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MIL­LION

GQ (France) - - Coulisses -

grillé un peu par­tout, il se ré­fu­gie à la ra­dio – quatre ans au sein du groupe NRJ, deux ans sur RMC –, écrit quelques bou­quins ven­geurs ( Le Bal des faux-culs, en 2004, L’en­fer du dé­cor, en 2005, aux Édi­tions L’ar­chi­pel), re­joint Eu­rope 1, et… lance son blog. Dans la fou­lée, Di­rect 8 lui confie une émis­sion mé­dias – « Mo­ran­di­ni ! » – et après quelques an­nées de lose, l’ani­ma­teur de­vient la star de son propre do­maine: le dé­cryp­tage de l’ac­tu té­lé/people, cô­té buzz et clashs. En oc­tobre 2008, Té­lé­ra­ma fus­tige ce « sys­tème Mo­ran­di­ni », qui consiste à « re­layer une ru­meur sur son blog, à la dé­men­tir sur Eu­rope 1 puis à ré­su­mer toute la po­lé­mique sur Di­rect 8». Sept ans plus tard, la mé­ca­nique est tou­jours la même, sauf que Jean-marc Mo­ran­di­ni, quia plan­té son der­nier talk-show la sai­son der­nière (« Mo­ran­di­ni : té­lé, people, buzz » a dis­pa­ru de la grille de NRJ12 au bout de deux se­maines), n’a plus que la ra­dio – « Le Grand Di­rect des mé­dias/de l’ac­tu/ de la san­té » sur Eu­rope 1 – et le web pour se po­si­tion­ner sur un maxi­mum d’évé­ne­ments « chauds ». Il s’ef­force donc de trans­for­mer un blog people en vé­ri­table ma­chine à in­fos, où tout est ré­su­mé en 500 signes, des dé­mê­lés ju­di­ciaires de Jean-luc La­haye aux at­ten­tats de Co­pen­hague. « La ligne édi­to­riale de son site n’est ef­fec­ti­ve­ment plus très claire, nous confie Daph­né Bür­ki, qui anime “Le Tube” sur Ca­nal+. Mais c’est quand même la deuxième chose que je consulte le ma­tin, après mes mails. Il couvre toute l’ac­tua­li­té mé­dia­tique, dif­fuse les au­diences… Et puis il faut bien avouer que ce zapping est plu­tôt amu­sant. On peut même fa­ci­le­ment de­ve­nir ad­dict… » Jean­marc­mo­ran­di­ni.com, site in­dis­pen­sable ou pe­tit plai­sir cou­pable ? « L’image du site n’est pas mau­vaise, contrai­re­ment à ce que vous sem­blez dire. » Jean-marc Mo­ran­di­ni, qui n’est pas du genre à se dé­fi­ler, sou­haite vi­si­ble­ment « ou­blier » les dé­buts as­sez chao­tiques de son site, sou­vent mo­qué pour son ama­teu­risme et ses conte­nus ras la cein­ture. Il faut dire qu’en neuf ans, la dé­on­to­lo­gie jour­na­lis­tique a pris une sa­crée gifle : titres racoleurs (« EX­CLU : Les pho­tos nues d’un des can­di­dats de “The Voice”, hier soir, en­flamment le Net »), rè­gle­ments de comptes mas­qués (« Au­diences en baisse, pro­blème d’image : la presse people en­quête sur “la des­cente” de Mat­thieu De­lor­meau », lire en­ca­dré), syn­taxe dé­sas­treuse, jean­marc­mo­ran­di­ni.com a tou­jours eu une ap­proche as­sez free­style du jour­na­lisme web. En 2012, il est condam­né à 50 000 € d’amende pour avoir pillé cer­tains conte­nus du Point (« Je dois avouer qu’au dé­but, je n’étais pas du tout sen­sible à la no­tion de source. Mais je n’étais pas un as du Net, je ne voyais pas le pro­blème. J’ai fi­ni par réa­li­ser que les gens y te­naient vrai­ment… »). Quelques mois plus tard, il doit ver­ser 5 000 € de dom­mages et in­té­rêts à ses concur­rents d’ozap (au­jourd’hui Pu­re­mé­dias) pour avoir bi­douillé ses chiffres d’au­diences et cla­mé qu’il était le pre­mier site mé­dias de France. Des aver­tis­se­ments qui ont fi­ni par convaincre ce pa­tron un poil trop re­lax de res­pec­ter les codes et de re­ca­drer sa pe­tite équipe : « On n’a pas les moyens d’en­quê­ter, mais on est très ra­pides, alors quand BFM lâche une in­fo, elle est 15 se­condes après sur Mo­ran­di­ni. Mais sour­cée BFM. Après, si les autres mé­dias pré­fèrent nous re­prendre nous… Quant aux fautes, je leur ai dit de faire des ef­forts… Je leur ai mis des ou­tils de cor­rec­tion à dis­po­si­tion. »

Mieux que Dru­cker et Ha­nou­na S’il est dif­fi­cile d’éva­luer l’in­fluence réelle de Mo­ran­di­ni, qui agit plus comme un re­lais mé­dia­tique puis­sant qu’un vé­ri­table poil à grat­ter, quelques chiffres hal­lu­ci­nants confirment la no­to­rié­té de l’ani­ma­teur : le nom Mo­ran­di­ni est, par exemple, ta­pé 1,2 mil­lion de fois par mois sur Google. Vingt fois plus qu’ha­nou­na, et qua­rante fois plus que… Dru­cker. Sui­vi par 582 000 per­sonnes sur Twit­ter, son ap­pli­ca­tion a été té­lé­char­gée plus de 600 000 fois. Des chiffres sé­rieux pour un ani­ma­teur que le mi­lieu a ten­dance à prendre pour un clown : « Il y a un faux-der­chisme to­tal dans ce mé­tier », ex­plique Re­naud Re­vel, jour­na­liste à L’ex­press qui tient le blog Im­mé­dias et a tra­vaillé avec l’ani­ma­teur sur son émis­sion d’eu­rope 1. « C’est comme ceux qui vous disent que la presse people, c’est de la presse de ca­ni­veau. Ce sont les pre­miers qui achètent Clo­ser. Mo­ran­di­ni, c’est pa­reil. Tout le monde se pince le nez, mais tout le mé­tier a son ap­pli­ca­tion sur son smart­phone. Ce n’est pas de la grande lit­té­ra­ture, c’est fait sur un coin de table, mais c’est la culture BFM. » « On a ins­tal­lé une son­ne­rie par­ti­cu­lière pour les pushs de notre ap­pli­ca­tion mo­bile. Du coup, pen­dant les confé­rences de ren­trée et les tour­nages, tous les por­tables se mettent à son­ner dès qu’on en­voie une alerte, et je dé­couvre que tous ceux qui mé­prisent of­fi­ciel­le­ment notre site ont l’ap­pli­ca­tion sur leur mo­bile. C’est as­sez drôle », ra­conte le ré­dac­teur en chef du site, Ké­vin Va­tant. Une anec­dote en par­tie confir­mée par Ber­trand

« Au dé­but, je n’étais pas du tout sen­sible à la no­tion de source. Je n’étais pas un as du Net,

je ne voyais pas le pro­blème. J’ai fi­ni par réa­li­ser que les gens y te­naient vrai­ment… »

Mo­ran­di­ni pé­riode « Ne zap­pez pas ! », le slo­gan de « Tout est pos­sible », la deuxième par­tie de soi­rée trash de TF1 de 1993 à 1997. LE NOMBRE DE VI­SI­TEURS UNIQUES SUR LE SITE JEAN­MARC­MO­RAN­DI­NI.COM EN JAN­VIER. L’AP­PLI­CA­TION A ÉTÉ TÉ­LÉ­CHAR­GÉE 600 000 FOI

Au mi­cro du « Grand di­rect des mé­dias », tous les ma­tins sur Eu­rope 1, de­puis 2003.

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