UN AU­TEUR

GQ (France) - - Coulisses -

Lors­qu’il réa­lise son pre­mier film en 1959, Russ Meyer a dé­jà der­rière lui un pas­sé de G.I. et de pho­to­graphe pour Play­boy. C’est aux cô­tés du gé­né­ral Pat­ton qu’il a fait trois ex­pé­riences dé­ter­mi­nantes : celle de la vio­lence, du ci­né­ma (il filme la Li­bé­ra­tion de Pa­ris) et du sexe (He­ming­way l’em­mène au bor­del), qui se­ront les grands thèmes d’une oeuvre ra­di­cale et no­va­trice où les sou­tiens-gorge sont tou­jours trop étroits et les hommes prêts à s’en­tre­tuer pour les dé­gra­fer. John Wa­ters, réa­li­sa­teur de Cry-ba­by avec John­ny Depp (1990), af­fir­me­ra même que « Russ Meyer est l’ei­sen­stein du sex-film ».

Russ Meyer pro­dui­sait, écri­vait, mon­tait ses films seul et les dis­tri­buait dans le cir­cuit pa­ral­lèle des drive-in et des ci­né­mas de quar­tier. Cet af­fran­chi s’est ain­si ar­ro­gé une place à part entre Hol­ly­wood et l’un­der­ground en de­ve­nant l’un des pion­niers du ci­né­ma dit « d’ex­ploi­ta­tion ». Il dé­clare : « C’est de plus en plus dur d’évi­ter les majors. Mais ce que je fais au­jourd’hui, ils le fe­ront de­main. » Ce sty­liste ful­gu­rant ouvre dès lors la voie à la blax­ploi­ta­tion, au gore ou au hard­core qui sub­mergent les écrans des an­nées 1970 dans un dé­luge de vio­lence ur­baine, de dé­ca­pi­ta­tions et de « gorges pro­fondes ». Quen­tin Ta­ran­ti­no et Ro­ber­to Ro­dri­guez sau­ront s’en sou­ve­nir. Et lui rendre hom­mage avec le dip­tyque Grind­house (2007), sor­ti aux États-unis en double pro­gramme ( Bou­le­vard de la mort et Pla­nète Ter­reur), comme les films de Meyer à l’époque.

« Feast on it ! » : faites en un fes­tin ! Russ Meyer prô­nait un rap­port dé­com­plexé au corps (et aux seins) dans une Amé­rique pu­ri­taine.

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