) - - Mode -

Rien n’est plus insolite qu’une paire de bas­kets à la mode aux pieds d’un (pré) re­trai­té. Si l’an­ni­ver­saire de l’un d’eux ap­proche et que vous n’avez en­core au­cune idée de ca­deau, illu­mi­nez alors son es­prit d’une touche de fan­tai­sie. Ai­dez-le à ra­jeu­nir son image à moindre frais comme vous avez pas­sé votre pos­ta­do­les­cence à ten­ter de vieillir la vôtre.

Sur l’au­to­route des va­cances, op­tez pour une sta­tion spé­cia­li­sée dans la va­rié­té du temps pas­sé. Hur­ler à tue-tête les grands re­frains de la chan­son vous pré­pare à la dé­tente. Le mo­ment est ve­nu pour vous de tout lâ­cher. Per­sonne d’autre que vous ne les écoute puis­qu’au­jourd’hui nul ne consulte sa mes­sa­ge­rie vo­cale. Les smart­phones ne servent plus qu’à s’échan­ger des SMS et des mails. Seuls les fans du slow-tech prennent en­core le temps d’écou­ter ce que vous avez bien pu trou­ver de beau à leur dire. Si vous ai­mez tant vivre dan­ge­reu­se­ment, me­su­rez-vous plu­tôt à la pra­tique du golf ou fré­quen­tez les zoos des villes que vous vi­si­tez. Une connais­sance ap­pro­fon­die des ani­maux signe l’homme de goût. Et même si les pan­neaux vous l’in­ter­disent, je­tez-leur des pi­pas. Oui, les dé­mar­cheurs té­lé­pho­niques sont cas­se­bon­bons, mais son­gez à la chance que vous avez d’avoir échap­pé à la vie que le monde contem­po­rain leur a im­po­sée. À l’autre bout du fil, dis­si­pez donc votre aga­ce­ment par un re­fus po­li et cha­leu­reux: « Écou­tez cher ami, in­utile de perdre votre temps: je ne suis pas in­té­res­sé. Si je ve­nais à chan­ger d’avis, je vous le fe­rai sa­voir au plus vite. Mer­ci. Bon vent. » Pas très jo­jo, son an­cien uni­forme gris et vio­let fai­sait ja­ser. De­puis la fin de l’an­née der­nière, il a chan­gé. Pe­tit à pe­tit, l’en­tre­prise Ar­mor Lux lui four­nit une nou­velle te­nue, à sa­voir un cos­tume deux bou­tons bleu ma­rine (par­fait !) à li­se­ré rouge (par­don ?). À peu de choses près, il res­semble dé­sor­mais à l’usa­ger lamb­da. Cet ef­fet mi­roir bien pen­sé pour­rait-il en­gen­drer plus de ci­visme dans les voi­tures, les agences et les gares? À suivre. La vie d’un homme est une suc­ces­sion de cas pra­tiques au­quel le style ap­porte une ré­ponse. En plus de sa­luer les nou­veaux ar­ri­vants à leur mon­tée, ce­lui qui se trouve le plus près des bou­tons prend les com­mandes. S’il ne sort pas au pre­mier ar­rêt, il n’at­tend pas que les portes se re­ferment d’elles-mêmes et ap­puie sur la touche consa­crée à cette fonc­tion­na­li­té. Une étude per­son­nelle me­née au sein de notre im­meuble nous a mon­tré que rares sont les per­sonnes qui sou­haitent ac­cé­lé­rer le dé­bit. Dans les cours d’im­meubles et cages d’es­ca­liers, aux heures in­dues, ayez re­cours à votre force phy­sique pour mieux épar­gner ceux qui dorment en­core ou dé­jà, re­gardent le fond de leur bol.

Adop­ter un com­por­te­ment mar­gi­nal ne suf­fit pas à être per­çu comme un ori­gi­nal. À trop vou­loir res­sem­bler à un vieil of­fi­cier de la RAF, nous avons le mal­heur de vous ap­prendre que vous avez l’air d’un jeune con. En de­hors du fait qu’il faille res­pec­ter sa droite, vous se­rez mi­gnon de lais­ser une marche d’écart entre vous et la per­sonne qui vous pré­cède. Nous ne trou­vons au­cun plai­sir ou in­té­rêt à nous col­ler, tels des « frot­teurs » bi­zar­re­ment pres­sés. Et pres­sés de quoi, au juste ? Pour­quoi ne pas plu­tôt dou­bler par la gauche ? Mer­ci d’avance de nous écrire si vous pen­sez pos­sé­der la ré­ponse à cette ques­tion. En croi­sant les jambes, votre voi­sin nous épargne une vue sur son en­tre­jambe. Pour­sui­vons l’ef­fort et consi­dé­rons que deux jambes qui se che­vauchent peuvent pi­vo­ter. Au­tour de l’axe du tronc, elles peuvent se dé­pla­cer à gauche, à droite. Si l’as­sise est confor­table, l’am­biance dé­ten­due et l’al­cool puis­sant, l’homme peut être ten­té de trou­ver une po­si­tion dans la trans­ver­sale de son fau­teuil. Il se présente alors de trois quarts par rap­port à un in­ter­lo­cu­teur qui jus­qu’ici lui fai­sait face. Une po­si­tion vau­trée, cul à de­mi of­fert, et guère ap­pro­priée. Du frot­te­ment des se­melles des bas­kets plé­bis­ci­tées par le sa­la­rié contem­po­rain sur les mo­quettes de bu­reau naît une puis­sante élec­tri­ci­té sta­tique. Oui. Glis­sez-en mal­adroi­te­ment un bout à l’en­droit de votre taille qui vous semble être le plus ap­pé­tis­sant, ce­la per­met au vê­te­ment de ne pas to­ta­le­ment pen­douiller. À la pre­mière poi­gnée de main ve­nue, vous vous se­rez élec­tro­cu­té avant même d’avoir en­ta­mé le bras de fer pour le­quel vous étiez pour­tant an­non­cé ga­gnant.

fi­nie la ten­dance des grosses bé­sicles tape-à-l’oeil, cette an­née

les lu­nettes se font plus dis­crètes. Du moins par la taille et la forme ap­pe­lée pan­tos, qui était dé­jà très en vogue dans les mi­lieux ar­tis­tiques des an­nées 1940. Lé­gè­re­ment ovales, apla­ties sur la par­tie su­pé­rieure et do­tées d’un pont (par­tie qui re­pose sur le nez) qui s’ap­pa­rente à l’époque à une clé, ces lu­nettes sont ré­tro

et chics parce que sobres. n’ou­bliez-pas, less is more.

• Gior­gio Ar­ma­ni 450 € Le dé­tail Cette sai­son, les mon­tures en bois sont de mise. Celle-ci, réa­li­sée de fa­çon ar­ti­sa­nale et do­tée de branches fines pla­quées or se paie­ra le luxe d’un dé­jeu­ner (d’aff­faires) en ter­rasse.

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