Ci­né­ma

Après quinze ans de ges­ta­tion, Fu­ry Road dé­boule à Cannes et sur les écrans. GQ ra­conte la folle ge­nèse d’un film qui a failli ne ja­mais voir le jour.

GQ (France) - - Sommaire - Par Phi­lippe Guedj

La folle ge­nèse du 4e épi­sode de Mad Max, qui a failli ne ja­mais voir le jour.

Cette an­née sur la Croi­sette, l’évé­ne­ment, c’est Mad Max de George Miller. Et ja­mais l’apo­ca­lypse n’a pa­ru sus­ci­ter au­tant d’at­tente. Cette sé­lec­tion par le plus pres­ti­gieux des fes­ti­vals en dit long sur l’im­pact du pi­lote ima­gi­né par le ci­néaste aus­tra­lien. Sor­ti en 1979, le pre­mier vo­let de ce qui al­lait de­ve­nir une sa­ga a mar­qué les es­prits par l’in­édite vir­tuo­si­té de ses courses-pour­suites. Sa suite, Mad Max 2 : le défi (1982), dé­cu­ple­ra le spec­tacle, et reste à ce jour l’ul­time chef-d’oeuvre pos­ta­po­ca­lyp­tique dont tous les autres films d’an­ti­ci­pa­tion cy­ber­punk s’ins­pirent. Après un Mad Max : au-de­là du Dôme du Ton­nerre (1985)

en de­çà, ce qua­trième tour de piste de « Max le fou » s’est en­sa­blé dans un dé­sert de ga­lères in­vrai­sem­blables. « En 1985, George n’a plus vou­lu en­tendre par­ler de Max pen­dant plu­sieurs an­nées », ex­plique à GQ Doug Mit­chell, son as­so­cié, co­pro­duc­teur de Fu­ry Road. En­core blo­qué à Syd­ney par les der­niers dé­tails à fi­gno­ler, il se sou­vient : « Il a com­men­cé à ca­res­ser l’idée d’un nou­veau vo­let en 1995, lors d’un vol entre Syd­ney et Los An­geles. Mais à l’époque, on était trop oc­cu­pés par la sa­ga Babe (1995 et 1998). » L’in­té­res­sé ex­pli­quait au der­nier festival South By Sou­th­west d’aus­tin : « J’ai fait des films fa­mi­liaux pen­dant des an­nées parce que ce sont les seuls que je re­gar­dais avec mes en­fants. Quand ils ont gran­di, j’ai re­gar­dé à nou­veau des oeuvres adultes et quoi que je fasse pour la re­pous­ser, l’idée d’un nou­veau Mad Max re­ve­nait sans cesse. » D’em­blée, le réa­li­sa­teur en­vi­sage un film dans la li­gnée du deuxième vo­let : « Une im­mense course-pour­suite avec peu de dia­logues dans la­quelle on ap­pren­dra à connaître les per­son­nages par leurs re­la­tions sur la route. » Et dès 1999, Fu­ry Road semble en bonne voie : un sy­nop­sis est prêt, Mel Gib­son aus­si et, dans une in­ter­view ac­cor­dée à USA To­day, Miller évoque un tour­nage en 2000 en Aus­tra­lie avec, dans le rôle du fils ca­ché de Mad Max, Heath Led­ger (le Jo­ker de Dark Knight, 2008, dé­cé­dé de­puis d’une over­dose). Un plan­ning est fixé à 2001, mais la chute du dol­lar après les at­ten­tats du 11-Sep­tembre rend le film trop cher pour la War­ner. Une mi­ni-sé­rie té­lé est en­vi­sa­gée par le stu­dio, Miller re­fuse. À Syd­ney, l’équipe du chef dé­co­ra­teur Co­lin Gib­son tra­vaille sur des pro­to­types de vé­hi­cules post-apo­ca­lyp­tiques, avec Miller et le des­si­na­teur de co­mics Bren­dan Mc­car­thy (Judge Dredd). Trois mille pages de sto­ry-board sont des­si­nées et une fe­nêtre de tour­nage est en­vi­sa­gée pour 2003. Mais l’in­ter­ven­tion en Irak ré­duit ce ca­len­drier à néant. George Miller se concentre alors sur Hap­py Feet, des­sin ani­mé qui rap­por­te­ra plus de 500 mil­lions d’eu­ros en 2006.

Le syndrome Don Qui­chotte Mel Gib­son jette l’éponge et, en juin 2010, Tom Har­dy ré­vèle que le nou­veau Max, c’est lui, dans le talk-show bri­tan­nique « BBC Fri­day Night » : « Mel était de­ve­nu trop vieux et, mal­gré ses ex­cès que je n’ap­prouve pas, j’ai tou­jours une im­mense ad­mi­ra­tion pour lui », com­mente-t-il. D’après Doug Mit­chell, « ils ont dî­né en­semble et la tran­si­tion s’est faite sans drame. George Miller avait son­gé à Brad Pitt et Heath Led­ger, mais sa rencontre avec Tom fut dé­ci­sive. Un coup de foudre. » Dé­but 2011, Fu­ry Road pa­raît en­fin sur les rails : 12 se­maines de prises de vue dans les en­vi­rons de Bro­ken Hill, à 1000 km à l’ouest de Syd­ney. Pau­mé au coeur du même out­back que Mad Max 2. Fa­ta­li­té ? En jan­vier, un dé­luge in­in­ter­rom­pu s’abat

Il y a 2 000 plans en images de syn­thèse, prin­ci­pa­le­ment pour la sé­quence de tem­pête de sable.

sur la zone… Le dé­sert se trans­forme en jar­din luxu­riant, truf­fé de pé­li­cans et autres grenouilles. Fu­ry Road com­mence à res­sem­bler au Don Qui­chotte mort-né de Ter­ry Gilliam… Les mois passent, les ba­tra­ciens res­tent. Miller dé­cide alors de mi­grer en Na­mi­bie, convain­cu par le vaste dé­sert et le cré­dit d’im­pôt lo­cal. « Il a fal­lu trans­por­ter par car­go et ache­mi­ner en plein dé­sert presque 200 vé­hi­cules », se sou­vient Co­lin Gib­son. Près de 1 200 per­sonnes s’éta­blissent sur place. Le pla­teau, lui, fait « l’équi­valent de trois ter­rains de foot­ball », ra­conte Doug Mit­chell. En jan­vier 2012, nou­velle tuile : Dean Sem­ler, le di­rec­teur pho­to de Mad Max 2 et 3, jette l’éponge, ma­lade. Le lé­gen­daire John Seale ( Wit­ness, Le Pa­tient An­glais…) est ti­ré de sa re­traite en ca­tas­trophe : « Doug m’a ap­pe­lé un lun­di, j’ai eu une soi­rée pour me dé­ci­der à ac­cep­ter un bou­lot de huit mois à l’autre bout du monde », ex­plique-t-il à GQ de­puis sa ré­si­dence aus­tra­lienne. Ce­rise sur le gâ­teau, il doit ap­prendre en quelques heures à uti­li­ser les ca­mé­ras 3D conçues pour le tour­nage. « Heu­reu­se­ment, du jour au len­de­main, George a dé­ci­dé que Fu­ry Road se­rait tour­né en 2D. » Puis conver­ti en 3D en post-pro­duc­tion. Juillet 2012, George Miller peut en­fin crier « ac­tion ». La très longue post-pro­duc­tion du film – deux ans – a per­mis en­suite au ci­néaste de peau­fi­ner le moindre dé­tail vi­suel de Fu­ry Road à coups d’images de syn­thèse. « Quand nous tour­nions sur la côte, le temps était dé­gueu­lasse et dans le dé­sert c’était plein so­leil, mais George di­sait : “Ne t’in­quiète pas John, on fixe­ra tout ça en post-prod !” » Doug Mit­chell pré­cise : « Il y a 2 000 plans en images de syn­thèse, prin­ci­pa­le­ment pour la sé­quence de tem­pête de sable et pour ef­fa­cer les câbles des cas­ca­deurs. »

Char­lize su­per­star Après le clap de fin, à la mi-dé­cembre 2012, un rap­port d’une ONG lo­cale fait état de dé­gra­da­tions mul­tiples sur l’éco­sys­tème du dé­sert de To­rop, pro­vo­quées par les équipes de net­toyage. Une tem­pête dé­jà loin­taine pour Miller, qui pas­se­ra des mois en­tiers à mon­ter les 400 heures de rushs. De nou­velles scènes tour­nées en Aus­tra­lie à l’au­tomne 2013, à la de­mande de War­ner, ne lui fa­ci­li­te­ront pas la tâche. Pré­vu à l’été 2014, Fu­ry Road est re­pous­sé d’un an. « C’est le meilleur de tous, as­sène le pro­duc­teur Doug Mit­chell. Le per­son­nage de Char­lize The­ron a une im­por­tance ca­pi­tale et elle se­ra au centre du film sui­vant, dont l’ac­tion se dé­rou­le­ra avant ce­lui-là. » Tom Har­dy ayant si­gné pour trois films sup­plé­men­taires, prions les dieux du bi­tume pour les dé­cou­vrir avant 2025.

George Miller en­vi­sa­geait Brad Pitt

avant son coup de foudre pour Tom Har­dy.

Tom Har­dy est le nou­veau Mad Max. Un hé­ros fast et fu­rious.

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