800

LA COR­BEILLE Du PSG Le nombre de de­mandes d’in­vi­ta­tions pour les plus gros matchs. Deux sa­la­riés à plein-temps les étu­dient, su­per­vi­sés par le bras droit de Nas­ser : Adel Aref. Dans sa tri­bune vip, le PSG a tou­jours mê­lé po­li­tiques, pa­trons et cé­lé­bri­tés

GQ (France) - - Enquēte -

monde de la nuit, du genre à po­ser sur Ins­ta­gram avec Phar­rell Williams, cet homme aux mul­tiples cas­quettes or­ga­nise aus­si les soi­rées de titres du PSG, dans les boîtes de nuit pa­ri­siennes. Une de ses mis­sions consiste à guet­ter les ve­dettes de pas­sage en ville puis à ac­ti­ver ses ré­seaux pour les as­seoir au Parc. Dé­crit comme ri­gou­reux et dis­cret avec la presse, Adel Aref n’a pas sou­hai­té ré­pondre à nos ques­tions.

le pa­ris qui brille Les choix de l’homme de confiance de Nas­ser ne font pas que des heu­reux. Tout le monde n’a pas la po­pu­la­ri­té suf­fi­sante pour goû­ter aux joies de la tri­bune VIP. « Y être convié n’est ja­mais une évi­dence, ana­lyse Bruce Tous­saint. C’est un pri­vi­lège, une ré­com­pense, un signe de votre as­cen­sion mé­dia­tique. » Le jour­na­liste et pré­sen­ta­teur de la ma­ti­nale d’i-té­lé, par ailleurs abon­né au Parc des Princes avec son fils, évoque les un ou deux jours de sus­pense, entre la de­mande et la ré­ponse du club. « Il n’y a ja­mais de pleur­ni­chage, af­firme Alain Cayzac. Tout le monde a bien conscience que ces places sont une den­rée rare. » L’an­cien pré­sident du PSG (2006-2008) re­con­naît pour­tant lui-même qu’il y a des dé­çus. Il y a quelques se­maines, il a croi­sé JeanPaul Bel­mon­do dans un ca­fé. L’acteur s’est éton­né de ne plus être in­vi­té. Même constat pour le chan­teur En­ri­co Ma­cias, lui aus­si fi­dèle du club pa­ri­sien de­puis sa créa­tion : « On ne m’ap­pelle plus. Je pré­fère al­ler sup­por­ter mon équipe avec mes amis, en tri­bune Pa­ris, de l’autre cô­té du stade, ou alors en C Rouge. » « C Rouge », là où tout a com­men­cé. Lorsque le PSG ac­cède à la Pre­mière Di­vi­sion en 1974, cette tri­bune à droite de la cor­beille se meut pro­gres­si­ve­ment en re­paire des pieds-noirs du Sen­tier. C’est alors le Pa­ris qui brille, com­mer­çant et sé­pha­rade, fa­çon La Vé­ri­té si je mens ! Les pontes du prêt-à-por­ter, comme Gé­rard Da­rel, dis­tri­buent les in­vi­ta­tions à leurs clients. On vient au stade avec la nou­velle ber­line, par­ler des af­faires de la se­maine et serrer quelques mains. Le cou­tu­rier Da­niel Hech­ter, pré­sident du club de 1973 à 1978, ra­mène ses amis En­ri­co Ma­cias, Fran­cis Hus­ter et Hen­ri Sal­va­dor. « J’ai tou­jours pen­sé que les matchs de foot­ball étaient un lieu de ren­contres, pro­fesse-t-il, que si on vou­lait mo­ti­ver le pu­blic der­rière cette équipe, il fal­lait d’abord mo­ti­ver le mi­cro­cosme éco­no­mique, ar­tis­tique, in­tel­lec­tuel et po­li­tique. » Une image « bran­chée » que les di­ri­geants et ac­tion­naires suc­ces­sifs, de Fran­cis Bo­rel­li à Qa­tar Sports In­vest­ments (QSI), en pas­sant par Co­lo­ny Ca­pi­tal et Ca­nal +, ne re­nie­ront ja­mais. « Il ne faut pas ou­blier d’où vient le PSG, du show-biz et de la com’, ra­conte Alain Cayzac. C’est sa na­ture pro­fonde,

son ADN. » À par­tir de 1991, la chaîne cryp­tée don­ne­ra même à ce ren­dez-vous de cé­lé­bri­tés une nou­velle au­ra. Les ha­bi­tués de cette époque ra­content le par­fum des ci­gares cu­bains de Pierre Les­cure et Charles Ta­lar, res­pec­ti­ve­ment PDG de Ca­nal + et membre fon­da­teur du PSG. D’autres re­latent le calme su­per­sti­tieux de Mi­chel De­ni­sot. « On a fait de la cor­beille à la fois un ou­til de re­la­tions pu­bliques et un lieu pour ama­teurs de foot­ball », in­dique l’an­cien pré­sen­ta­teur du « Grand Jour­nal ». Pré­sident dé­lé­gué du PSG, il y fait ve­nir « des gens avec les­quels la chaîne est en af­faires », ou Mick Jag­ger et Oli­ver Stone. Le jour­na­liste sou­rit en­core des frasques d’un Jacques Chi­rac peu éru­dit en ma­tière de bal­lon rond. Un soir, alors que l’at­ta­quant pa­ri­sien Da­niel Bra­vo ins­crit un but, le maire de Pa­ris de­mande à l’oreille de Mi­chel De­ni­sot : « Qui a mar­qué ? – Bra­vo. – Oui, mais bra­vo qui ? » Lors d’un autre match, en pleine cam­pagne pré­si­den­tielle, le Cor­ré­zien in­ter­pelle Pierre Les­cure dans un cou­loir qui mène aux toi­lettes: « Cher pré­sident, c’est ab­so­lu­ment scan­da­leux, la fa­çon dont vos ma­rion­nettes des Gui­gnols me traitent ! »

« Je vous re­con­nais, vous êtes la dame du parc » Une femme a bien connu la cor­beille de Ca­nal +. De 1992 à 2004, Va­lé­rie de la Ro­che­bro­chard y a joué les chefs d’or­chestre. La res­pon­sable des re­la­tions pu­bliques de la chaîne cryp­tée com­pose et re­com­pose alors les « plans de table », mou­vants jus­qu’à la der­nière mi­nute, avant de les sou­mettre à Pierre Les­cure et Mi­chel De­ni­sot. Elle se sou­vient d’un épi­sode mé­mo­rable avec Jacques Chi­rac, lors de la fi­nale de Coupe de France 1995, entre le PSG et le Ra­cing Club de Stras­bourg. C’était le 13 mai et il ve­nait d’être élu pré­sident de la Ré­pu­blique. À la gauche de Chi­rac s’as­soit un Fran­çois Mit­ter­rand af­fai­bli et tou­jours en exer­cice. La pas­sa­tion de pou­voirs doit avoir lieu la se­maine sui­vante. De mé­moire de car­ré, la configuration est sans pré­cé­dent. « Il y avait un cô­té so­len­nel et émou­vant », se sou­vient Va­lé­rie de la Ro­che­bro­chard. Un autre jour, l’ély­sée la contacte quelques heures avant un match. Jacques Chi­rac sou­haite ve­nir avec sept col­la­bo­ra­teurs dans son sillage. Évi­dem­ment, un pré­sident de la Ré­pu­blique ne se re­fuse pas. « La tri­bune était pleine, je n’avais plus une place de dis­po, il fal­lait constam­ment im­pro­vi­ser », sou­rit-elle. Cette pro des « RP » dé­peint une époque plus « co­ol », plus « sal­tim­banque », en adé­qua­tion avec ce fa­meux « es­prit Ca­nal » que tout le monde évoque vo­lon­tiers sans vrai­ment sa­voir le dé­crire. « Il y a des pro­jets de films qui y sont nés, confesse Va­lé­rie de la Ro­che­bro­chard. On s’ar­ran­geait pour faire se croi­ser ac­teurs et réa­li­sa­teurs. » Son rôle est si im­por­tant et son vi­sage tel­le­ment connu au Parc qu’un été, alors qu’elle est en va­cances en Corse, un es­ti­vant l’ar­rête et lui dit: « Mais je vous re­con­nais, vous êtes la dame du Parc.» Cet abon­né d’une tri­bune proche de la cor­beille s’était ha­bi­tué à la voir s’agi­ter entre les sièges, pour s’as­su­rer que la soi­rée se pas­sait bien. Les Qa­ta­ris ne s’y sont pas trom­pés. Lors de leur ar­ri­vée à la tête du Pa­ris-saintGer­main en 2011, les nou­veaux ac­tion­naires ont de­man­dé un coup de main à celle qui tra­vaille au­jourd’hui pour

les jeunes femmes doivent être par­fai­te­ment bi­lingues en an­glais. Avant les mis­sions, le club leur four­nit un trom­bi­no­scope des in­vi­tés, pour un ac­cueil per­son­na­li­sé, de la prise de man­teau à l’ac­com­pa­gne­ment en tri­bune. « Le car­ré est un ou­til sup­plé­men­taire de la di­plo­ma­tie du sport pra­ti­quée par le Qa­tar, ex­plique Va­nes­sa Ra­ti­gnier, au­teur avec Pierre Péan d’une France sous in­fluence. Quand le Qa­tar fait de notre pays son ter­rain de­jeu (Fayard, 2014). Elle lui per­met de ga­gner en res­pec­ta­bi­li­té aux yeux de la pla­nète. » Pour Nas­ser Al-khe­laï­fi, émis­saire du « soft po­wer » de l’émi­rat, se re­trou­ver as­sis au mi­lieu de ce que la France et le monde comptent d’au­to­ri­tés et de cé­lé­bri­tés est comme un cou­ron­ne­ment. Quelque part, le lieu fait of­fice d’am­bas­sade. Sauf que les ré­cep­tions ne s’y donnent pas dans l’in­ti­mi­té de bâ­ti­ments fas­tueux mais au stade, en pu­blic. Les images servent de cau­tion. Les pres­ti­gieux in­vi­tés qui se rendent à ces soi­rées de foot­ball font ou­blier les er­re­ments po­li­tiques et so­cié­taux du pays du Golfe Per­sique, comme la mort et les condi­tions de tra­vail des ou­vriers né­pa­lais sur les chan­tiers de la Coupe du monde 2022 et les soup­çons de fi­nan­ce­ment du ter­ro­risme in­ter­na­tio­nal. Mais lorsque le bal­lon griffe les fi­lets ad­verses, per­sonne ne pense aux su­jets qui fâchent. Les uns hurlent leur joie, sous les re­gards amu­sés de ceux qui ap­plau­dissent pu­di­que­ment, comme ils le font au théâtre ou à la fin d’un ré­ci­tal. « Je pré­fère être le plus loin pos­sible des rangs pro­to­co­laires, ex­plique Fran­çois Ber­léand. Plus on est loin, plus on peut se lâ­cher, crier, hur­ler, dire bien fort ce qu’on pense de l’ar­bitre. » « Cha­cun vit le match à sa fa­çon, com­mente Alain Cayzac, mais il y a dans ce car­ré de vrais dingues de foot. » Ses an­nées de pré­si­dence n’ont pas écrit les plus belles pages de l’his­toire du club. Entre 2006 et 2008, le PSG frôle la re­lé­ga­tion. Chaque match est une épreuve. Chaque but une dé­li­vrance. Une cé­lé­bra­tion par­ti­cu­lière s’ins­taure. « Je me le­vais et échan­geais des re­gards émus et sou­la­gés avec Gé­rard Dar­mon et Jean-luc Delarue, sou­vent as­sis quelques rangs plus bas », ra­conte-t-il.

la pa­ren­thèse en­chan­tée des po­li­tiques Les plus stres­sés sont sou­vent les pré­si­dents du club. Il n’y a qu’à voir la mine fer­mée de Nas­ser Al-khe­laï­fi de­vant les acro­ba­ties de Zla­tan Ibra­hi­mo­vic ou les ef­forts de Blaise Ma­tui­di. Face à tant d’élec­tri­ci­té, il y a des choses à ne pas faire. On ne cri­tique pas les joueurs ni l’équipe. On n’en­cou­rage pas l’ad­ver­saire. L’ac­tuel mi­nistre de l’agri­cul­ture, Sté­phane Le Foll, l’a ap­pris à ses dé­pens, en 2005, lors d’un PSG–LE Mans. En plein car­ré, l’ori­gi­naire de la ville des 24 Heures, alors dé­pu­té

Le se­cond, à droite, est ré­ser­vé aux spon­sors et par­te­naires du club. Ils dis­posent d’un quo­ta de places par match qu’ils dé­livrent à qui ils le sou­haitent. Nike, Emi­rates ou en­core Ci­troën ont re­fu­sé Avant le match, à la mi-temps voire au coup de sif­flet

Nas­ser al-khe­laï­fi C’est là que s’as­soit Nas­ser Al-khe­laï­fi, pré­sident du PSG et épi­centre de ce car­ré. ni­co­las sar­ko­zy Fan du PSG, l’an­cien chef de l’état est de qua­si­ment toutes les ren­contres. Pro­to­cole oblige, il est pla­cé aux cô­tés de Nas­ser Al-khe­la

L’an­cien pré­sident du club a par­fois l’im­pres­sion que per­sonne ne le re­con­naît.

Da­niel hech­ter

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.