La grande com­pli­ca­tion

VOYAGE Au Centre De la ma­tière L’hor­lo­ge­rie suisse n’a pas le mo­no­pole de la com­plexi­té mé­ca­nique : ici, un nou­veau sous-dé­tec­teur ins­tal­lé du­rant le long ar­rêt de l’ac­cé­lé­ra­teur. Une pièce comme une autre de l’im­mense puzzle LHC dont la construction a co

GQ (France) - - Reportage -

ce­lui où les composants des pro­tons vont in­ter­agir de la fa­çon la plus forte. C’est comme per­cu­ter deux conte­neurs rem­plis de pa­tates et de seule­ment quelques pas­tèques, et de vou­loir juste ana­ly­ser ce qui se passe lorsque deux de ces pas­tèques se ren­contrent. » Le 4 juillet 2012, c’est ici qu’a été dé­cou­vert le bo­son de Higgs, une par­ti­cule dont l’exis­tence avait été théo­ri­sée. La preuve fon­da­men­tale que la ma­tière et l’uni­vers fonc­tionnent bien comme on l’a ima­gi­né. reste main­te­nant à l’ob­ser­ver : « Nous n’avons pas vu les bo­sons de Higgs, mais les consé­quences de leur dés­in­té­gra­tion, confie Ma­ru­mi Ka­do. Par exemple, nous avons ob­ser­vé deux pho­tons dont la masse avait un pic qui cor­res­pond à l’exis­tence d’un bo­son. » Élé­men­taire, mon cher Wat­son. L’ar­rêt du LHC en fé­vrier 2013 était une ré­vi­sion pla­ni­fiée. Qui ne va pas sans contraintes. « Avant même de pou­voir in­ter­ve­nir des­sus, il faut at­tendre trois mois pour ré­chauf­fer cette masse, puis quatre à cinq mois pour la re­froi­dir par la suite. La ma­chine compte près de 43000 tonnes d’ai­mants à main­te­nir à -271 °C », in­dique Jean Ta­vian, chef du groupe cryo­gé­nie au Cern. L’oc­ca­sion d’amé­lio­rer l’ap­pa­reil qui souf­frait de quelques dé­fauts mis en lu­mière par un in­ci­dent sur­mé­dia­ti­sé lors de son pre­mier dé­mar­rage en sep­tembre 2008 : « Sur les 10 000 connexions élec­triques entre les ai­mants, une était mau­vaise. » Un arc élec­trique pro­vo­qua une fuite d’hé­lium dont la pres­sion en­dom­ma­gea un élé­ment du LHC. Et une im­mo­bi­li­sa­tion d’un an.

lhc, sai­son 2 Au pro­gramme des tra­vaux de main­te­nance qui ont pré­cé­dé le lan­ce­ment : des connexions élec­triques sé­cu­ri­sées, dix-huit nou­veaux ai­mants, un meilleur sys­tème cryo­gé­nique… Et sur­tout une éner­gie de col­li­sion des par­ti­cules qua­si­ment dou­blée. « Ce­la va nous per­mettre d’aug­men­ter le nombre de col­li­sions in­té­res­santes », af­firme Ma­ru­mi Ka­do. En aug­men­tant l’éner­gie, les scien­ti­fiques au­ront donc plus de chances de re­créer des bo­sons de Higgs pour pou­voir les étu­dier. Mais leurs re­cherches ne se li­mitent pas à cette simple par­ti­cule : au pro­gramme de la sai­son 2 du LHC, la re­cherche de la ma­tière noire, une mys­té­rieuse ma­tière qui, bien qu’in­vi­sible (d’où son nom), com­pose une bonne par­tie de l’uni­vers et agit sur la gra­vi­té. Ma­ru­mi ai­me­rait bien la re­créer en la­bo­ra­toire – peut-être en la pro­dui­sant à par­tir des bo­sons de Higgs, jus­te­ment. Et il ne s’agit que d’un seul des nom­breux su­jets d’étude sur les­quels le Cern va plan­cher dans les an­nées à ve­nir, et qui per­met­tront d’ou­vrir d’autres portes à la phy­sique quan­tique. Quant aux trans­fron­ta­liers pres­sés de re­joindre leur bu­reau, là-haut en sur­face, qu’ils se ras­surent: au­cun trou noir n’est pré­vu dans la ma­chine.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.